On a attendu, en vain, « The Purge » comme le film d'horreur anxiogène de l'année 2013. Il aura fallu attendre seulement quelques semaines de plus pour découvrir « You're next » qui lui ressemble sur pas mal de points, mis à part, donc qu'il est nettement plus réussi. Pitch : une réunion de famille dans une maison perdue dans les bois tourne au vinaigre, ses membres ne tardant pas à se faire décimer l'un après l'autre par des tueurs affublés de masques de cochon. L'amateur de cinéma bis se réjouira d'abord d'enfin tomber sur un film gore qui ne ment pas (trop) sur ses intentions : « You're next » est violent – même si, bizarrement, on reste à ce niveau plutôt en-deçà de ce que produisait le genre il y a quelques années (les productions Dark Castle, au pif, étaient plus généreuses et les vieux routards regretteront que les réalisateurs américains d'aujourd'hui, Wingard inclus, en gardent un peu trop sous la pédale). Ensuite, il est efficace, ce qui rassure étant donné que le film s'est payé une tournée des festivals plutôt triomphale ces deux dernières années avant que son distributeur n'ose finalement le lâcher en salles. On pensera très fort à « Severance » de Christopher Smith, ou aux Scream de Wes Craven, auquel Wingard et son scénariste Simon Barrett empruntent l'humour à froid, cette oscillation permanente entre pochade semi-parodique et horreur brut de décoffrage. C'est normal, donc, si « You're next » a un léger goût de naphtaline. Mais en horreur, c'est parfois dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes.
Il y aurait des tas de choses à reprocher à ce film : la prévisibilité de son intrigue (oups!), le manque patent de charisme de ses interprètes, la plupart des dialogues absolument nuls (dans les premières minutes, notamment : une purge), un manque occasionnel de crédibilité et/ou d'inventivité dans les mises à mort qui auraient pu être un tantinet plus recherchées, un suspense parfois éventé. Il y a même une très grosse incohérence scénaristique qui fait tiquer. Ça fait beaucoup de défauts, c'est sûr. Qu'on soit d'accord, « You're next » sera probablement rapidement oublié, et ne marquera que temporairement le genre qui nécessite quand même un petit peu plus de folie, d'ambition, mais aussi de rigueur (on regrette, notamment, que le film fasse confiance à son humour au point de s'autoriser quelques paresses d'écriture). Pourtant, il y a l'essentiel : une mise en scène plutôt solide, alternant humour et horreur avec une certaine aisance, ainsi qu'une atmosphère maîtrisée qui permet d'oublier de nombreux tracas. Contrairement à « The Purge » qu'il bat sur tous les points (ce n'était pas difficile, certes), dans « You're next » il y a une certaine science de l'horreur à l'œuvre, plusieurs séquences sont très réussies en réussissant à faire naître simultanément effroi et rigolade, l'espace de la maison lui-même est bien géré même si dépourvu d'un génie particulier. Comme dans les bons slashers d'antan, les morts s'enchaînent avec un rythme finement étudié et l'on reste attentif aux détails disséminés par le réalisateur indiquant la proximité d'un drame. Le gros reproche qu'on puisse faire à « You're next » est qu'il n'invente clairement rien, et se complaise même dans la certitude de sa propre efficacité. En des temps meilleurs pour le genre, il n'aurait peut-être pas survécu à une concurrence plus frondeuse (« Severance » lui restera nettement supérieur, par exemple), mais la période de vaches maigres qu'on traverse actuellement devrait suffire pour qu'on le regarde, jusqu'au bout, avec un plaisir non feint.