Zero dark thirty est un film difficile à juger. Sorti seulement un an après les faits, la rapidité avec laquelle Hollywood s'est emparé du sujet dénote. A titre d'exemple, il avait fallu 5 ans entre les attentats du 11 septembre, et la sortie du film qu'Oliver Stone leur a consacré en 2006. Comme s'il avait fallu cette fois délivrer un récit et le diffuser en un temps record, Zero dark thirty a illustré son sujet, sensible au possible, comme pour ancrer le déroulé supposé de l'opération dans l'esprit de tous ses spectateurs à travers le monde. Rarement un film n'a eu un contenu politique aussi sensible au moment de sa sortie. Par ailleurs, le fait qu'il revendique un aspect documentaire hyper réaliste rend périlleux pour le spectateur l'appréciation de la part de réalité et de la part de fiction. Et ce, en dépit du carton d'entrée au début, qui prend soin d'indiquer que tout ça colle au plus près des faits.
Voulant rendre compte d'une opération sur plusieurs années, Zero dark thirty ne facilite pas la compréhension. Pas plus qu'il ne ménage la susceptibilité du spectateur, le film étant très froid et clinique, et passablement ardu à suivre. Sans compter l'inconfort que procurent pas mal de scènes, à commencer par celles de torture par waterboarding auquel le scénario consacre un long moment.
Zero dark thirty est donc un ovni cinématographique, ce qui lui confère un intérêt indéniable. Son absence d'émotion et son rendu quasi journalistique sont un parti-pris artistique très osé. Et en termes d'objet de cinéma, le film est une réussite incontestable. Néanmoins, le film place le spectateur dans une zone d'inconfort à bien des égards.