Le sixième long-métrage de David Fincher relate rigoureusement l'interminable traque, par-delà les décennies, du serial killer le plus célèbre, mais aussi le plus insaisissable, qu'ait connu les Etats-Unis au cours du XXème siècle.
Ce fameux tueur du Zodiaque commença à faire parler de lui en Californie, à la fin des années 60, multiplia les messages en direction des enquêteurs, de la presse et du grand public, et connut même un imitateur sur la côte Est dans les années 80, mais ne fut hélas jamais arrêté, laissant la part belle aux hypothèses les plus folles et aux fantasmes les plus délirants.
Fincher s'inspire principalement du bouquin de Robert Graysmith, dessinateur de presse obsédé par le tueur et héros du film (Jake Gyllenhaal) ; il suit sa longue enquête, parallèlement à celle d'un journaliste porté sur la bouteille (Robert Downey Jr) et d'un flic borderline (Mark Ruffalo).
Un peu à l'image du polar coréen "Memories of Murder", "Zodiac" est un film sur l'échec, la frustration, et c'est aussi celle du spectateur, forcément. Ce dernier peut toutefois choisir de suivre la thèse de Graysmith et Fincher, qui sans pouvoir véritablement le prouver, privilégient clairement un suspect.
En conclusion, "Zodiac" est un peu l'anti "Seven" : davantage une enquête méticuleuse qu'un véritable film de serial killer, doté d'une réalisation sobre là où son prédécesseur s'appuyait sur des scènes gore et des effets de caméra, on sent que le choix du sujet n'est pas anodin pour David Fincher, dont la mise en scène a gagné en "maturité".
Toutefois, ce qui réunit ces deux long-métrages tient à leurs nombreuses qualités, tant dans le fond que dans la forme : deux scénarios passionnants à l'interprétation irréprochable, qui célèbrent à leur corps défendant le mythe du tueur en série, véritable boogeyman de nos sociétés occidentales, réceptacle de nos terreurs intimes et collectives.