Rêve éveillé et trouble où prennent vie les hallucinations, perdues dans cette zone d’ambiguïté et d’inconnu, à mi chemin entre l’expérimental et l’horreur sensoriel brut. Parce que oui, l’effroi semble bien résider, dissimulé derrière les images et le son, mais c’est cette sensation de désagréable qui en découle, qui reste collée à la peau et à notre imaginaire. Cette impression d’un court instant d’être une personne malveillante, une sorte de voyeur ou de monstre, rôdant à la recherche de sa proie. Comme si l’on se retrouvait forcé et contraint de regarder là où il ne fallait pas, de voir ce qui était censé rester intime, contraint de devenir intrus.
C’est tout là la force de proposition du réalisateur, lorsque l’on semble sortir du regard, lorsque l’on se dissocie du sujet, que le flou s’installe et laisse place au terrifiant et à la noirceur, l’on ne sait plus si l’on est victime ou criminel, tueur en série ou tout simplement possédé par quelque chose ou quelqu’un. Le bizarre, outre son utilisation nécessaire et au-delà du simple artifice, finit par donner vie à cet anonyme, à cette étrangeté qui défile sous nos yeux. Rarement une œuvre ne m’aura autant perturbé et estomaqué de par sa simplicité et radicalité, en seulement quelques minutes.
Le titre révélait déjà, fatalement, l’issue et fin de l’œuvre, annonçait également l’angle de vue, mais c’est l’expression de la zone par Takashi Ito, et son vagabondage fantomatique dans cette dernière qui aura réussi à complètement me convaincre et me perturber. Sans mauvais jeu de mot, le film m’a non seulement sorti de ma zone de confort, mais il m’a aussi sorti des préceptes horrifiques sur lesquels je comptais pour éclaircir la et les parts d’ombre. Résulte de ces étranges douzaines de minutes, l’immersion du conscient par la confusion dans l’inconcevable, voyage labyrinthique au cœur du voyeurisme effroyable et cauchemardesque.