J'attendais beaucoup de ce 007 First Light, car il me promettait une expérience Hitman 'light', intégrée à un gros jeu d'action-aventure à la Naughty Dog, à la sauce James Bond, et c'est exactement ce qu'il m'a offert. Ce à quoi je ne m'attendais pas, c'est à ce que l'exécution des phases d'action soit aussi compétente, à ce que l'écriture soit aussi réussie, et qu'il ose tant de choses réellement risquées. Cela en fait l'un des meilleurs jeux de cette année, et une excellente surprise venant de développeurs qui ne m'avaient pas encore prouvé qu'ils étaient polyvalents.
J'ai une affection nostalgique pour les films de James Bond et leur recette très spécifique, dont les ingrédients sont bien connus :
• Des intrigues d'espionnage jamais bien complexes
• Le flegme et l'humour d'un Bond résolument cool
• Du voyage et de l'exotisme
• Un festival de luxe et d'élégance
• Des femmes magnifiques
• De l'action avec des gadgets et des bagnoles chères
007 First Light coche toutes ces cases et s'approprie le mythe de James Bond en mettant en scène la genèse du personnage, soit quelque chose que Casino Royal avait effleuré sans remonter aussi loin dans son passé. C'est un exercice incroyablement délicat, que IO Interactive réussit avec mention.
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Le James Bond de First Light n'est pas encore un agent. C'est un jeune homme très différent, qui ne sait même pas nouer son nœud papillon, et l'histoire nous fait découvrir son évolution, ses désillusions, et ses erreurs de jeunesse. Certains traits du personnage sont déjà clairement reconnaissables, et d'autres émergeront au fil de l'aventure, sans jamais tomber dans l'excès de fan-service ou de clins d'œil trop appuyés. Ces clins d'œil sont omniprésents et tapissent les locaux du MI6 ainsi que certaines des destinations luxueuses que l'on traverse, mais ça ne m'a jamais semblé lourd. C'est juste bien dosé.
James est plus attachant et humain que l'agent impeccablement efficace et flegmatique des films, et la plupart des seconds rôles bénéficient d'une écriture fine qui les caractérise efficacement sans les faire tomber dans des clichés, ou les limiter à leur fonction narrative. La plupart des collègues, alliés et antagonistes de Bond sont des individus et même le grand méchant m'a paru bien plus crédible que 90% des vilains de la saga sur grand écran.
Le jeu est magnifique et en met plein la vue du début à la fin, que ce soit pour ses intérieurs richement détaillés ou ses extérieurs cartes postales. La légère stylisation de ses personnages contribue à renforcer la personnalité qui s'en dégage, et les animations faciales sont convaincantes. Le jeu ne restera certainement pas dans les annales pour ses prouesses techniques, mais j'ai souvent été impressionné par ses vistas, ainsi que la cohérence et la densité de ses environnements, d'autant plus que certains niveaux sont remplis à ras-bord de NPCs.
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Car où serait l'ADN de Hitman sans des environnements ouverts remplis de personnages, de recoins à explorer, de mystères à élucider et d'opportunités à exploiter ? Avec l'agent 007, IO Interactive ne pousse jamais les potards du stealth social aussi loin qu'avec l'agent 47, mais j'ai personnellement trouvé le dosage parfait.
Dans Hitman, je trouvais certains niveaux intimidants, ou trop longs, et la répétition de ces énormes environnements à découvrir et à exploiter finissait par se faire sentir, car ni la structure ni le rythme ne changeaient au fil du jeu.
Dans First Light, les niveaux d'infiltration sociale sont plus resserrés, et intercalés entre des séquences linéaires. Je les ai trouvées bien plus abordables sans être trop basiques, jamais trop longues, et le fait de faire autre chose entre ces niveaux permet de ne jamais les percevoir comme répétitives. Au contraire, chaque fois que je suis entré dans l'une de ces phases, c'était avec un réel plaisir, et l'impatience d'en découvrir les rouages.
Ces grosses séquences sociales sont là où le jeu brille réellement, et on y sent toute l'expertise du studio, accumulée en 25 ans de travail sur leur licence phare. Elles ne représentent pas la majorité du temps de jeu qui penche plutôt en faveur de niveaux linéaires plus ou moins explosifs, très similaire à de l'Uncharted, dans le rythme et le ton.
On y alterne cinématiques, déambulations sociales, et surtout un paquet de séquences d'action explosives : à pied, en voiture, à coup de poing ou à balles réelles. Et cela fait beaucoup de nouveaux gameplay à gérer pour un studio qui n'avait jamais fait un shooter depuis Kane et Lynch 2, un jeu qui ne valait que par son ambiance et son écriture, et clairement pas pour son gameplay.
Et pourtant, IO fait un presque un sans faute. Aucun de ces gameplay n'est raté, ce qui est déjà un exploit pour un jeu qui fait tant de choses à la fois, mais j'irais jusqu'à dire que la plupart sont assez réjouissants : que ce soit le shoot, le corps à corps, l'infiltration traditionnelle (IE: à la Splinter Cell, pas à la Hitman) ou la conduite, tout est adroitement dosé pour arriver à plusieurs résultats :
• Vous mettre dans la peau du personnage.
Par exemple : James Bond tire surnaturellement bien et les headshots sont d'une facilité déconcertante, quelle que soit la distance. Dans tout autre jeu, ce serait un peu nul, mais c'est très à-propos pour le personnage de 007 et les sensations de jeu collent parfaitement à la fantaisie du protagoniste.
• Éviter trop de friction, pour une progression fluide.
Le jeu n'est pas excessivement difficile dans ses réglages par défauts, et c'est tant mieux. Quand je regarde un James Bond, il a toujours l'air de s'en sortir avec flegme et sans effort, et j'étais content de retrouver ce panache dans la manière dont le jeu ne cherche pas à toute force à me mettre en difficulté.
• Éviter de trop compliquer chaque gameplay
Vous pouvez faire tellement de choses différentes dans First Light, qu'aucun de ces gameplay n'a individuellement besoin d'une grande complexité. IO l'a compris et se contente de quelques petits twists pour rendre les combats et l'action intéressants sans forcément essayer de réinventer l'eau tiède.
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Le plus choquant, c'est que malgré tous les efforts de production et l'énorme risque de faire un jeu au gameplay aussi large, par une équipe jusqu'à présent très spécialisée, IO Interactive a encore le culot de prendre des risques dans presque chaque niveau, avec des idées originales et parfois un peu folles et plein de moments casse-gueules sur lesquels beaucoup de studios se seraient pété les dents. Ils s'en tirent toujours avec une grâce étonnante, car j'ai toujours vécu ces moments comme des séquences WOW et jamais comme un moment d'incompréhension ou d'irritation comme peuvent l'être les gameplays spécifiques dans d'autres jeux.
Et je comprends bien que je suis un peu obscur, mais je veux éviter de spoiler ces surprises. Je pense notamment à la scène en avion, aux scènes de bateau, le camion-poubelle, l'excavatrice, la sphère, les boss en infiltration (très très difficile à exécuter en game design), et plein de petites mécaniques exotiques comme le bluff.
Là où Uncharted innovait rarement et sortait du lot grâce à sa réalisation hors du commun, un gameplay parfaitement calibré et une écriture attachante, 007 First Light suit les traces de Naughty Dog par bien des aspects, tout en capitalisant sur la force du studio avec de grands niveaux sociaux ouverts, et une propension absurde à l'audace et à l'innovation au gré d'une aventure de 17 heures incroyablement riche et dense. J'ai rarement été aussi excité de connaitre les prochains projets d'un studio, que je ne suivais pour l'instant que d'un œil distrait.