Notre fraise, qui êtes aux cieux...

Avis sur Celeste sur PC

Avatar Kaiser-Panda
Test publié par le
Version PC

Celeste est la perle indé du moment.

Tellement que je me le suis enfilé deux fois d'affilée, sur Switch et PC.

Jeu de plateforme 2D à la base développé sur la console virtuelle PICO-8 (version trouvable dans le jeu pour les plus curieux), et n'attirant pas l'attention à première vue, il nous fait cependant vite comprendre que l'expérience que l'on va y vivre se gravera à tout jamais dans notre petit cerveau de joueur. Se situant dans la case dite des jeux "masocores", alliant plateforme et die & retry, Celeste est le digne héritier d'une lignée popularisée par des jeux comme Super Meat Boy, N+, ou encore plus récemment le tout aussi excellent The End is Nigh.

Comme tous ces jeux, la prise en main du soft est on ne peut plus abordable tout en délivrant au fil du jeu une richesse insoupçonnée : un bouton de saut, un autre de dash (8 directions) et le dernier d'escalade, et vous voici parti pour 8 niveaux (x3) de pur bonheur. Cela parait simple dit comme ça, mais sachez que le jeu, fripon comme il est, vous proposera d'apprendre des choses tout le long de la partie, et ceci jusqu'au dernier des derniers niveaux cachés ! Concernant les diagonales, le jeu peut se jouer au stick mais je conseille fortement la croix directionnelle de la manette One, si vous en avez une (sur Elite, la sensation est encore meilleure), qui montre là tout son potentiel d'excellence (au passage, les boutons des Joycons de la Switch sont également parfaits pour ce type de jeu).
A noter que l'action reste toujours lisible à l'écran, grâce notamment à un HUD brillant par son absence. Les seules informations importantes étant gérées par le sprite du personnage lui-même : la couleur des cheveux renseigne sur le nombre de dashes restant (se recharge une fois les pieds au sol), tandis que la transpiration renseigne sur l'endurance d'escalade.

Le dash, mouvement quasiment aussi vieux que le jeu vidéo lui-même, n'arrive ici pas seul. Comprenez par-là que le level design de son côté a su s'adapter à cette technique, et se plier en quatre pour le rendre intéressant à jouer. Car oui dasher c'est bien, mais que fait-on de beau avec ça ? Outre les classiques murs et chemins tous plus tordus les uns que les autres qui vous demanderont votre meilleur doigté pour passer, le jeu invente moult mécanismes innovants permettant de varier les plaisirs et de donner une forte personnalité au jeu : plateformes s'activant grâce à l'escalade, grâce au dash, boules de transport, surfaces prolongeant le dash... Le jeu possède très peu d'ennemis, c'est vraiment le skill de mouvement qui est mis à l'honneur et ça, ça fait du bien.

On ne va pas se mentir, bien qu'un cran en dessous d'un Super Meat Boy ou d'un The End Is Nigh, le jeu est relativement exigeant en termes de difficulté. Mais les développeurs ont toutefois tenu à conserver un plaisir de jeu intact, ce quel que soit le niveau de l'utilisateur. En plus des diverses cartes postales du jeu visant à nous rassurer sur le fait que perdre n'est pas bien grave en soi et qu'on peut le faire, est activable dans les options un mode d'assistance personnalisable selon le niveau et le goût du joueur : vitesse du jeu paramétrable entre 50 et 100%, nombre de dashes pouvant en ajouter +1 ou le rendre infini, endurance annulable, invincibilité activable. Pour couronner le tout, utiliser ce mode ne pénalisera en rien le joueur (coucou Cuphead), aucun contenu ne lui sera bloqué (voire il en trouvera en plus, cf. plus bas), aucun message de honte ne lui sera imposé (à peine un petit tampon informatif sur le choix de la save). La promesse va jusqu'aux succès, dont aucun n'impose de finir le jeu sans ce mode. Bref, un état d'esprit particulièrement bienveillant qu'il est tout à fait intéressant de souligner.

Autre point fort du titre : ce jeu est riche en contenu et en surprises en tout genre. Les fraises rouges (3 types), les fraises dorées (deux types, dont un introuvable sans le mode assisté, mais restant un défi en soi), les cœurs, tout le post-game (vous vous rappelez des "mondes noirs" de Super Meat Boy ? Bienvenue dans les Faces B... et C de Celeste !), de l'exploration fournie, des passages secrets en pagaille, subtils à trouver sans être introuvables (comprendre : tout est faisable sans soluce pour quelqu'un de motivé grâce à un très bon dosage entre indices visuels et discrétion), etc. Reste un succès je pense non trouvable tout seul, et qui utilise une feature là encore inattendue du jeu.
Et quand on pense avoir tout trouvé, voilà qu'Internet déniche régulièrement de petites trouvailles faites dans le jeu : une musique pas innocente, des clins d'oeils... Il y a également le mystère des vers de poèmes que l'on trouve tout le long du jeu, et dont personne à ce jour ne sait que faire...

Le tout pour une durée de vie qui pour moi a atteint les 55h pour avoir un premier 100% sans soluce. Puis j'ai découvert des objectifs post-post-game (et oui), qui m'ont fait pousser la plaisanterie jusqu'à 72h. Ces temps de jeu concernent mon 1er run, effectué sur Switch. Sur PC, mon second run, je suis arrivé au même point en 27 heures.

Mais voilà, malgré toutes ces louanges, la grosse plus-value de Celeste à mes yeux se trouve incontestablement dans son univers.

Tout dans ce jeu hurle à la choupitude, et à la choupitude intelligente qui plus est. J'entends par là sans aucune niaivrerie ni ridicule.
Les couleurs sont belles, le pixel-art est élégant et bien animé, le chara-design lors des dialogues et des artworks est très expressifs.
La musique contient quelques superbes thèmes et de bonnes ambiances, le tout s'adaptant à l'action en direct. Big up au niveau 2, ainsi qu'à l'ambiance du niveau 5, qui évoque vraiment des gémissements que pourrait exprimer Madeline, l'héroïne de l'histoire.
Le scénario. Cet aspect a complètement étonné le public, mais Celeste propose une jolie histoire, à la fois mignonne, grave et émouvante, servie par des personnages vraiment attachants et des dialogues très bien écrits, jamais ennuyants, et souvent drôles et/ou touchants. Le tout dans un contexte contemporain auquel tout le monde pourra s'identifier (à noter que le Mont Celeste existe réellement).
En parlant des dialogues, le jeu les présente sous forme de yaourt. Procédé ultra-classique s'il en est et pourtant : ce yaourt là est le plus beau du monde : chantant, fluide et très bien construit, il souligne vraiment l'émotion de chaque phrase, et ajoute encore une touche de beauté dans ce monde de brute.

Que reprocher à ce tableau idyllique ?

Pour pinailler, un petit manque au niveau de la visibilité globale des longs tableaux pourrait être signalé. Le stick droit est inutilisé, alors qu'il aurait pu servir à contrôler la caméra, histoire de pouvoir anticiper certains passages. Un système de ce type, à base de longue-vue existe bien sur certains passages, mais ils restent très ponctuels, et leur présence non systématique dans les niveaux est assez étrange, finalement. En l'état, nous découvrons donc la majorité des niveaux en avançant son personnage, et subissons souvent les pièges sans même avoir eu le temps de les analyser. Ceci dit, rien de rédhibitoire non plus, on fait avec, toujours le sourire aux lèvres.

Un petit bug à noter enfin, du moins chez moi : le son des effets spéciaux (bruitages et dialogues) ne s'active qu'au bout de quelques secondes après le début de la première partie après lancement du jeu.
A titre informatif, ce bug n'est pas présent sur Switch, qui présente néanmoins pour sa part, parfois, des plantages après la réussite d'un chapitre. Heureusement, toujours après sauvegarde, jamais avant.

Bon. Autant dire rien à signaler, devant toute la magie que le titre nous offre à chaque minute. Mon gros coup de cœur du moment, à prendre les yeux fermés pour tout amateur de jeu de plateforme. Merci Madeline.

Merci Celeste.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 1867 fois
2 apprécient · 1 n'apprécie pas

Autres actions de Kaiser-Panda Celeste