Par-delà le vent et la pierre

Avis sur Death Stranding sur PlayStation 4

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Version PlayStation 4

Beaucoup de gens ont mis au pinacle Kojima, comme LE créateur/réalisateur de jeu vidéo du XX et XXIème siècle. Même si j'aime beaucoup MGS et MGS 3, j'ai toujours eu des réserves sur les univers qu'il a développé dans ses jeu. Trop alambiqué, beaucoup de blabla vide, surtout dans MGS 2, 4 et 5. Cependant, Kojima avait Konami sur son dos pour le retenir dans ses poussées "auteurisantes", pour le tenir un peu en laisse. Sur Death Stranding il est complètement en roue libre, même si il a affirmé n'avoir pas pu mener son projet à 100% de son idée initiale. Heureusement j'ai envie de dire.

Bon déjà, malgré les critiques plutôt vilaines qu'il se prend sur son gameplay, il faut admettre que même si l'idée peut rebuter, il constitue en fait sa véritable force. Car oui, il fallait des couilles pour vouloir développer un jeu ou la principale activité consiste à faire des quêtes "Fedex" (de livraisons) alors que beaucoup de joueurs les désapprouvent dans la plupart des jeux monde ouvert/triple A. Parcourir le monde, les environnements, l'exploration, le rapport à l'équipement, le mouvement, toutes ces composantes forment une jouabilité très agréable, on prend du plaisir à faire cette activité de livraison, même si cela parait risible. Préparer son parcours demande également du temps, on essaie de faire le trajet le plus simple, le plus pratique, etc. J'ai adoré cette partie randonné, gérer son matos ainsi que de marcher. Juste marcher, BB au ventre, cargaison dans le dos dans ces paysages magnifiques était déjà excellent. Et puis il y a tout un aspect construction, que cela soit des moyens de transports, des structures comme des ponts, des bases, des endroit pour recharger ses batteries, etc. Les interactions avec les autres joueurs via leurs structures sont bien pensées. On est dans le dépaysement vidéo-ludiques, on joue à quelque chose de différent.

En revanche, tout l'aspect combat est vraiment raté. Au début, les ennemis humains n'ont pas d'armes à feu et se combattent au corps à corps. Ils sont infiniment simple à vaincre, il attendent sagement de se faire tabasser par le joueur. Cependant, même lorsque Sam ou les ennemis auront progressé, la difficulté demeurera la même. Pan-pan, boum-boum et c'est fini. Du coup, j'ai préféré me la jouer fine et combattre le moins possible.
Quant aux échoués, les ennemis surnaturels du jeu, ils ont des combats minables, lents, pauvres et surtout très simples. La fuite est carrément la solution la plus simple, uniquement du au fait que les combats soient très chiants. Bien que les ennemis échoués aient un design très réussi.
On préférera donc les éviter et être discret en leur présence qui à mon sens, est bien plus gratifiant que simplement de les battre.

J'ai aussi beaucoup aimé la bande son, Kojima a choisi personnellement ces chansons qui sont dans un esprit un peu indé, tristounet, dans la veine des petits groupes indies de 2013. Moi ça m'a parlé, dommage qu'on ai pas eu ce fameux morceau d'Apocalyptica.
Musique enivrantes, aériennes...

Je parlais tout à l'heure des paysages, mais je me dois de signaler que le jeu est magnifique, même sur PS4 standard et sur un 22 pouces, que ça soit dans la direction artistique, les éclairage/ombres rendent fantastiquement bien, mais les graphismes des personnages sont bien plus jolies que les environnements qui souffrent tout de même des textures parfois grossières. La technologie de "Motion Capture" est ici rigoureusement appliqué, on est pas non-plus dans la vallée dérangeante mais les personnages sont très expressifs.

Bon, passons maintenant au point qui fâche: L'HISTOIRE

Honnêtement, l'idée de me balader dans des Etats-Unis post-apo, dévastés, me plaisait. Mais tout l'enrobage qui a foutu Kojima me débecte. C'est juste con, abscons, alambiqué et faussement intelligent. En fait, le réal (appelons-le comme ça, vu qu'il aimerait en être un) est une sorte de petit malin qui tente de te foutre des retournement de situations ou des révélations à tout bout de champs alors que, dans leurs contextes, ils sont mal placés ou attendus. Le récit se perd tout le temps, trop de détails, trop de superflu. Le constat de base de reconnecter les UCA (USA) n'était pas mal, réunifier le pays en reconnectant les gens. Juste ça aurait suffit, épurer le jeu de toutes ses conneries pseudo-méta-intello de petit malin aurait donné un jeu beaucoup plus chouette. Mais on parle de Kojima, il a les yeux plus gros que le ventre... Surtout qu'en plus, il a fait la connerie de raconter au lieu de montrer, et le mec veut faire du cinéma... Ajoutons à ça qu'il prend le joueur pour un débile en lui rabâchant des passages... On oublie la subtilité, on ne tente pas de montrer l'invisible, de provoquer de l'émotion, non, on explique juste son concept de merde via des dialogues beaucoup trop long et atroces... Les personnages de Deadman, Heartman et Mama sont tout le temps là, à nous expliquer le pourquoi du comment du petit détails à la con. Alors je veux bien comprendre qu'il fasse vivre son univers, mais je sais quand même à quoi sert un flingue ou une grenade en fait. Surtout je m'en branle de connaître la vie de tes personnages qui n'ont vraiment rien pour eux. Déjà leurs noms parlent d'eux-mêmes, mais en plus il faut que chacun d'eux t'explique bien pendant vingt minutes pourquoi ils s'appellent comme ça, ce qu'ils font etc. Surtout que leurs noms sont bien ridicules... Mais on s'en fou, complètement. Je veux dire, autant j'aime bien le personnage de Refn, aussi le fait qu'il meurt toutes les vingt-et-une minutes, c'était sympa comme passage, mais qu'il m'explique pourquoi pour pendant 20 ans ça m'a gavé. Regardez Miller avec son dernier Mad Max, on comprends qui sont les personnages rien qu'en regardant le film, il ne t'explique presque rien. Kojima devrait en prendre un peu de la graine, j'ai du passer des dialogues alors que je n'aime pas faire ça.
Quant à son délire de vie, de mort, de grèves, d'échoués, de BB... Autant que ça fasse partie du gameplay, que ça son intérêt EN jeu, j'accroche, ça m'intéresse. Par contre, me taper trois mille explication du pourquoi la grève si, pourquoi le sang de Sam ça, à quoi servent les BB... C'est insupportable, je joue quand moi ? Entre deux divagations de Del Torro ? C'est ridicule. Mais le pire reste le gros bras d'honneur concernant les antagonistes du jeu. On te dit que untel est le méchant, mais en fait non c'est quelqu'un d'autre, et puis non y a encore quelqu'un au dessus, et c'est le facteur d'extinction, blablabla fin du monde blablabla un coup on peut ressusciter, un coup non... On se croirait dans Naruto... C'est consternant, je demande ce que foutent Mikkelsen et Seydoux là dedans, vu qu'eux, contrairement à Del Torro et Refn joue leur personnage et ne leur donne pas que leur apparences... Fallait payer des impôts ou bien ? Autant j'aime bien le personnage de Mikkelsen, qui est tragique, bien joué, mais qui se tape une révélation de merde à la fin que j'attendais. D'ailleurs la voici (je suis bon je vous épargne de vous taper l'histoire), en fait Cliff (Mikkelsen) est le père de Sam (Reedus). Oulalà quelle révélation, j'aurai jamais deviné... J'ai aussi apprécié le personnage de Léa Seydoux qui à tout son corps vieillit à cause de la pluie et qui a ce côté revanchard sur le méchant du jeu (qui d'ailleurs pur la merde, je suis déçu de Troy Baker, qui nous a habitué à beaucoup mieux). Mais le reste des perso est juste sans consistance, ils ne servent que de fonction, ils vivent pas au-delà du récit.

L'histoire du jeu progresse lentement, on a des moments d'allers-retours totalement forcés, surtout vers le chapitre 11-12 ou on doit subir le monde ouvert mais dans l'autre sens, genre on traverse les USA dans un sens et on se les retapes dans l'autre ? En vrai ça prendrait un temps fou, surtout que la justification à ça est juste débile avec l'autre qui tombe subitement malade... J'ai vraiment voulu arrêter le jeu, on me prenait trop pour un con, déjà que c'était limite parfois...
La fin du jeu parait "rushé" par rapport au reste, on se tape quasiment que des cinématiques, que du gamplay pauvre, vu qu'on nous enlèves notre équipement... Les derniers combats contre Higgs, Cliff, la baleine sont mous, ridicules. Cependant j'ai quand même apprécié le jeu lorsque qu'il restait un peu plus terre-à-terre en montrant des gens qui font des vrais trucs, surtout l’analepse avec Cliff à la toute fin, ou le dernier trajet vers l'incinérateur qui m'ont quand même légèrement touché. Faut dire qu'on s'attache au BB, il est tout mignon, tout sympa, tout comme Sam d'ailleurs, qui bien qu'un peu asocial, détaché, se révèle être un personnage principal certes plat, mais qu'on peut apprécier. Contrairement au méchant qui est juste ridicule.

En fait j'ai aimé toute la partie technologique, humaine de Death Stranding tout en exécrant son charabia pseudo biblique de petit malin. Je le redit, si le jeu s'était contenté de plus de simplicité, on aurait eu quelque chose de plus beau. Surtout, c'est dans ces passages non-fantastiques que le jeu révèle son sous-texte, notamment sur les "likes", la recherche d’approbation d'autrui, le fait que les technologies qui devaient rapprocher les gens ont eu l'effet inverses, l'addiction au services, etc. Mais attention, je ne dit pas que toutes les facettes fantastiques du jeu sont à jeter, juste que l'univers qu'a bâti Kojima est bancal et pas très clair, surtout tout ce qui n'était pas en jeu, dans le gameplay même.

En somme, c'est certes un jeu différent des triples A habituels. Les idiots qui se permettent de le juger sans y avoir toucher sont a ignorer. On a là le projet d'un artiste, mais ça ne signifie pas pour autant que c'est qualitatif. En tout cas j'espère que Kojima ne fera jamais de cinéma, ça serait vraiment atroce...

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