Lucifer's Call

Avis sur Drakengard sur PlayStation 2

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Version PlayStation 2

Les ténèbres ont un côté vachement attirant, vous ne trouvez pas ?

Je ne sais pas pourquoi, mais les histoires dramatiques font parties de mes histoires préférées.

Par exemple, The Legend of Zelda : Majora’s Mask est probablement l’opus qui m’a le plus marqué dans la série, et c’est de loin le plus sinistre. J’ai aussi largement préféré Fullmetal Alchemist (2003) à son successeur de 2009 (Brotherhood), pour son atmosphère désespérée et criante de vérité.

Je ressens davantage de sincérité dans le drame que dans tout autre genre, peut-être car c’est ce qui nous renvoi à nos propres faiblesses, et donc à notre propre humanité. C’est alors tout naturellement que le synopsis de Drakengard captiva mon attention.

On dit souvent des dessins animés Walt Disney/Pixar qu’ils bénéficient d’une double lecture, dans le sens où les enfants comme les adultes peuvent y trouver leur compte. C’est ce que j’avais apprécié dans nombre de leurs productions, le fait que, malgré toute la magie, les chansons mielleuses et les histoires de prince charmant qui les composent, bien des œuvres estampillées Disney ne paraissent pas chercher à cacher aux enfants les côtés moins drôles de la vie (j’imagine que ça vient surtout des auteurs et pas forcément du studio en lui-même).

C’est en cela que je suis particulièrement touché par des films tels que Pinocchio (très sombre, avec des personnages tels que Grand Coquin, Le Cocher ou Stromboli) ou Toy Story (violent, Cid en tête de gondole). Perso, j’ai vécu le saut de l’ange de Buzz comme un suicide. Remarquez, Woody porte en lui déjà beaucoup de la panoplie de l’anti-héros : grincheux, jaloux, envieux, malicieux… Et encore, j’ai cru comprendre que les auteurs ont dû lisser le personnage à la demande de Disney, pour coller à leurs standards.

Nier ayant affolé mon détecteur de désabusement, si on me dit que Taro Yoko avait, bien avant, déjà immergé le joueur dans un désespoir encore plus profond, à travers une œuvre qui en plus est liée d’une certaine manière au scénario de Nier, alors là…

Alors là tu m’as dans la poche mon go’ !

Si Nier est une expérience unique, alors Drakengard en est une autre. Mais les deux œuvres sont à la fois très liées et très opposées. Là où Nier, malgré son sentiment de tristesse latent, dégage une poésie certaine, Drakengard quant à lui fait beaucoup plus trash et moins arrondi. Je dirais qu’ils sont à l’image des deux faces d’une même pièce. L’un est une main de fer dans un gant de velour (Nier), et l’autre… Une main de fer dans un gant d’acide, bon sang !!!

Beauty and the Beast

Angel (pour les intimes) est le nom de notre héroïne du jour. Elle est majestueuse, forte, serviable. Angel se retrouva blessée et capturée à la suite d’un conflit entre deux armées. Agonisante au sol, et se rapprochant peu à peu de son dernier souffle de vie, celle-ci leva la tête et tomba nez à nez avec une bête féroce du nom de Caim. Coup de bol, la bête féroce était terrassée, bien incapable d’assouvir ses instincts de prédateurs, car elle aussi avait été blessée dans la bataille et à l’article de la mort. Sentant tous deux la mort approcher, ces derniers décidèrent de pactiser ensemble afin de trouver la force de surmonter cette épreuve…

Caim est majestueux, il est fort, tout comme Angel. Les deux bougres semblent faits pour être ensemble. En somme, le début d’une belle histoire où la Belle et la Bête se sauvèrent mutuellement la vie avant de filer le parfait amour, vous ne trouvez pas ?

Ce qu’Angel ne sait pas, au moment de signer le contrat de mariage, c’est que notre cher Caim a une passion, une passion bien particulière. Le boug’ est un fana d’armes blanches (il a une belle collection à la maison, de près d'une soixantaine d'armes). Il possède même une épée qu’il a sobrement baptisé « épée de Caim ». Mais qu’est-ce notre héros peut-il bien faire avec cette fichue épée ? S’en servir de canne pour marcher ? Nooooooooon ! Y planter une saucisse pour la faire griller au feu de bois ? Pas tout à fait. Son délire à lui, c’est de… Transpercer de jeunes garçons sans un brun d'hésitation et non sans y prendre un plaisir certain ? * Silence *

Le jugez pas, je suis sûr que vous avez tous pris goût au fait
d’écraser les passants dans GTA, sacripants… Et pis t’façon, à la
fin du jeu, vous aurez vous-même un nombre de victime qui dépassera les cinq chiffres !
Vous commencez à comprendre un peu la dynamique des créateurs ?

Et pourtant, Caim était chargé de sauver le monde… Vous commencez à comprendre dans quoi vous vous fourrez ?

Si vous avez déjà fait le jeu, là, normalement, vous avez déjà compris là où je voulais en venir. Effectivement, j’ai légèrement changé le point de vue qui nous est présenté dans Drakengard. En vérité, Caim est le héros de notre histoire (ou plutôt l’anti-héros), et celle qui était présentée tout à l’heure comme la Belle est en réalité un monstrueux dragon cracheur de flammes qui a en lui une profonde haine des humains qu’il juge immoraux.

L’histoire, elle, tendra à nous montrer à travers une succession de situations toutes aussi poignantes les unes que les autres, que le féroce dragon, aussi effrayant soit-il, possède en lui une sagesse immense et une humanité qui dépasse de loin celle de son binôme qui, paradoxalement, incarnera de son côté la réelle bête féroce du duo.

Demi-Fiend

J’ai constaté plusieurs similitudes assez appuyées entre Drakengard et une autre série de jeux-video que j’affectionne tout autant, soit Shin Megami Tensei (le troisième opus, pour ainsi dire) :

Primo, dans le monde de Drakengard, lorsqu’un humain accepte de s’allier avec une autre créature dans le but de profiter de sa puissance, elle doit abandonner quelque chose en retour (sans pouvoir choisir quoi, ce qui rappellera sans doute des souvenirs aux fans de Fullmetal Alchemist). Au final on peut dire que Caim a donné sa langue au chat (au dragon en fait), car ce dernier défaussa la carte de la parole, ce qui est assez cocasse lorsque l’on sait que le héros de Shin Megami Tensei 3 est muet ; comme pas mal de héros de RPG au final, certes.

Secundo, l’antagoniste des deux titres présentent une caractéristique en commun.

Il s’agit tous les deux d’enfants.

Tertio, le monde dans lequel se déroule les deux histoires est un monde en proie à l’apocalypse.

Quarto, les héros des deux séries se retrouvent à « négocier » avec des « démons » pour sauver la terre

(ou la détruire, consciemment ou non).

Vous en voulez encore ?

Quinto, la saga Persona est un spin-off dérivée de la licence Shin Megami Tensei, et cette dernière est restée relativement nichée dans l’ombre par rapport au succès grandissant de la première. Eh bien, sachez que Nier s’apparente également à un spin-off de Drakengard qui est resté dans l’ombre là où Nier a enfin gagné en popularité !

Au-delà de leurs ressemblances, les deux séries portent en elles le spectre d’un univers morne et déprimant, là ou l’espoir meurt et où la folie s’empare des quelques survivants d’un monde dévasté.

Groundhog Day

S’il devait y a quelque chose de pire que le désespoir, ce serait pour moi sans hésiter le faux-espoir. Dans Drakengard, il n’y a que ça. Toute tentative de mieux est vaine, c’est même encore pire. Imaginez un monde où toute action entreprise tourne au vinaigre. Et maintenant, imaginez que vous avez le pouvoir de revenir en arrière pour changer les choses, avec les mêmes connaissances que vous aviez au moment de prendre la décision. Qui n’a jamais rêvé de pouvoir changer le cours d’une action qu’on regrette ? Eh bien, Drakengard vous donne ce pouvoir (après tout, vous avez sacrifié votre voix pour l'obtenir : en tant que joueur, votre parole ne compte pas, et vous êtes obligé de vous plier aux règles que le jeu vous impose).

Drakengard fonctionne sur le même principe de fins multiples que Nier. Une fois passé pour la première fois les crédits de fin du jeu, ce dernier nous indique qu’il reste encore 4 fins à découvrir.
Bon, d’accord, on termine la première fin sur une touche poignante, ça doit être la « mauvaise fin ».
Mais le jeu semble nous indiquer qu’il est possible de remédier à cette situation. Peut-être est-il possible modifier juste quelques petits détails afin d’enfin voir la lumière au bout du long tunnel qu’on vient de traverser ?

Je suppose que vous avez déjà entendu parler de « l’effet papillon », n’est-ce pas ? Cette théorie qui suppose qu’un battement d’aile de papillon au bout de la terre serait capable de provoquer une tornade à 10 mille kilomètres de là. Une théorie voulant que la modification d’un seul détail au cours d’une histoire pourrait bien modifier drastiquement le cours des choses.

Après tout, j’ai bien comparé Drakengard à Disney, et on sait tous que Disney a pour règle d’honneur de terminer l’histoire sur une touche positive, un « happy ending » représenté avec pertinence en une phrase simple :

…Et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants.

Bah remballez vot’ Disney les gars, et mettez vous le bien derrière l’oreille, parce que dans Drakengard, miser c’est perdre. Il n’y a rien à gagner. Plus vous vous débattrez, plus vous vous ferez ensevelir par les sables mouvants de l'agonie. Chaque fin est pire que la précédente, et vous serez laissé sans voix (encore une fois), sur le bord de la route, par une sombre nuit d’hiver, comme en témoigne le silence marqué d’un malaise appuyé à l’issue de l’ultime fin du jeu.

Un retour en arrière, une fin ponctuée d’un silence dérangeant… Tout ça me fait penser à un certain film où l’antagoniste principal (lui aussi dénué d’humanité) vient briser le quatrième mur en s’emparant d’une télécommande dont il va se servir afin de rembobiner la scène représentant l’unique lueur d’espoir accordée au héros de tout le film, anéantissant définitivement toute échappatoire positive. Vous avez deviné de quel film il s’agissait ?

Funny Games

Drakengard n’est pas un jeu drôle. Enfin, ça dépend pour qui. L’antagoniste principal semble se délecter du désespoir de nos héros à en croire ses esclaffements soudains au détour de deux tirades sur sa supposé dominance, surement à l’image du rire qu’on eu les développeurs en pensant aux tortures psychologiques qu’ils allaient infliger aux joueurs ayant acheté le jeu.

Bon, perso j’ai pris beaucoup de plaisir à parcourir l'aventure, du début à la fin (contrairement à ce que je disais dans ma critique de Nier), ce qui ne fut pas le cas de tout le monde. Je ne sais pas, je ne dois pas être foutu pareil… (j’en serais presque déçu, tiens !).

Effectivement, les développeurs semblent avoir tout fait pour rendre l’expérience la plus irritante possible. Le jeu est divisé en plusieurs chapitres eux-mêmes découpés en phases de jeu distinctes :
Nous avons tout d’abord du beat’em all très proche de la célèbre licence Dynasty Warriors dont le concept a été décliné par la suite sur les spin-off de plusieurs licences de renom telles que Zelda, Dragon Quest, Fire Emblem, Persona, Gundam, et j’en passe.

Ensuite, nous devrons composer avec des phases aériennes à dos de dragon, souvent comparées au mythique Panzer Dragoon de Sega, à Ace Combat, et même parfois à Zone of the Enders

(il y a d’ailleurs un petit bonus caché à débloquer à la toute fin du jeu qui me semble être un petit clin d’œil envers la série de simulation d’avions de chasse).

Nous avons également des parties qui regroupent les deux gameplays précédemment cités, là où il sera possible de piloter notre dragon en rase-motte avec la possibilité de descendre au sol et inversement selon notre bon vouloir.

Les trois façons de jouer recensées précédemment occupent donc la majeure partie du jeu. Cependant, notez qu’il existe aussi une quatrième phase de jeu hack ‘n’ slash proche de la première évoquée, à la différence qu’il n’est pas possible d’y contrôler la caméra. Nous jouirons alors d’une vue à moitié du dessus (disons dessus/diagonal, façon RTS, les jeux de stratégie en temps réel) qui fera penser au récent Hadès. Ce sera alors l’occasion ponctuelle de parler aux rares PNJ du jeu, même s’il y sera possible de trucider des opposants.

Un cinquième et ultime mode de jouabilité se débloquera à la toute fin du jeu et viendra mettre à l’épreuve votre doigté (ce qui en a découragé plus d’un), mais je n’en dirai pas plus, faut pas déconner.

Drakengard bénéficie donc d’une variété de situations bienvenue, que l’on retrouvera d’une certaine façon décuplée dans la suite spirituelle qu’est Nier. Mais là où Drakengard emprunte à Nier l’un de ses aspects les plus représentatifs, il lui emprunte également une technique rigide et poreuse, trahissant une nouvelle fois le budget alloué, malgré les intentions nobles injectées dans le développement du jeu.

Alors perso, j’ai trouvé les animations de Caim particulièrement réussies, mais Drakengard est souvent cité comme un titre rigide et pénible à maîtriser (en tout cas dans ses phases terrestres). La camera n’est pas libre et il est impossible de la tourner tout en changeant de direction de course. Il va constamment falloir s’arrêter et appuyer sur une gâchette pour replacer la caméra. Les combo du personnage ne sont pas non plus très pratiques dans la mesure où le personnage donnera seulement trois coups, avant de recommencer son assaut avec les inlassables mêmes enchaînements (rassurez-vous, il est possible de faire évoluer ses armes afin de prolonger ces combos et les mêler à votre magie). De mon côté, je m’y suis très vite habitué mais il est vrai que ça pourra en désaccommoder plus d’un.

Les phases à dos de dragon sont, elles, plus souples. Il est heureusement possible de faire des demi-tours rapides, ce qui nous arrangera bien souvent même s’il est parfois difficile de jongler entre la visée (à l’aide d’un système de lock similaire à celui des phases avec Tails/Eggman dans Sonic Adventure 2), et la caméra en même temps que notre dragon poursuit sa trajectoire aérienne. J'aimerais en profiter pour mettre l'accent sur les bruitages de ces phases de vol desquels je suis totalement fan ! J'ai à chaque fois l'impression d'assister à une course de pods de La Menace Fantôme (Star Wars), c'est tout simplement jouissif !

Toutes ces phases de gameplay sont chronométrées, généralement sur la base d’une heure, mais elles sont parfois raccourcies à vingt minutes selon les objectifs. Les chronos m’ont paru généralement honnêtes, en tout cas, lors de la run pour obtenir la première fin. Ensuite, il faudra composer avec des défis de plus en plus serrés (du style, boucler la mission en 3mn les mains dans le dos), afin des débloquer toutes les armes nécessaires au déblocage des derniers épilogues (une constante dans les jeux de Taro Yoko).

Une frustration pourra alors émaner du fait de la longueur de certaines missions au sol où il arrivera de se faire enchainer au milieu d’une dizaine de soldats sans pouvoir se débattre après 45mn de bataille (ça procure la même sensation que se faire juggle en boucle dans un Tekken, courage papa), ce qui aura pour conséquence de vous faire recommencer la mission depuis le début. J’ai également lu beaucoup de gens souligner certains ennemis qui nous "one shot" après une mission de longue haleine (ce qui est certainement très frustrant), mais le cas ne m’est jamais arrivé (en ce qui me concerne, c’est surtout ma gourmandise liée au farm de mon perso qui m’a fait perdre plusieurs heures de jeu, me retrouvant bloqué dans la mêlée... Tout comme dans Shin Megami Tensei 3, en fait).

Des missions longues pour la plupart, disais-je donc, accompagnées d’une musique pour le moins… Particulière. Prenez un CD audio, puis poser le sur une table. Emparez vous ensuite de votre glaive le plus fidèle et venez gratter énergiquement la face de lecture du CD. Vous avez terminé ? Vous pouvez désormais glisser votre disque dans votre lecteur audio préféré. Et voilà, vous obtenez la musique de Drakengard ! En effet, les musiques de bataille ressemblent étrangement à des pistes issues d’un disque rayé, à tel point que vous finirez par vous demander si ce n’est pas le votre qui a un souci.

Si vous prenez la redondance des batailles aux combo limités, le nombre faramineux d’ennemis à pourchasser, la longueur des missions, l’aspect boucle stridente de la musique incessante, et l’ambiance à se tailler les veines du poignet, alors vous serez réellement immergé dans le monde désabusé de Drakengard, comme lorsque vous planchiez sur vos devoirs d’allemand à deux heures du matin alors que vous saviez à peine aligner deux mots et qu’il fallait rendre votre copie le lendemain (avec la possibilité que vous ayez eu la même prof que moi, qui aurait sans doute eu une place toute trouvé dans l’univers du jeu).

Après, ça c’est ce qui vous arrivera si vous êtes normalement constitué. Moi je vous dis, c’est passé crème.

Excalibur

A l'image d'une des épées les plus célèbres au monde, ainsi qu'à celles d'un Dark Souls, toutes les armes de Drakengard ont une histoire. C'est plutôt logique, quitte à collectionner pléthore de ferrailles en tout genre à en devenir barge assoiffé de sang, Caim aurait tout intérêt à s'intéresser aux légendes qui entourent ses nombreuses acquisitions. Ne dit-on pas "le savoir est une arme" ? Ce n'est finalement pas très étonnant vu la place centrale qu'occupe la recherche des armes dans la complétion du scénario du jeu.

Je parlais d'épées, mais ce n'est pas le seul moyen de semer la discorde disponible dans le jeu : marteaux, lances, haches... La panoplie est aussi diverse que cruelle ! Et leur histoire est contée de façon très ingénieuse, je trouve, car elle se dévoile au fur et à mesure que Caim prendra le temps de faire évoluer son arme. Pour cela, il faudra tout simplement l'utiliser sur le champs de bataille, et celle-ci évoluera naturellement par palier d'ennemis rossés. Dans un jeu où le combat est intempestif et où il peut vite s'avérer assez redondant (malgré la variation des phases de jeu), je trouve que c'est une super carotte (dans le bon sens du terme) pour amener le joueur à varier les gameplays.

La cerise sur le gâteau, vous savez c'est quoi ? Chaque arme dispose de sa propre compétence de magie ! Il vous sera donc, entre autre, possible de faire jaillir des boules de feu de votre main quand bien même votre dragon ne serait pas en mesure de vous accompagner, ou de trancher les ennemis à distance à la manière d'un Link exploitant les ondes de choc de la Master Sword, lorsque sa barre de coeurs est à son maximum.

Et parce qu'une cerise est généralement représentée par une grappe de deux, sachez qu'en plus de son histoire, le design de votre arme s'étoffe à chaque fois qu'elle évolue. Et ça se voit sur le champs de bataille ! Une épée lisse au niveau 1 pourra, par exemple, se voir affublée de dents aux niveau 2, et ainsi de suite.

On dirait que tout a été pensé pour vous faire basculer dans la psychologie de Caim, tant on vous pousse à débloquer, à faire évoluer, et à varier les armes ! On vous pousse à y prendre plaisir, probablement dans le but de vous faire identifier au personnage à chaque fin de chapitre, au moment où le rideau se lève dévoilant l'absurdité des chiffres du tableau des scores !

Taro Yoko semble en fait avoir réalisé l'exact opposé de ce qui est proposé chez Hideo Kojima. Là où dans un Metal Gear nous sommes récompensé lorsque nous épargnons nos adversaires, Drakengard nous félicite avec une tape dans le dos à chaque milliers d'ennemis décimées ! Malgré tout et en définitive, je pense que le message des deux créateurs est le même. Là où Hideo Kojima ira coudre son histoire d'un message anti-guerre où ce dernier poussera le joueur à ne pas toucher à l'arsenal létale qui lui est servi sur un plateau, Taro Yoko au contraire poussera le joueur à s'en servir un maximum, peut-être de manière à le dégoûter et le mettre face à l'absurdité de la situation. Quel que soit la réponse, j'ai été touché de plein fouet par les deux façons de faire. J'ai vu en ces deux oeuvres (trois avec Nier) une efficacité rare à faire vibrer ma corde sensible.

Et si Nier était un jeu où j'ai beaucoup pêché, Drakengard en est un où j'ai beaucoup péché...

Dies Irae Dies Illa

Comme tout RPG qui se respecte, le héros aura également droit à sa troupe de compagnons dévoués et… Pas du tout. On est dans le monde de Drakengard, dois-je vous le rappeller ? Ici, pas de pouvoir de l’amitié ou je ne sais quelle bétise. Les êtres qui vous épauleront sauront faire preuve d’un sens de la vicelardise de compétition, à en faire passer notre sanguinaire de protagoniste pour une mijaurée…

La galerie de personnages est trop exceptionnelle pour que j’aille plus loin dans les explications. Il va donc falloir que je me restreigne une nouvelle fois, jeu soussigné Taro Yoko oblige.
Les différents profils d’individus présentés feront écho à nombre de névroses, disons, assez discutables. Si vous trouvez anxiogènes les différents contextes traversés par les jeux Persona, vous n’avez-là encore rien vu ! A noter que le jeu vous propose également de vous faire incarner une partie de ces spécimens de foire l'espace de quelques instants (voyez cela comme des invocations), histoire de pousser le bouchon encore un peu plus loin, m'voyez.

Le seul regret que j’ai c’est l’exploitation des vices concernés. La plupart du temps ça va jouer sur des sous-entendus. Mis à par une ou deux scènes, le caractère malsain d’un personnage ne sera pas illustré de façon graphique. On notera bien en début de partie l’acharnement du héros sur un ennemi au sol, déjà vaincu et fauché par la mort, mais vu la qualité des cinématiques en images pré-calculées présentes dans le jeu, j’aurais aimé qu’elles soient utilisées pour montrer davantage la perfidie de nos comparses.

Si seulement Drakengard pouvait passer sous la houlette d’une version 1.22 comme son benjamin, afin de venir soulager mes fantasmes de dérangé (c’pas ma faut’, c’est Drakengard), et en espérant que ça passe à travers les filets de la censure… Ce serait le pied, moi j’vous l’dis !

Nécrose (r)Unique

Tout comme Yonah (cf. Nier), si vous lancez le disque de l'oeuvre singulière dont il fut question aujourd’hui dans votre console, vous vous exposerez à une maladie certaine qui semble incurable (tout à fait, comme dans The Ring), à moins (peut-être), d’avoir un champ de larmes lunaires dans votre jardin (et donc, un jardin… Moi, perso, je n’en ai pas).

C’était Drakengard. Un jeu où il n’y a pas de gagnant. Jamais !
Mauvais perdants s’abstenir.

Like fire, hellfire, this fire in my skin. This burning, desire, is
turning me to sin…

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