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Avis sur Gran Turismo 4 sur PlayStation 2

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Version PlayStation 2

Gran Turismo 4 a été un grand moment dans mon parcours vidéoludique, tournant entre deux époques, deux générations, deux façons d'aborder le jeu vidéo, et à une époque charnière et marquante de ma vie perso (divorce parental). Et ces sensations me reviennent en mémoire à chaque fois que je prends le volant, à chaque virage, à chaque changement de vitesse... Mais au-delà de ça, GT4 m'a marqué pour une autre raison, liée à son game design cette fois : parce que Gran Turismo 4, c'est un jeu de rôle.

Vous démarrez en bas de l'échelle. Vous avez un peu d'argent en poche, juste assez pour vous acheter un premier bolide d'occasion, ou neuf si vous êtes prêt à faire quelques concessions (badoumtschh). Grâce à lui, vous allez pouvoir faire vos premières armes sur des épreuves basiques. Ainsi démarre votre périple autour du globe, où vous irez d'épreuve en épreuve afin de remplir petit à petit votre bourse, votre écurie, et votre salle de trophées.

Un Jeu de rôles

Mais attention, vous n'êtes encore qu'un jeune apprenti, et toutes les portes ne s'ouvriront pas d'elles-mêmes. Il faudra déjà affronter des épreuves de permis vous apprenant les rudiments de la conduite et vous donnant accès à de nouvelles courses. De la même façon, il vous faudra du temps, des efforts et du doigté pour remplir votre garage avec les meilleurs étalons. Contrairement à un Forza, ou même à un GT Sport, GT4 distille son contenu progressivement, et toujours en vous laissant de multiples choix (pensez mind map). Il ne vous inonde pas sous 10 bolides cadeau à chaque course, ou par une voiture surpuissante au bout d'1h de jeu seulement.

Parce que GT4, c'est aussi un peu le "dark souls du jeu de course". Vous devez observer, analyser, explorer à tâtons, et expérimenter différentes combinaisons et réglages... jusqu'au moment de délivrance où la solution vous apparaît et où vous triomphez de l'obstacle qui vous barrait la route.

Autre RPG que GT4 convoque : Pokémon. Exploration, découverte et expérimentation sont encore là, mais cette fois avec un côté "collection de personnages" en plus. Parce que les héros de GT4, ce sont les voitures. Comme des personnages, elles ont leur apparence (partiellement customisables (need moar !)), leurs caractéristiques, leur comportement, leur évolution, leurs statistiques... Chacune aura une valeur subjective ET une valeur dans la meta du jeu (plus ou moins efficace dans telle ou telle situation). Sur les 700 véhicules, un paquet sont inutiles ou font doublons, et il manque la "méga-évolution" en config course d'usine, présente dans GT2... Mais vous l'avez compris. GT4 est un jeu de rôle.

Un MetroidVania

GT4 est un RPG donc, mais, comme Dark Souls, c'est aussi un MetroidVania. Chaque épreuve a ses conditions d'accès. Piloter une Renault, une 4 roues motrices, avoir obtenu tel permis, une certaine puissance ou certains types de pneus, etc, etc. Jouer à GT4, c'est jouer à un jeu de piste, le joueur devant tracer lui-même la carte de son parcours. Réaliser telle épreuve accessible à l'instant T, pour obtenir telle récompense, pour acheter telle voiture, permettant de réaliser telle course, débloquant à son tour telle autre porte… Et à chaque fois les solutions sont multiples : à vous de choisir quel coin du globe visiter, quelle voiture acheter ou améliorer, dans quelle marque ou quelle discipline vous spécialiser ou au contraire toucher à tout, faire en boucle une même épreuve rentable ou passer des heures sur une seule course difficile ou très longue (l'endurance en temps réel, jamais osé.. :3), pour la gloire et la fierté d'une mission accomplie.

Gran Ludismo

Plus je repense à ce GT4, et plus j'ai le sentiment qu'il est un des rares jeux (de course) à avoir compris ce qu'est le Jeu et le Ludique. Je ne vais pas définir ces notions ici, je le réserve pour une éventuelle critique dédiée à ce sujet, mais en gros : Le choix. La liberté soumise à conditions. La progression. La surprise. L'expérimentation. La multitude de possibilités. Le plaisir simple de conduire (autotélisme). Un aspect immersif (visuels, mode photo). Un lien avec la réalité et un apprentissage technique qui dépasse le cadre du jeu (mécanique, pilotage, Histoire des marque). Tout ça est présent dans Gran Turismo 4, et vient renforcer le plaisir lié au cœur du jeu, à savoir la conduite et la course.

GT4 est un jeu auquel on peut ne jamais s'arrêter de jouer°, grâce à sa progression aux multiples ramifications et embranchements, son contenu gargantuesque, mais aussi pour le plaisir simple de jouer et d'interagir avec ce grand coffre à petites voitures virtuel. Et rien que d'y penser, j'en ai des petits papillons dans le ventre.

° tiens tiens, le dernier GT est un jeu-service orienté online et régulièrement mis à jour...

Un modèle de collection

Malheureusement, aujourd'hui, GT4 accuse le coup. L'aventurier pimpant du milieu des années 2000 se sert désormais de son épée comme d'une canne : la conduite est rigide, la base de données, les visuels et les bruitages sont datés et la physique parfois déroutante… Même en HD via émulateur, dur de relancer une partie aujourd'hui avec le même enthousiasme qu'autrefois. Pourtant, le cœur ludique est là, éternel, invariable, comme tous ces jeux ancestraux qui ont survécu au Temps, du jeu de cartes au Go en passant par les Échecs ou les jeux de cour de récré.

Est-ce que le temps aurait permis d'identifier les faiblesses ludiques du titre, ou sa dépendance trop grande à la technique ? C'est vrai après tout, pourquoi préférer GT4 à GT2 si ce n'est pour sa technique plus attrayante ? Donc je reconnais que volonté de réalisme oblige, la part d'immersion est importante dans la proposition de GT4, et sans elle, malgré ses grandes qualités ludiques, le titre pourrait lasser ou irriter aujourd'hui. Immersion et Ludisme sont deux choses bien distinctes.

Quel est donc l'héritage de GT4 aujourd'hui ? Perdu entre le réalisme visuel au gameplay arcade (Forza Horizon) et la simulation technique pour hardcore gamers (Assetto Corsa, Project Cars). J'ai testé Forza 4, mais on m'a filé une voiture surpuissante au bout d'une heure, alors à quoi bon continuer ? J'ai testé Project Cars, mais son réalisme excessif et son mode carrière sans magie m'ont rebuté. J'ai testé des jeux plus arcade, comme Need for Speed 2015 ou Shift, mais aucun n'a réussi à reproduire cette structure si passionnante, riche et équilibrée qui faisait le charme de GT4. Et puis j'ai testé GT Sport. Sa plastique magnifique, son mode photo poussé, ses sensations de conduite jouissives et réalistes juste comme il faut… tout ce qu'il manque à GT4 en fin de compte. Mais en contrepartie, il lui manque tout ce qui faisait de GT4 une expérience unique.

Attention, je ne suis pas un inconditionnel de la série, que beaucoup critiquent ou n'apprécient pas, parfois à raison. Mais pour moi, jouer à Gran Turismo, c'est retrouver le mélange parfaitement équilibré entre le Jeu et le Réel. C'est un pont qui relie ces deux mondes. L'expérience est fun, engageante et stimulante comme un jeu doit l'être, sans fioritures techniques simulatives. Et l'expérience me donne toujours la sensation d'être dans la peau d'un expert en automobile, apprenant des choses en mécanique et en pilotage, améliorant ses chronos par 1/10e de seconde, et faisant des choix stratégiques dans la progression de ma carrière. Voilà ce qu'est pour moi et malgré tous ses défauts, Gran Turismo.

Conclusion : Un rêve

Alors aujourd'hui je me prends à rêver, et à vouloir partager ce rêve avec vous ici. Rêve qu'un jour GT4 et GT Sport se réunissent dans un épisode mémorable, ultime. GT Sport s'enrichit de véhicules, circuits et courses en solo, mais il ne sera jamais le GT "RPG-Vania" que j'attends.

Beaucoup me diront peut-être que cette structure est présente dans tous les jeux de course ou presque, ou même dans d'autres GT (5 ou 6) sortis ensuite. Peut-être. Mais GT4 avait un charme particulier pour moi. Parfois et souvent dans des petits détails (que je peine peut-être à exprimer ou identifier), ou peut-être aussi parce que je l'idéalise avec la nostalgie.

Sa map monde, son ambiance "tour du monde", son OST lounge, son intro épique, son guide officiel que j'ouvre régulièrement comme un vieil album de famille, marqué au stabilo jaune et critérium par mes multiples tentatives d'achèvement à 100%. Sa progression façon arbre généalogique, son côté RPG progressif montant en puissance, la liberté digne d'un monde ouvert (réussi), le côté MetroidVania passionnant pour distiller avec discernement son contenu généreux. La collection de "personnages" à apprendre à connaître et maîtriser, le lien paternel avec la mécanique et la passion auto. Et le plaisir de rouler, d'avancer, de s'améliorer sans cesse et par petites touches…

Oui, plus j'y pense et plus je me rends compte du lien étroit qu'il y a entre ma personnalité / mes goûts et ce jeu. Lequel est arrivé en premier... allez savoir ! Alors peut-être qu'aujourd'hui, mes goûts et mon esprit critique ont suffisamment évolué au point qu'un tel jeu me laisse de marbre et m'ennuie. Mais tant que je ne relancerai pas le jeu, et que cet hypothétique GT idéal nouvelle génération n'existera pas, j'aurais toujours cette conviction que GT4 est un grand jeu et un grand moment dans ma vie (de joueur). Et ce n'est peut-être pas plus mal si cela reste comme ça indéfiniment.

(Merci de votre lecture. Critique en cours de re-relecture)

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