Mieux fini que Mafia 3, mais avec tellement moins d'âme

Avis sur Mafia: Definitive Edition sur PlayStation 4

Avatar Danny Fonseca
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Version PlayStation 4

Il convient de démarrer ce petit texte en précisant que selon moi, Mafia 3 est l'un des 3 AAA narratifs les plus importants de la génération (avec Death Stranding et RDR 2). De ce fait, j'attendais Mafia : Definitive Edition autant pour reparcourir le scénario de Mafia avec de zolis graphismes, que pour découvrir comment les géniaux scénaristes de Mafia 3 allaient pouvoir reparcourir ce mastodonte de l'histoire du jeu narratif.

J'attendais du jeu qu'il emprunte tout ce qui a fait de Mafia un jeu culte (sa mise en scène, son élégance, son incomparable réimagination des grandes villes américaines des années 30) et tout ce qui fonctionnait dans le troisième opus (la justesse des dialogues, la remise en contexte historique permanente, le questionnement moral permanent des personnages) pour en faire un véritable chef d'oeuvre. Ce n'est pas ce qu'il s'est passé.

Si on traîne un peu sur Youtube, on y trouve aisément des vidéos de compilation du souci du détail ahurissant qui rend vertigineux le travail que Illusion Softworks a abattu sur Mafia en 2002. Honnêtement, certains éléments sont aujourd'hui encore assez impressionnants et audacieux, comme la réactivité de la police, la conduite des véhicules volontairement rigide, les stations-essence... Tout n'était pas forcément utilisé dans le scénario, mais c'était un arrière-plan prodigieux qui servait au tableau dressé de cet Etats-Unis des années 30. Tout cela a été sacrifié par Hangar 13 sur l'autel du confort du joueur. Même dans le mode "classique" - qui était censé rapprocher au maximum l'expérience du jeu original - la conduite des véhicules reste extrêmement accessible (elle est récupérée à l'identique de Mafia 3, ce qui semblait logique pour les années 60 mais moins pour les années 30), les fusillades sont très simplistes, et il y a des ellipses en permanence pour que le joueur ne fasse qu'aller de scène en scène, sans jamais avoir le temps de profiter de l'ambiance de la ville.

L'un des éléments qui m'a fait tomber amoureux de Mafia 3, c'est sa recontextualisation et remise en question historique, l'audace de parler d'événements très sombres d'une période historique (en l'occurrence, la ségrégation des Noirs dans le sud des Etats-Unis) et d'en questionner les aboutissements via divers points de vue. Des radios parlaient de vrais événements sur plusieurs chapitres, des débats endiablés se produisaient, et on a même un des présentateurs radios qu'on finit par rencontrer en chair et en os après l'avoir entendu étaler son racisme durant une bonne quinzaine d'heures sur les ondes. Cela permettait de lier les éléments autour du personnage principal à un instant T de l'histoire, et lier en permanence ses actions et son époque. En d'autres termes, cela rendait le tout cohérent et crédible, malgré le côté pulp et grandiloquent des événements du jeu.
Rien de tout ça dans Mafia : Definitive Edition. Au mieux on a quelques journaux et une brève nouvelle à la radio mentionnant Hitler et la prohibition, au pire rien du tout. Le fait que l'histoire de déroule sur plusieurs années (de 1929 à 1938 si je me souviens bien, avec un petit saut dans les années 50) n'arrange rien. La ville ne change jamais contrairement à Mafia 2, et rien ne nous permet de comprendre où on en est politiquement et socialement, alors que le contexte historique est quand même le point de départ de l'histoire (la prohibition et la crise des années 30). A cause de ça, on a l'impression que la bande de Salieri est constitué de 4 pélos et qu'il ne se passe rien d'autre que des courses-poursuites et fusillades entre Mafieux dans la ville. Quand Mafia 3 démarre en plein milieu du carnaval de la Nouvelle-Orléans (New Bordeaux dans le jeu) et que chaque district a sa propre sous-intrigue, ça fait très mal.

Pour être honnête, cela ne m'a pas aidé à m'immerger dans les événements du jeu, et je n'ai pas cru à l'histoire, ni à ses personnages (excepté la relation entre les trois personnages principaux, sans aucun background mais relativement travaillés). On va arbitrairement tuer untel ou voler telle cargaison, et si le moment-to-moment gameplay est bien plus travaillé et varié que dans Mafia 3, tout cela manque de chair et du coup d'intensité. On tue des ennemis non pas parce que la situation nous y invite, mais parce que le développeur nous y oblige, la plupart du temps sans trop savoir pourquoi.

Même dans l'écriture, tout n'est pas devenu particulièrement meilleur que l'original. Certains dialogues sont bien étoffés, bien bien mieux mis en scène (parfois brillamment réalisé), mais il arrive qu'une scène perde de son sens dans le scénario global à cause d'un ton pas hyper juste. Globalement j'ai du mal à comprendre ce qui voulait être raconté, en témoigne

le monologue de fin, entièrement modifié par rapport à l'original, qui est totalement à côté de la plaque avec son discours à la gloire de la famille (pas la "famille" chez les gangsters hein, il parle de sa femme et sa fille à ce moment là)

. A part peut être deux scènes, on est dans la glorification pure de la violence et l'héroïsation des gangsters. S'il y avait bien un domaine dans lequel je l'attendais au tournant, c'était celui-ci : donner du sens à un jeu vieux de 20 ans qui était incroyablement novateur narrativement à son époque, mais qui manquait un peu de liant, de chair dans ce qu'il essayait de raconter.

Petite note sur la musique également parce qu'après les 3 premières heures j'ai vraiment failli la couper dans les options... Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Autant les musiques à la radio sont tout à fait bien choisies (même s'il manque les deux plus iconiques de l'original - Belleville de Django Reinhart - mais c'est pas bien grave), autant les musiques originales sont très vite totalement insupportables et utilisées n'importe comment. C'était déjà un chouilla le cas avec Mafia 3, mais les compositions étaient beaucoup plus variées et appropriées (elles étaient juste un peu trop fortes pendant les cinématiques). Ici, il y a 3 musiques d'action et 2 de tension, toutes extrêmement similaires, et toutes utilisent cet espèce de petite envolée lyrique de cuivre absolument insupportable qui revient toutes les 30 secondes dans les scènes de tension, et se paie le luxe d'être aussi le thème du game over. Cela n'a jamais été un souci dans les autres jeux de la série, donc je comprends pas trop ce qu'il s'est passé.

Si le jeu reste une merveilleuse capsule temporelle, avec une esthétique renversante et un jeu d'acteurs extrêmement sérieux et impliqué, tous ces personnages et événement tomberont rapidement dans l'oubli. Et quand on est le remake d'un des jeux narratifs les plus importants des débuts des années 2000 (et qu'on sort 4 ans après le jeu de gangsters le plus important de tous les temps), c'était primordial de pas se rater à ce niveau là.

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