Spider-Man peint la toile d'une expérience aigre-douce

Avis sur Marvel’s Spider-Man sur PlayStation 4

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Version PlayStation 4

Marvel n'a pas perdu le fil comme pourrait dire Spidey. Après les films, fallait forcément créer un Videogames Universe. Fallait-il pour autant le confier à Insomniac Games ? C'est vrai qu'ils sont fortiches avec leur Spyro, leur Ratchet and Clank ou encore leur Resistance mais leurs derniers jeux n'étaient pas si fou que ça. Peut-être que IG était le studio le moins cher parmi tous ceux qui jouaient dans la cour des AAA. Ou encore qu'il s'agissait tout bonnement de ceux qui étaient les plus à même de se plier aux exigences de Sony. Car on en voit de partout des concessions. En tout cas, si c'est délibéré, ça fouette du derche mais alors sévère.

Premier constat : cet opus du Tisseur recyclera toute la recette du blockbuster avec sa panoplie complète du parfait petit triple A. Comprenez par-là : une dimension RPG/Infiltration superficielle qui agace plus qu'elle ne fait sourire mais aussi un scénario en retrait, des personnages sous-évalués sauf certains, des dialogues peu travaillés et une crème, ah, qui ne prend pas.
Il faut dire que dépenser son XP ne sert à rien. Certes, on upgrade notre matos mais on peut très bien faire le jeu sans améliorer quoi que ce soit que le challenge ne sera pas plus ou moins compliqué. Déjà que les ennemis font la queue pour nous attaquer (si, si, il suffit de monter des marches) comme dans un Assassin's Creed (un mode Parkour est d'ailleurs de la partie, c'est dire l'influence de Ubisoft sur Insomniac Games) mais alors la diversité des adversaire laisse sur le cul. On a beau progresser, rarement les ennemis changent. Toujours les mêmes combos, les mêmes attaques, les mêmes esquives, les mêmes techniques. Dommage. Quant à l'infiltration, elle est inutile. Comprenez-bien, il y a les phases de Peter et de MJ. Celles de cette dernière sont bâclées tant elles sont faciles et grotesques. On peut très bien courir derrière un ennemi en faisant tomber toutes les caisses et en marchant sur du verre qu'on passe flex. Déjà qu'elle ne serve pas du tout le scénario (étant donné que c'est raconté sous flashback, ça ne doit pas être pour rien)... peut-être qu'Insomniac Games voulait absolument laisser le joueur incarner une femme pour contenter le lobby féministe mais c'est mon côté comploteur qui ressort ; n'affirmons rien sans savoir. Et l'infiltration de Peter, calquée sur celle d'Arkham, également, ne sert à rien. Une fois les ennemis abattus, une nouvelle vague d'ennemis arrivera (jusqu'à 5) et la session d'infiltration cessera automatiquement. On est donc repéré quoi qu'on fasse. Et même si on est repéré, ça ne change rien. Dans Arkham, c'était primordial de se cacher ! Deux balles et on clamsait ! Là, esquive, esquive, esquive, mandale et le soucis est réglé.
Bref. Dès les premiers minutes de jeu, on est forcé de se dire " hm, ça ressemble à Arkham ". Il faut vraiment avoir des rondelles de saucisses devant les yeux pour ne pas le cramer. D'un autre côté, on ne peut pas franchement en vouloir à Insomniac Games tant le copier/coller passe aisément. Ce n'est pas encore tout à fait ça mais ça passe. On attaque comme dans un Arkham, on esquive au lieu de parer mais ça reste la même rengaine sans oublier le finish move sur un duo de boutons comme le faisait Batou. Il est juste étrange que l'on bash n'importe quel jeu essayant de copier sur son voisin (comme Mad Max ou encore Shadow of Mordor) mais que l'on devient aveugle dès qu'il s'agit de Spider-Man. Peut-être est-ce l'effet Marvel Cinematics Universe qui semble rendre les gens exempt de toutes critiques. La phrase est peut-être un peu forte mais je ne suis même pas désolé.
Bien sûr, triple A oblige, les collectibles sont là. Et pas des collectibles cachés comme Spider-Man 2 sur PS2 ou des actions contextuelles sympas comme dans GTA : San Andreas. Mais non ! Cette mentalité est désormais surannée ! Tout ce que vous devez collecter (car cela est nécessaire pour améliorer votre équipement, un comble) est affiché sur votre map. Il faudra donc partir à la chasse aux sac à dos sans rouspéter sinon impossible de débloquer une nouvelle tenue ou d'obtenir un meilleur gadget. Ne parlons même pas des quêtes annexes comme la chasse aux pigeons, seulement sympathique au début, ou des planques de Black Cat car elles sont soporifiques dès la seconde occurrence. En revanche et c'est assez étrange de le constaster : les missions donnés par Harry et qui portent sur l'écologie sont extrêmement bien foutues. Elle diversifie le gameplay avec des nouvelles approches, des objectifs fendards à atteindre et permettent même d'apprendre deux-trois trucs sur l'environnement. Ce qui n'est pas le cas de certaines missions facultatives qui auraient eu bien besoin d'un peu plus de consistance. Un exemple frappant est celui où un fanboy de Spidey décide de se déguiser en son idole pour combattre le crime. Il s'en sort bien mais risque forcément du tomber sur plus dur à cuire que lui. Peter décide donc de le retrouver et de le stopper. Une fois le type retrouvé, la situation se clos sur un : " usurper l'identité des gens, c'est pas bien, faut pas le faire, c'est caca ! ". Et l'imposteur de répondre " ah bah oui, maintenant que tu le dis ". Mission accomplie.

C'est d'autant plus dommage que les comics de Spider-Man ont parfois fait appel à des scénaristes de génie. Dan Slott, même si controversé, par exemple. Straczynski ou McFarlane sans parler de DeMatteis qui a écrit La Dernière Chasse de Kraven, souvent considéré comme le Killing Joke de Spider-Man (rien que ça). Back To Black, La Saga des Clones, The Superior Spider-Man, Blue, Noir, La Naissance de Venom et j'en passe.
On se demande, quelque part, pourquoi Insomniac Games n'a pas demandé à l'un des auteurs du comics de venir plancher sur le sujet. Ils ont voulu faire leur propre truc disent-ils en interview. Sympa mais l'avis d'un spécialiste n'est pas non plus à jeter même s'il ne fait que superviser. On ressort Arkham mais regardez le boulot de Paul Dini sur Asylum et City. Son absence est remarquée dans Knight. Ce n'est peut-être pas un hasard. Non pas qu'IG ou Rocksteady était incapable de pondre un scénario digne de ce nom mais peut-être fallait-il un peu d'humilité. Cependant, Insomniac Games était très libre sur le scénario d'après leurs dires et il est tout à fait compréhensible de les laisser bosser comme ils veulent dessus. Ce n'est pas tous les jours que c'est possible sur un jeu à licence.
Malheureusement, malgré leur liberté, le scénario demeure fade. Certains personnages sont à peine introduits qu'ils sont déjà identifiés comme méchant après un saut de couverture assez surprenant (et pas en bien). Les réactions d'autres protagonistes sont parfois très étranges comme le Doc. Octavius qui, dès les premières minutes, crame Peter en train de réparer son costume avant de lâcher un : " ah, je le savais, c'était évident... bon, je te laisse bosser, je dois manger mon menu chinois ". Évidemment, je caricature. Au-delà de cela, les personnages principaux sont souvent ratés. Tante May, malgré quelques fulgurance est ratée et n'apporte aucune importance à l'histoire ni aucune sympathie. C'est pourtant le pivot de la relation qu'entretient Spider-Man avec les risques de sa double vie. Même si May ne meurt jamais que ce soit dans les comics ou les films parce que c'est elle, la vraie héroïne de Marvel. Tu la mets face à Thanos, elle t'en fait du guacamole.
Mais tant que l'on parle des personnages, il faut souligner la VF totalement désastreuse. Peter et Jameson en particulier. On me dira, comme on me l'a déjà dit une dizaine de fois : " pourquoi cracher sur la VF alors qu'on a Donald Reignoux ? ". Oui, ok, mais ça peut être Donald Reignoux, Damien Boisseau, Emmanuel Curtil, Tartempion ou Adolf Hitler que ça changerait en rien que Peter apparaît plus comme un adolescent arrogant que comme un héros. Vous allez me dire : c'est normal. Oui, sauf que l'histoire insiste sur un Spider-Man averti. Certes, il n'est pas encore tout à fait mûre mais il a quand même quelques années dans les pattes. Difficile de le voir encore comme un sale gosse qui fait des blagues juste pour frimer. D'accord, Peter a toujours fait des blagues (sauf certains comics). D'accord, elles sont pas toutes très folles. D'accord, même les Avengers en avait marre de lui à cause de ça. Mais là, y'a quand même une marge. Être un jeune adulte ne signifie pas pour autant qu'il faut être gênant et aussi peu fin. Dans ce jeu, Peter fait des blagues lourdes, vaseuses, gênantes et à mille lieux de celle de Spider-Man 2 ou de Web of Shadow (pour citer deux autres titres de la licence Spidey). Sans parler de ses remarques futiles sur l'environnement, encore plus futile qu'un " sacré vent " de Geralt de Riv. Comme quoi, être jeune et encore inexpérimenté ne justifie pas tout. Regardez Donnie Darko. Oui, ok, regardez Miles Morales dans Ultimate ! D'ailleurs, malgré la plupart des critiques concernant ce personnage présent dans le jeu, il est celui qui reste le mieux introduit (on en parle pendant deux longues missions sans savoir qu'il s'agit de lui) et il apparaît même à l'image bien avant que l'on sache son nom. Il arrive donc travaillé et sa souffrance nous parait bien réel, fougueuse et farouche. Norman Osborn, malgré ses apparitions furtives, est égal à lui-même, mélange curieux entre Willem Dafoe et Kevin Spacey. Ferme, strict, détestable as fuck mais toujours avec une classe indéniable. Dommage qu'il soit autant au centre du récit mais finalement assez absent. Il faut tout de même notifier que les personnages paraissent moins cliché et neuneu en VO mais il est, pour l'heure, impossible d'y jouer en VOSTFR malgré que beaucoup de fans français (et même d'autres pays) envoient masse de mails aux dev's pour corriger le tir.

Mais alors ? Il est pas terrible ton jeu. C'est juste un autre triple A à la con. C'est Assassin's Creed mais avec Spider-Man. Oui, un peu. Il faut escalader des tours pour dévoiler la map (après un mini-jeu d'ondes à superposer comme dans... oh, Arkham ! Mais en fait, non. Il est pas si mauvais que ça, loin de là. Même si on a l'impression qu'Insomniac Games voulait faire un bon jeu vidéo avant de faire un bon jeu Spider-Man... bah, c'est plutôt l'inverse qui se produit. Certes, le scénario, le background, les dialogues (en VF pour la plupart) ne font pas honneur au Tisseur mais les sensations sont bien là.
Peut-être que ça n'est pas aussi bien foutu que Spider-Man 2 et Web of Shadow en leur temps (les deux références sur les open-world de Spidey) mais c'est jouissif. Les déplacements à bout de toile sont très fluides, permettent beaucoup de liberté avec des animations soignés et même l'espèce de grappin-toile hérité des deux The Amazing Spider-Man a été recyclé mais pour offrir une meilleure version. Bravo, le veau. Alors là, j'ai envie de dire bravo mais j'ai aussi envie de dire merci. C'est un véritable bonheur de se balader dans NY au bout de ses lances-toiles à n'en pas douter. Même si les fenêtres des immeubles montrent deux appartements identiques côte à côte et ceux sur, parfois, 48 étages, c'est tout de même plaisant. Tout New York est reproduit à l'exactitude tout en implantant certains endroits d'éléments fictifs comme la tour d'Obscorp. Une bien bonne réussite sur ce point. Au niveau des décors, c'est du sans faute. Exactement comme... hé oui, Arkham et Assassin's Creed. Encore un autre copier-coller de... non, je déconne.

**Bien entendu, plusieurs éléments ont été volontairement omis dans cette critique ou subrepticement introduits histoire de afin de conserver le plaisir de la découverte. Ce Spider-Man s'inspire énormément des derniers films (et un peu de Brand New Day) où l'on retrouve un Peter Parker un peu gênant et adolescent. Ce n'est pas un mal en soi, il faut aimer, c'est tout. Tous les goûts sont dans la nature comme cette critique est subjective. Comme les autres puisque tout est subjectif et que l'objectivité n'existe finalement pas. C'est d'autant plus vrai dans le monde des comics tant il existe de versions différentes de Peter Parker. Aux dernières nouvelles, il était PDG de sa propre entreprise. Et encore avant, c'était le Octavius qui le contrôlait. Et encore avant, enfin, bref, vous avez compris. En définitive, c'est un Spidey très conforme que l'on retrouve dans un jeu estampillé Spider-Man tout aussi conforme. C'est au goût de chacun, encore une fois. Comme la majorité de ses potes triple A, le gameplay se retrouve aseptisé par de nombreuses tentatives ratés comme l'XP ou l'infiltration. Peut-être que pour une fois qu'on a une bonne exclu PS4 (et pas en vosten comme Yakuza), les gens préfèrent se rassurer. Ou simplement qu'ils kiffent. Et ils ont bien raison. Ou alors, c'est juste le fait qu'il s'agisse enfin d'un BON jeu Spider-Man. On désespérait.

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