La menace fantôme

Avis sur Metal Gear Solid V : The Phantom Pain sur PlayStation 4

Avatar Dilendeau
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Version PlayStation 4

Dieu que l’attente pour ce nouvel et ultime (?) opus de Metal Gear Solid fut longue, hormis les trailers de l’E3 je refusais de regarder ou de lire la moindre chose concernant le jeu, procédé que j’applique à tous les gros AAA depuis quelques années maintenant, afin de garder une certaine fraicheur pour le jour J
Dire que j’aime la série est un euphémisme, comme beaucoup je l’ai connu via la branche « Solid » sur Playstation, un jeu qui m’a profondément marqué et qui fut joué lors de sa sortie à une époque où je devais avoir 11 ou 12ans, et qui de fait laissa une marque profonde de par sa narration et son gameplay innovant pour l’époque.
Gameplay et scénario, les deux pendants de la série Metal Gear, Kojima ayant su diversifier son gameplay et l’assouplir avec le temps pour mieux s’adapter aux nouveaux codes du genre infiltration.
Je ne fus jamais vraiment agacé par ses multiples cut scenes et ses incessants appels au Codec, cela faisait partie du jeu, on était par moment plus spectateur qu’acteur (les actes III et V de MGS 4 en sont les parfaits exemples)
Le prologue de ce cinquième épisode (je parle de Ground Zeroes dans ce cas) m’a conforté dans le gameplay du jeu, une infiltration que je trouve plus poussée, des mouvements crédibles, et une intelligence artificielle qui semblait plus percutante.

Je ne vais pas m’apesentir sur le deuxième prologue, celui de The Phantom Pain cette fois ci, qui est très bien mis en scène et qui m’a tenu en haleine pendant une bonne heure, du pur Kojima , avec cette alternance entre cut scenes et (un peu) de gameplay. La confrontation entre l’homme en feu sur sa licorne et le duo Big Boss / Ocleot étant le point d’ogue de cette entre en matière…
Malheureusement j’ai vite déchanté après cette mise en bouche.
Si j’avais pu pardonner à Peace Walker sa narration éclatée du au format portable sur lequel il était sorti en premier lieu (avant de revenir dans la HD collection), de par l’idée d’avoir un MGS portable, avec des missions pouvant être bouclées relativement rapidement lors d’un trajet ou autre, j’ai bien plus de mal à faire abstraction de ce problème avec le nouvel opus.
Que Kojima décide de laisse plus de placer au jeu pur, et une attention louable mais encore faut-il donner au joueur une envie de progresser dans l’histoire, une motivation. Au cours des 60 heures de jeu que j’ai faites à ce jour, je n’ai que rarement eu des moments m’incitant à lancer la prochaine mission.
La faute à une histoire décousue et soporifique au possible, les missions se suivant avec des objectifs globalement identiques, le fait de pouvoir explorer deux grandes zones dans le globe diluant encore plus le récit , avec les sempiternelles génériques de début et de fin de mission, le trajet en hélicoptère, les casettes à écouter remplaçant le Codec, tout cela alourdissant le jeu.
Les personnages charismatiques de la série s’effacent eux aussi, on se fout bien d’Ocelot, l’homme invisible de la base juste bon à dresser à chien et à torturer les gens, histoire que l’on sache que c’est bien lui. Skull Face est rendu insipide, son plan est pourtant intéressant mais le personnage en lui-même est bien trop absent (alors que son background pouvait faire de lui quelqu’un de vraiment fort). Les bosses sont absents dans une moindre mesure, exception faite du duel avec Quiet qui rappelle celui de The End (et pour cause), mais les combats contre les skulls furent dénués de tout intérêt. C’est surement de par ce choix de narration que Kojima laisse de côté des bosses, cela nécessitant de les introduire et de leurs donner un rôle dans l’histoire, en mettant en place une unité lambda il s’affranchit de cette contrainte.
Là encore c’est peut-être pour d’autres un point positifs, on évite les Beauty and the Beasts de Guns of the Patriot avec leurs traumas osef expliqués pendant dix minutes par Drebin, mais il y’avait surement un juste milieu.

Hemmerich reste le seul que j’apprécie à suivre avec Eli, des personnages ambigus, surtout dans le cas de Huey qui est une sacré saloperie, mais pour le reste c’est assez faiblard (Code Talker aime les burgers, il m’aura fait rire pour cela). L’homme en feu (dont l’identité n’est pas vraiment une surprise) est expédié en une cassette avec un « oui donc voilà c’est lui » ou encore le personnage de l’enfant au masque à gaz. Ces cassettes sont nécessaires pour bien comprendre toutes les sous intrigues mais elles expedient des personnages ou des intrigues en quelques phrases, Skull Face étant une des premières victimes de ce changement.
Quiet est là pour frétiller des fesses et mettre en avant ses seins dans l’hélicoptère, mais bénéficie de quelques petits moments de bravoure, mais pourquoi lui donner aussi ce rôle de potiche bimbo (pléonasme). Par moment la voyant se trémousser , je me disais "mon dieu, mais pourquoi" et je ne suis pas du genre prude, mais là cela n'a juste aucun intérêt ou lien avec l'histoire, c'est purement "et regardez, on voit son cul"

L'autre majeur défaut du jeu et qu' il ne m’a quasiment jamais surpris, prévoyant les twists de Kojima à l’avance, je me suis quelque peu forcé à finir le jeu espérant une révélation finale ou quelque chose de grandiose voir de grandiloquent mais il n’en fut rien. On avance dans les zones, on scanne avec ses jumelles, on marque les enemis, on fultone tout ce beau monde, on complète l’objectif, on se barre et voilà … parfois devant se taper des bornes avant d’arriver au point d’extraction. La routine s’installe… C’est d’autant plus dommage que le premier opus à voir le jour sur portable à savoir le sympathique Ghost Babel avait su mettre en place en dépit de son format portable une histoire «cohérente » bien que linéaire.
J’avais par moment de jouer à une sorte d’Assassins Creed, un jeu répétif au possible et finalement assez creux.
Le pire étant pour moi le deuxième acte, je me suis dit "allez, il va nous faire un coup à la Sons of LIberty, le twist ultime", il n'en est rien, le jeu devient un peu plus sujet à des (courtes) cutscenes, mais c'est tout aussi plat et en plus comme dans Peace Walker, il faut se retaper des missions déjà faites mais avec des contraintes supplémentaires pour faire avance le récit, ou comme se foutre de ma gueule tout en rallongeant artificiellement la durée de vie... Mais au final j'ai rapidement vu le pourquoi du comment de Quiet, l'identité d'Elie, j’espérais toujours ce retournement de situation.

Comme dans le précédent MGS, tout du moins depuis le 3ème opus, on peut avoir à sa disposition un arsenal divers et varié, je reste dubitatif quant aux nombreuses armes à feu disponibles, le but n’étant pas là vu le genre de jeu, elles serviront pour le mode online dirons-nous ou pour ceux voulant bourriner dans le tas. J’ai dû rester tout le jeu avec le fusil de base, car on ne peut se déséquiper de cette arme principale, il faut obligatoirement prendre un fusil pour commencer une mission , impossible de vouloir sortir avec uniquement son silencieux... va comprendre pour un jeu d’infiltration.

La Mother Base revient, plus forte que jamais après le coup du « on te la détruite après l’avoir upgradée dans Peace Walker, maintenant construis en une nouvelle… »
C’est bien donc on peut se balader dessus, et visiblement elle laisse la place à bons nombres d’easter eggs, je me donnerais le temps de les chercher mais elle alourdit encore plus le rythme du jeu à mon gout, devant faire de fréquents arrêts pour y développer des projet et dispatcher ses troupes.
Kojima m’a donc fait ce que j’appelle une Lucas, à savoir vouloir à tout prix se raccrocher aux branches de sa saga tentaculaire, voulant absolument tout expliquer tout en trahissant quelque peu les attentes de son public. Je ne lui en veux pas sur ce dernier point, il est le premier à dire qu’il faut agir ainsi, il suffit de voir le shitstorm provoqué par le personnage de Raiden dans Sons Liberty.
Le problème est qu’il délaisse complètement le coté histoire, offrant peu de moments de bravoure dans le jeu et qu’il à mon sens tué son jeu avec ce rythme haché peu propice aux consoles de salons… Qu’est-ce que je vais retenir de ce Metal Gear, je me le demande… surement le combat contre le Metal Gear, qui pour le coup est dantesque, très bonne mise en scène mais à aucun moment je n’ai ressenti la moindre émotion, pas de pincement au cœur au moment du générique, pourtant généralement présent (encore plus vu le nombre d’heures investies dans le jeu).

Le bilan technique est bon pour ma part, 60 fps quasi constant sur console, le jeu est fluide mais à un effet de flou assez dérangeant lorsque l'on tourne la caméra. Je pestais aussi des fois contre ce grand escogriffe de Big Boss incapable de monter sur un rocher de un mètre car pas d'action contextuelle pour le faire (par contre contrairement à Geralt De Rivia il encaisse plutôt bien les chutes). Un jeu propre donc, peu de bugs ressentis dans ma partie, on sent que le titre à été peaufiné, mais cela n'en fera pas pour autant le chef d’œuvre que j'attendais.

Un sentiment mitigé donc, je n’aime pas spécialement mettre de note mais j’hésiterais entre un cinq et un six, le jeu m’offrant un terrain de jeu relativement vaste (sans aller jusqu’à parler d’open world), pouvant tenter différentes approches d’infiltration avec une verticalité bien venue mais je reste sur ma faim, voulant ce petit plus que Kojima sait insuffler dans ses jeux.
Au vu des tests dithyrambiques que j’ai pu lire ici et là, je me dis que je n’ai pas du jouer au même jeu ou que j’ai du passé à coté de quelque chose…. Cela dit pour des raisons différentes Snake Eater , tout autant adulé me fait un peu le même effet, donc il y ‘a peut-être un lien de cause à effet.
Quid des futures aventures des héros ? La débâcle avec Konami doit l’avoir surement refroidi, je doute que Kojima reste au chômage longtemps, peut être un Zone of the Enders 3 ou encore mieux un nouveau projet, il semble en tout cas temps de laisser les aventures de Snake de côté. Mais comme la saga crée par tonton Lucas, on se rend bien compte qu’il est toujours possible de mettre en scènes de nouvelles histoires.

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