L'épisode "de plus". Avant l'épisode "de trop" ?

Avis sur Phoenix Wright : Ace Attorney - Dual Destinies sur Nintendo 3DS

Avatar Kalès
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Version Nintendo 3DS

Depuis ma découverte du premier épisode de la série, quelques bons mois après sa sortie sur DS, il y a peu de choses que j'attends plus qu'un nouvel opus d'Ace Attorney. Après un Apollo Justice couillu mais imparfait, après un Investigations qui tentait un peu autre chose sans trop démériter mais sans marquer les esprits, 2013 est donc l'année du nouvel épisode canonique et l'année du retour de l'avocat en costard bleu.

C'est dire si je l'attendais, c'est dire mon état quand j'ai enfin vu s'afficher les mots "Nouvelle Partie" sur mon écran de 3DS.

Une vingtaine d'heures plus tard, un constat s'impose durement : c'était bien, mais ce n'était pas tout à fait formidable. Capcom s'est fendu d'un produit honorable, artistiquement maîtrisé et réussi dans son exécution, sans atteindre les sommets précédents de la série. Les auteurs se sont clairement inspirés de Trials and Tribulations - le meilleur Ace Attorney à ce jour, invaincu depuis 2004 - dans la structure et les révélations du scénario de Dual Destinies (le procureur mystérieux, le fil rouge...), mais ils ne sont pas parvenus à réitérer l'exploit, essentiellement à cause de petits détails qui deviennent importants mis bout à bout.

Première critique : trois personnages principaux, c'est trop. Non seulement Phoenix Wright et Apollo Justice sont de retour, mais ils sont rejoints de surcroit par la jeune Athena Cykes, avocate âgée de 18 ans (!) et en fait, véritable héroïne du jeu. Le scénario passe malheureusement d'un personnage à l'autre sans trop prendre la peine d'étoffer réellement la psychologie de chacun, multiplie les cas de fan-service un peu gratuits (Klavier Gavin, Pearl Fey...), et ne sait plus quoi faire de certains faits révélés dans le précédent opus (notamment à propos d'Apollo Justice et de Trucy Wright). Le nom de Maya Fey est certes toujours étrangement tabou, Gumshoe et Skye sont certes remplacés par un détective nettement moins charismatique, mais globalement il y a trop de monde dans ce jeu, trop de nouvelles et d'anciennes têtes.

Deuxième critique : la structure narrative du jeu est un peu chaotique dans son rythme, un peu confuse dans ses ellipses et ses allers-retours temporels successifs - Trials and Tribulations, Apollo Justice et même Investigations faisaient ça un peu mieux. Les affaires 1, 2 et 3 pourraient presque être jouées dans un ordre différent (ce qui n'est pas tip top), la 4ème se termine très abruptement et ne marque pas une rupture assez nette avec la suivante, cette 5ème enquête bizarre, étalée sur une seule journée et qui alterne très bons moments et pannes spectaculaires. Le final reste chouette (avec un coupable final qui reste en mémoire par son ultime pétage de plombs) mais il laisse un léger arrière-goût amer dans la bouche, un goût d'inachevé. "Toutes les promesses ne sont pas tenues, vous ne pouvez pas arrêter le jeu ici".

Troisième critique : l'enrobage. Jamais un Ace Attorney n'a été aussi beau, les modélisations des personnages sont fantastiques, c'est fluide, coloré et ça vieillira bien. Capcom connait son sujet et le démontre magistralement en gavant le joueur d'effets 3D subtils, d'animations de qualité et d'un très bon character design global. L'interface a été grandement améliorée, les phases d'énigmes fluidifiées, le Mood Matrix d'Athena Cykes est très bien intégré au reste (et on retrouve quelques Psyche-Locks de bon aloi en plus, que demande le peuple). Mais je suis un peu plus sceptique vis à vis des cinématiques du titre, qui ne sont pas sous-titrées (pas très grave), sont mal converties en 3D (un peu plus grave, avec ces effets de profondeur mal gérés), et donnent aux personnages un look plus générique que celui qu'ils ont sur les artworks et dans le jeu. Et les musiques ! L'ambiance musicale est de bonne tenue, seulement je regrette quelques bruitages vraiment agaçants à la longue et surtout, surtout, l'absence d'un thème aussi magique que le "Cornered" original lorsque le joueur présente les pièces à conviction les plus décisives. Tout est bon, mais tout est un peu trop plat.

C'est un peu le souci général du jeu.

Ajout du 22/11/2013 : si elle est totalement séparée de la trame principale et ne paie pas trop de mine au premier abord, la sixième affaire en DLC du jeu (disponible depuis le 21 novembre pour 5 euros) vaut vraiment le coup. Moins débile qu'elle n'y paraît, elle est plutôt bien écrite, contient son lot de personnages intéressants, quelques blagues amusantes, des cinématiques sympathiques et des retournements de situation bien amenés. Ce n'est le DLC de la honte, ce sont trois-quatre heures bien agréables en compagnie du bon Phoenix.

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