DEVELOPPEUR : UBISOFT
PLATEFORME : PC
Après avoir brillamment orchestré le retour de la licence Prince of Persia avec l’excellent Prince of Persia - Les Sables du Temps (voir ma critique précédente), Ubisoft a fort logiquement tenu à poursuivre dans cette voie là et, pour se faire, délivre un second épisode : Prince of Persia - L’Ame du Guerrier.
Suite directe, nous suivons cette fois-ci le prince faisant littéralement face à son propre destin puisque, en ayant inversé le cours du temps dans l’opus précédent, il se retrouve traqué par une entité démoniaque, le Dahaka. Celui-ci à la ferme intention d’éradiquer ce mortel qui a osé avoir la prétention d’impacter la ligne du temps. Une seule solution alors pour notre héros : se rendre sur l’Ile du Temps et empêcher la création des Sables.
On ne peut parler de ce deuxième épisode sans forcément s’attarder sur la plus grosse des surprises: le changement d’ambiance. Aussi brutal que ne se veulent les combats (nous y reviendrons), le joueur est cette fois-ci plongé dans un univers bien plus sombre qu’auparavant. Cela passe ainsi par un univers néo gothique rompant totalement avec l’ambiance Mille et Une Nuits que l’on avait pu connaitre. Adieu donc le prince naïf du précédent jeu, dont la voix off nous contait les péripéties. Cette fois-ci, le prince est visiblement plus âgé, rompu aux arts de la guerre et véritable guerrier. Muscles saillants, regards froids, adoptant une voix grave que ne renierait pas un certain Batman, la métamorphose est saisissante !
Si ce penchant vers une ambiance plus mature n’est pas foncièrement mauvais, on regrettera toutefois une certaine perte d’identité mais aussi d’originalité dans l’univers du titre. L’ambiance de l’opus précédant apportant une réelle fraicheur dans le paysage vidéoludique, L’Ame du Guerrier paraissant ainsi de fait bien plus générique.
Graphiquement parlant, Ubisoft reprend le même moteur qu’utilisé précédemment et qui avait fort logiquement participé à la réactualisation graphique de la série. Pourtant, d’un point de vue personnel, j’ai une impression de baisse graphique sur cet épisode. La faute peut-être à un jeu de couleur très terne, majoritairement grisâtre pour les phases de jeu au présent et teinté d’un jaune sépia lors des retours dans le passé. Car oui, tout au long de la progression, le joueur alternera des téléportations entre présent et passé afin de poursuivre son avancé. Un élément majoritairement scénaristique donc, qui n’est pas usité en tant que tel comme mécanique de gameplay mais qui permettra une progression dans certains lieux (mécanisme ne fonctionnant plus dans le présent mais activé dans le passé permettant l’accès à un étage par exemple). Cela donne hélas lieu à de nombreux allers retours forcément pour retraverser les mêmes lieux, et on a parfois tendance à s’y perdre un peu dans le continuum espace-temps à force de changer d’époque toutes les heures. Toutefois, la palette de mouvement de notre héros jouit toujours de la même qualité, et c’est un véritable plaisir d’évoluer ainsi de murs en murs et d’échelles en poutres. Le prince peut également à présent se suspendre à des cordes afin de prolonger le wall run ou encore déchirer un rideau à l’aide de son arme pour une descente tout en style. Les phases de course poursuite avec le Dahaka permettront également quelques passages ou la moindre erreur se paye par un game over certain, empêchant le joueur de prendre son temps et l’incitant à bien calculer son parcours pour anticiper le mouvement suivant. Une petite dose de stress bienvenue pour varier la progression. Le jeu insiste également d’avantage sur la verticalité du décor en proposant régulièrement des pièces à plusieurs niveaux, invitant à l’escalade et permettant des angles de caméra magnifiant l’aspect vertigineux de certains précipices. De ce côté-là, les qualités vantées des Sables du Temps sont toujours d’actualité. Seul léger regret : certains éléments du décor (poutres, barres, etc...) placés pour favoriser le cheminement du prince de façon pas toujours très logique. Plus concrètement, on a parfois un peu l’impression de s’accrocher à une branche qui est là...parce qu’elle devait être là... Et qui a cette forme menant à notre objectif...parce qu’elle devait avoir cette forme menant à notre objectif.
Mais la grosse nouveauté du gameplay réside dans l’approfondissement des combats. Le changement d’ambiance a tout naturellement mené à un durcissement des affrontements et une violence accrue. Oui, cela peut surprendre pour ceux encore dans l’émerveillement du titre sorti l’année précédente, mais dans cet épisode vous verrez des gerbes de sang, des têtes coupées et des corps scindés en deux à coups d’épées. Et des épées, le prince en a à revendre, car à présent il peut se défendre en tenant une arme dans chaque mains et profiter de nouveaux combos. Pouvant être ramassées sur les corps des ennemis, elles deviendront inefficaces au fil de leur utilisation et devront être changées après quelques coups. Le joueur attentif pourra également découvrir quelques armes spéciales bien cachées afin de récompenser sa curiosité. Le tout confère de fait un dynamisme aux affrontements fortement accru, plus rapides et plus efficaces, bien que certains coups manquent encore d’impact. Là ou on relevait une certaine redondance et un manque d’ambition dans Les Sables du Temps concernant le système de combat, cette fois-ci le tout est agréablement rehaussé. Le système de combo est bienvenu et permet de diversifier les mouvements, notre héros s’avérant toujours aussi souple et bondissant, agrémentant tout cela de quelques figures de capoeira bien classes. Couplés à certains ralentissements lors de la mise à mort des ennemis, on assiste à un véritable ballet, plaisant pour les yeux. Les pouvoirs des sables sont bien sûr toujours présents, en l’absence de la dague c’est par un médaillon que le prince pourra les puiser. Les ennemis n’ayant plus le besoin d’être achevés une fois mis à terre, c’est en détruisant quelques objets de l’environnement que le joueur pourra recharger ses réserves. SI le fameux retour en arrière est toujours très utile pour éviter une mauvaise chute ou un mauvais coup, le ralentissement se révèle en revanche bien trop cheaté lorsqu’il est utilisé en plein combat. La suprématie du prince est alors bien trop évidente, les ennemis étant particulièrement facile à appréhender dans ces cas-là. Aussi, il est plus judicieux de ne pas avoir recours à cette faculté lors des affrontements contre les boss si l’on souhaite jouir de combats plus palpitants.
Ce Prince of Persia : L’Ame du Guerrier met donc en exergue de bien bonnes qualités dans son gameplay, se permettant même une difficulté plus ardue. Rien d’insurmontable tout de même mais dès le mode normal les ennemis font bien mal en quelques coups seulement, et les pièges, plus nombreux dans les couloirs, appellent à une véritable dextérité de la palette des mouvements. Le joueur se verra cependant récompensé de sa prise de risque par une amélioration de sa jauge de santé via quelques points précis pas toujours facile à découvrir, surtout comparativement à l’opus précédent. Laissant d’avantage part à l’exploration avec des possibilités de retour dans des lieux déjà visités comme dit précédemment, ses bonus de santé (au nombre de 9) permettent à terme de débloquer l’Epée d’Eau...mais également la véritable fin ! Car oui, Prince of Persia : L’Ame du Guerrier propose deux fins à son scénario, modifiant ainsi l’affrontement final. S’il est toujours sympathique que les développeurs songent à une telle ambition scénaristique, on regrettera cependant que la fin la plus simple à avoir soit la « mauvaise » fin, faussant ainsi la véritable débouchée du scénario qui sera reprise pour le dernier titre de la trilogie. On regrettera également des dialogues assez simplistes et surtout un doublage français aux intonations ratées (particulièrement pour Kaleena dont le doublage oscille entre l’horreur et la catastrophe).
En définitive Prince of Persia : L’Ame du Guerrier opère un brutal revirement en ce qui concerne sa réalisation, ce qui perturbera assurément de nombreux joueurs. Adieu les musiques d’ambiance et bonjour aux gros riffs de guitares électriques et batteries de metal. Toutefois, le titre assure toujours une réelle qualité dans ses phases de plateforme qui font tout le sel de son gameplay. Conservant un très bon équilibre dans ses mécaniques, le jeu évite de basculer dans une surdose d’action en ne multipliant jamais ses combats. Quelques énigmes jamais insurmontables viennent également apporter des moments un peu plus calme pour le joueur. Reste quelques allers retours parfois redondants et de fait un manque de diversité dans les environnements. Le Prince de Perse assure toutefois une bonne continuité avec un titre de qualité conservant les qualités ayant fait son renom.
LES PLUS :
- Des phases de plateforme toujours aussi plaisantes
- Un système de combat revu et approfondi
- Meilleure durée de vie que l’opus précédent
LES MOINS :
- Une ambiance différant bien trop de la série
- Graphiquement terne
- La variété des niveaux pèche par de trop nombreux allers retours