Le meilleur jeu multijoueur

Avis sur Rocket League sur PC

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En 2008, le studio indépendant Psyonix se positionne sur le créneau hyper spécifique du jeu de football avec voitures, avec leur sobrement intitulé Supersonic Acrobatic Rocket-Powered Battle-Cars, disponible uniquement en digital sur PS3. Malgré un accueil critique et commercial mitigé, les développeurs se sont probablement dit qu’avec un nom un peu moins dégueulasse et un petit coup de polish, il y avait sans doute moyen de trouver son public parmi les nombreux amateurs de multijoueur compétitif. Une douce désillusion que de penser qu’un studio indépendant proposant une expérience de niche totalement inédite serait capable de pénétrer le marché ultra-compétitif du jeu vidéo multijoueur.

Et pourtant, ainsi naquit Rocket League, l’un des meilleurs jeux vidéo de tous les temps, joué au total par plus de 60 millions de personnes, et qui parvient encore, quatre ans après sa sortie, à rassembler plusieurs centaines de milliers de joueurs simultanés à tout moment de la journée.

Jouer plus pour progresser plus

J’ai commencé à jouer à Rocket League à peu près deux mois après sa sortie initiale sur PS4 et PC. Je me rappelle très bien mes premières parties : six voitures sur le terrain qui chasse la balle en essayant péniblement de la pousser dans le but adverse. On traverse le terrain à toute vitesse en essayant tant bien que mal de toucher la balle, qu’importent notre position et notre trajectoire. À ce stade, chaque match est un foutoir vidéoludique, un désordre exhilarant où la confusion est la source primaire d’amusement.

C’est là une des grandes forces de Rocket League : être accessible à tout niveau. Dès les premières heures, chaque match apporte une nouvelle vague d’adrénaline et de plaisir de jeu immédiat. Alors on y retourne, les matches de 5 minutes s’enchaînent plus que de raison, et après quelques heures, on s’aperçoit que nos frappes sont plus précises, que l’on commence à maîtriser le front flip pour prendre de la vitesse sans gaspiller du précieux boost, et que l’on arrive même à se réorienter rapidement à l’aide du frein à main. Après quelques jours, on réalise aussi que l’on va naturellement se positionner du bon côté du terrain avant de chercher la balle, et l’on parvient même à effectuer quelques arrêts de grande classe.

Cette sensation de progression naturelle, je l’ai ressentie pendant mes 200 premières heures de jeu. 200 heures de jeu où l’on apprend uniquement en jouant, avec un matchmaking parfaitement pertinent, effaçant toute frustration de se sentir inférieur aux autres. Aujourd’hui, après plus de 600 heures de jeu, soit 3225 matches, je maintiens un ratio de victoire à 62% et mon rang varie de Or à Diamant selon les modes de jeu. Mon niveau stagne clairement, mais chaque match est encore un tel plaisir de sensation de jeu que je ne recherche pas vraiment à m’améliorer davantage coûte que coûte.

Pour les joueurs en quête de progression perpétuelle, il arrivera inexorablement un stade où ils seront forcés d’aller visionner du tutoriel Youtube et d’enchaîner les entraînements solos pour parvenir à maîtriser des actions un peu plus complexes. Plus je me plonge dans le monde des vidéastes spécialisés dans Rocket League, plus je réalise l’infinité de la courbe de progression du jeu. C’en est vertigineux.

FIFA Motorsport

Pour que chaque match déclenche des petits shots de dopamine chez le joueur, il faut du plaisir immédiat. C’est bien là-dessus que Psyonix a effectué un travail remarquable, avec un degré de maîtrise impressionnant pour un si petit studio.

Déjà, les sensations de conduite sont parfaites. L’impression de vitesse est immédiate, la voiture, légère, répond au doigt et à l’oeil, que ce soit au sol, dans les airs ou sur les murs.
Ensuite, un soin très particulier a été apporté au feedback visuel et sonore. L'effet sonore lorsque l’on amasse du boost, le bruissement puissant du boost que l’on active, les lignes de vitesses sous les roues lors des flips, le flou cinétique s’accentuant avec la vitesse, ou l’effet d’explosion qui suit un but procurent tous un plaisir sensitif immédiat sans jamais entraver la lisibilité du jeu (sauf pour le screen shake, que l’on prendra soin de désactiver dans les options du jeu).

Le plaisir est également lié à la durée de chaque match. Cinq minutes, c’est suffisamment court pour proposer une expérience sans temps mort. Car contrairement à la majorité des jeux multijoueurs compétitifs, Rocket League propose des parties dont l’intensité ne ne redescend jamais. Pas de retour au spawn, pas de regroupement d’équipe, pas de préparation pour le prochain teamfight. Les seuls moments de répit sont les dix secondes qui suivent un but, et les 3 secondes de réapparition suite à une démolition.

Avec un gameplay aussi perfectionné, Psyonix s’est amusé à varier le contexte des parties.
En premier lieu, il est possible de jouer à Rocket League en 1v1, 2v2, 3v3 et 4v4. Chacune de ces variations d’effectifs change complètement le gameplay. Le 1v1 fait la belle part aux dribbles et aux mindgames. Le 2v2 est une expérience coopérative intimiste où la rotation est primordiale et la couverture de terrain beaucoup plus intéressante. Le 3v3 est le mode jeu classique, qui force un positionnement tactique vis-à-vis de ses adversaires mais surtout de ses coéquipiers. Et enfin le 4v4 est un joyeux bordel qui permet de décompresser sans se soucier d’une quelconque performance de jeu.

Rocket League fait également varier les parties en proposant de nouvelles cartes expérimentales (terrain en forme de donut, deux cages pour chaque équipe, etc.), mais aussi de nouveaux modes de jeux. Sans surprise, chaque mode de jeu a son propre intérêt et fonctionne parfaitement aussi bien en match amical qu’en compétitif. Le mode Paniers troque les cages de football pour des paniers de basket, accordant donc une grande importance aux angles de tirs et à la gestion de la puissance de frappe. Le mode Hockey, transforme la balle en palet, qui adhère beaucoup plus facilement au sol et au mur, et dont la trajectoire est bien moins prévisible. Le mode Rumble ajoute un effet Mario Kart, en distribuant aléatoirement des power-ups déjantés aux voitures. Et enfin, le mode Dropshot transforme le terrain lui-même en zone de but, et fait la belle part aux duels aériens, rotations tactiques et sauvetages de dernière minute.
Ces différents modes de jeu ont tous bénéficié d’un travail de design remarquable et transforment efficacement le coeur de jeu de Rocket League.

L'enfer c'est les autres (mais le paradis aussi)

Rocket League est donc un jeu purement multijoueur, et comme tout jeu appartenant à cette catégorie, l’aspect humain est sa plus grande force mais aussi sa plus grande faiblesse.
La plupart des matchs sont agréables et se déroulent sans encombre. Jusqu’à ce qu’on se fasse insulter pour avoir raté un arrêt ou un tir. Ces débordements n’arrivent qu’occasionnellement, mais ils peuvent suffire à ruiner l'expérience de jeu pour ceux qui souhaitent passer un moment de détente. Il est heureusement possible de couper le chat entièrement (devenu tristement un réflexe pour moi après une action ratée).

Cependant, il faut reconnaître que la communauté Rocket League, certes un modèle de toxicité comme seule la culture gamer est capable d'en produire, offre également de grands moments d’interactions sociales virtuelles. Du fait de l’effectif réduit des équipes et de la facilité de communiquer sur le jeu via des raccourcis de chat rapide (“Joli tir”, “Quel arrêt !”, etc.), une intimité bon-enfant peut rapidement se créer entre coéquipiers et même avec les adversaires. À la fin de chaque match, il est possible de continuer de jouer avec les mêmes personnes, et il arrive fréquemment que l’on enchaîne les matchs durant toute une soirée avec la même bande de joueurs, échappant ainsi momentanément à la toxicité des autres. Certes, la communauté de Rocket League est loin d’être la plus accueillante, mais le système de jeu facilite la découverte d’amitié virtuelle éphémère, quelque chose que beaucoup de jeux en ligne arrivent rarement à atteindre.

Pourquoi est-ce que je considère que Rocket League est le meilleur jeu de tous les temps ? Parce-que Psyonix a inventé un concept et l’a tellement perfectionné qu’aucun autre studio n’a réussi à l’émuler. Parce-qu’il propose une progression par le gameplay naturelle et gratifiante. Parce-qu’en un match de 5 minutes, il arrive à faire ressentir au joueur plus de plaisir, de tension, d’enjeux et de frustration passagère qu’en 40 minutes dans n’importe quel autre jeu en ligne. Parce que les effectifs réduits des équipes favorisent la coopération et le rapprochement entre coéquipiers. Parce qu’il est aussi efficace en tant que party game, qu’en tant qu’expérience purement compétitive.
Finalement, parce-que c’est un jeu novateur, qui ne m’a jamais fait ressentir une impression de déjà-joué, et ça, c’est déjà un exploit.

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