Quand un dinosaure vidéoludique surfe sur la nostalgie complaisante !

Avis sur Shenmue III sur PC

Avatar Jean Sairien
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Version PC

« Shenmue 3 », c’est l’histoire d’une attente très longue, c’est l’histoire, parfois un peu pathétique, d’un jeu qui fait couler beaucoup d’encre depuis sa sortie, la faute à une hystérie délirante qui a condamné bien des fans à une partialité non-assumée.

« Shenmue 3 », c’est pourtant et surtout un jeu résolument figé dans le passé, aux mécaniques archaïques, qui ne plaira qu’à une poignée d’admirateurs déjà acquis de longue date à la saga, tantôt nostalgiques, tantôt aveugles, mais toujours trop conciliants sur les tares objectives du jeu. C’est aussi et surtout un jeu qui ne doit son salut qu’à son nom, demeuré prestigieux dans l’histoire vidéoludique, alors même qu’il était loin d’être la révolution prétendue à son époque.

Je dois bien avouer que si j’ai adoré les deux premiers opus (et plus particulièrement « Shenmue 2 »), j’ai franchement peu apprécié leur compilation sur PS4, malgré une traduction française (enfin !) appréciable. La série, comme beaucoup d’autres, a mal vieilli. C’est un fait !

Ce troisième épisode ne pouvait donc trouver son salut qu’en acceptant de s’inscrire dans la modernité sans perdre son essence. L’essence n’est pas perdue, c’est certain : on retrouve l’ambiance singulière de la saga, atypique et terriblement envoûtante, portée par des graphismes charmants ; tout comme on retrouve ce rythme particulier, qui a fait l’une des quelques spécificités de la série à l’époque de la Dreamcast. Pour la modernité, par contre, on repassera. Le déplacement rigide du personnage, les animations faciales robotiques, la répétitivité des quêtes, les murs invisibles à foison, les PNJ qui radotent les trois mêmes lignes de dialogue, les transitions brutales entre les musiques dès qu’on franchit une limite invisible entre deux zones, les combats raides et brouillons, l’interface austère, la mise en scène minimaliste : « Shenmue 3 » nous donne littéralement le sentiment de revenir au début des années 2000. Pire : ce troisième épisode ajoute de nouvelles imperfections, comme une IA douteuse lors des combats (avec des adversaires qui tapent dans le vide à dix mètres du héros), une jauge d’endurance frustrante qui condamne le joueur à s’entraîner pour gonfler artificiellement la durée de vie, et l’obligation de consacrer une partie du temps de jeu à récolter de l'argent en répétant sans cesse les mêmes actions pour progresser, toujours dans l’optique d’amplifier la durée de vie, même s’il est en partie possible de la contourner. Citons également les mini-jeux indigents, dont le gameplay se base souvent sur un seul bouton, et qui ne proposent aucune marge de progression. Ils sont hélas mis davantage en exergue dans ce troisième opus. De même, les QTE sont plus punitifs que jamais. Quand on pense que certains disent que le jeu vidéo, c’était mieux avant…

Au chapitre des griefs, évoquons les carences techniques du jeu. « Shenmue 3 » se targue d’afficher 60 IPS, ce qui devient rarissime sur les consoles. Hélas, tant sur PS4 que sur PC, son framerate est surtout terriblement inconstant, ce qui provoque régulièrement un inconfort visuel, et parasite parfois davantage encore certaines mécaniques de gameplay, comme les QTE. Toutefois, en la matière, les grosses productions actuelles ne sont pas mieux loties, à la différence qu’elles sont techniquement et graphiquement bien plus ambitieuses. Cela étant dit, le framerate souffreteux, on s’y habitue (et on y était déjà habitué à l’époque dans « Shenmue 2 », sur la place principale près de la fontaine notamment). Le plus problématique, à mon sens, ce sont les PNJ qui apparaissent et disparaissent sans raison, parfois à quelques mètres seulement du héros. Voilà bien un souci technique qu’on ne pensait plus voir dans le jeu vidéo moderne. Et pourtant, « Shenmue 3 » nous fait mentir… Le budget serré n’a certainement pas aidé les développeurs mais il n’explique pas tout : sans doute que leur manque de compétence est également à pointer du doigt. Il est en tout cas clair que le jeu est techniquement daté. Ajoutons à cela une intrigue mollassonne. Autant le rythme lancinant de la série fait partie de sa marque de fabrique, autant cela ne justifie nullement le fait que l’histoire n’avance pas, que le rythme soit si décousu et qu’au terme de ce troisième opus, seuls 40% de la narration soient couverts. On était en droit d’attendre mieux, comme sur bien d’autres points !

En définitive, « Shenmue 3 » est donc un jeu très moyen, un dinosaure vidéoludique, dont la singularité de son ambiance, qui constitue désormais sa seule véritable force, pourra plaire mais dont les qualités peinent objectivement à triompher des défauts qui, pour certains, sont des tares rédhibitoires. Ce n’est pas une catastrophe, il réserve même son lot de bons moments, notamment dans sa première partie, dont la ruralité apporte de la fraîcheur, mais c’est loin d’être le bon jeu attendu : il se destine avant tout aux amoureux indulgents de la saga, pour qui la seule nostalgie excuse tout.

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