Minijeuxmue III

Avis sur Shenmue III sur PlayStation 4

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Version PlayStation 4

Shenmue III était un jeu d’une importance capitale pour ma vie de joueur. Véritable miracle qui te tient qui ne tient pas à grand-chose, que ce soit sur son financement rocambolesque ou même sur l’histoire si particulière de la saga. Car quand même bien ma volonté de connaître la suite de l’épopée de Ryo, s’arrêtant brutalement en 2001, était importante à mes yeux. Shenmue III était avant tout un symbole, un jeu qui portait sur ses épaules, tout comme ses prédécesseurs, plus de 30 ans de philosophie de jeu d’une boîte au combien légendaire, mais aussi d’un homme, Yu Suzuki, qui a insufflé chaque parcelle de son travail passé dans cette saga qui est et restera sûrement l’apotéose de sa carrière de génie.
Car Shenmue III est bien évidemment la suite de Shenmue II, qui représente à mon sens la perfection du jeu d’aventure, mais qui a évidemment reçu des soins et un financement exceptionnels face auxquels Shenmue III ne pouvait rivaliser. Et l’on pouvait déjà entendre quelques mauvaises langues et leurs boules de cristal annoncer la déception voire même la daube. Et les tests apparus (qui se plantent complètement) sur les différents sites leur ont donné raison. Mais connaissant le contexte des deux premiers jeux et celui de ce Shenmue III, je ne m’attendais pas au chef d’œuvre et cela ne m’intéressait même guère initialement. Je voulais retrouver cette philosophie de jeu, si chère à ses développeurs et à ce constructeur, qui avait disparue avec eux.
Et c’est peut être là ou Suzuki et Ys Net m’ont fait le plus souffrir, c’est qu’ils ont donné à moitié raison à ces demi cerveaux de testeurs qui ne voient que dans le jeu vidéo le remplissement d’un cahier de charge, ce qui s’illustre sur leurs tests basés uniquement sur « les graphismes, le gameplay, l’ost, le scénario et cie » et autres cases qui limitent complètement une quelconque reflexion sur ce à quoi ils jouent. Mais pour qualifier les tests de Shenmue III, une connaissance à moi a établi cette analogie : « C’est comme si tu disais que ce café est imbuvable parce qu’il est trop chaud alors qu’il est trop froid » et c’est très juste. Shenmue III n’est pas un jeu moyen parce qu’il appartient aux débuts des années 2000 graphiquement, que le clipping fait peur à voir ou bien même parce que son gameplay est rigide. Ce ne sont que des poncifs qui peuvent parfaitement s’expliquer et qui ne sont point intéressants. Shenmue III est une déception, et un jeu médiocre, pour des raisons bien plus profondes et que j’aimerais essayer de vous faire part…
Shenmue III s’ouvre donc là ou Shenmue II s’arrêtait et nous laisse en premier lieu découvrir le village de Bailu, village natal de Shenhua. Et la première chose qui frappe est la tristesse du décor. La ou Shenmue II offrait d’innombrables promesses avec le mysticisme et l’aura de Guilin. Shenmue III vient détruire cela en offrant une map sans aucune personnalité véritable ou on s’est contenté de placer des activités un peu au hasard pour occuper le joueur.
Après le passage à Bailu, des raisons scénaristiques (je veux éviter de spoil pour certains) poussera Ryo et Shenhua à se rendre à Niaowu, village fortement inspiré de Kowloon dans Shenmue II, et si le level design est globalement bon, il illustre à lui seul l’un des plus gros problèmes de Shenmue III : son manque d’immersion.
Ce qui tâche dés le début, c’est l’impossiblité, contrairement aux 2 autres jeux précédents, de pouvoir s’adresser à toute la population, et quand bien même, dans la 2 par exemple, ils n’étaient pas tous des personnages centraux, tous les PNJ offraient une réaction qui leur étaient propres et proposaient parfois gentillement à Ryo de l’emmener sur le lieu ou l’aventure devait se pousuivre. Dans Shenmue III, vous aurez juste le droit d’observer une population modélisée, certes, mais avec laquelle il est impossible d’intéragir véritablement. La vie de Niaowu semble terriblement fausse.
Un autre point qui fâche : les QTE. Vous vous souvenez de ses QTE qui qui poncutaient l’aventure et dont l’echec ou la réussite influençait sur certains élements de l’aventure ? Ils sont toujours présents dans Shenmue III, mais cette fois-ci, vous pouvez les recommencer autant de fois que vous le voulez.
J’ai un exemple concret : Au début de votre passage à Niaowu, vous croisez à la Promenade un bandit agressant quelqu’un, s’en suit un QTE ou vous corrigez le bandit et ou la personne aidée se révèle être en vérité un voyeur qui vous offrira ses dons pour votre aide. Dans les 2 premiers épisodes, cela aurait été un élément poncutant votre quotidien et qui aurait confirmé le caractère organique du monde, en plus de recompenser les reflexes du joueur. Dans Shenmue III, ces phases ne sont plus que des vulgaires die and retry ou il vous suffira juste d’apprendre les successions de touches, navrant.
Outre l’immersion, là ou Shenmue III se révèle être décevant, c’est sur sa structure, quelle soit ludique ou narrative . Si Shenmue II possédait une variété exceptionnelle à ce niveau là en offrant, et ou il donnait l’impression dans les 3 lieux visités, de jouer à un jeu différent (la gigantesque et enivrante ville de Hong Kong, la ville de Kowloon beaucoup plus restreinte et interconnectée en adéquation avec l’accélération du rythme dans cette partie du jeu pour enfin se transformer en un jeu linéaire et beaucoup plus intimiste et ou l’on voit la naissance de Shenhua et Ryo naître)
Et cette capacité à toujours se réinventer selon le ton de l’aventure, Shenmue III en est incapable, mais c’est bien aussi parce que la trame scénaristique est la même entre Bailu et Niawou, vous devez sauver le père de Shenhua enlevé par des bandits, vous tombez sur les chefs des bandits qui vous donne une raclée, vous demandez à un maître random de vous aider (on est loin de Lishao Tao…) ils vous donnent une technique pour dégommer le type après des heures de farm et vous pouvez niquer le chef, j’ai juste halluciné quand j’ai compris que Niaowu ne me proposerait pas une intringue qui lui est propre et que j’aurais juste le droit à un bis repetita de l’intrigue de Bailu. Je crois que c’est à ce moment là que j’ai commencé à détester le jeu.
« un maître random » je crois qu’on ne peut pas mieux décrire la nouvelle galerie de personnages offerte par le jeu : totalement insignifiante. Le jeu ne prend pas la peine de développer qui que ce soit, que ce soit vos alliés ou vos ennemis, ils ont une allure stéréotypée, aucun personnalité et surtout aucune histoire. Vous vous souvenez dans Shenmue II de la relation entre Lishao Tao et son frère qui se révélait au joueur ? Et bien ici, aucun de vos maîtres ici n’aura chose semblable (le jeu tente bien des choses avec cette histoire de pont mais que c’est bas de plafond…)
Mais Shenmue III est tout de même la suite du II, et le jeu vous permet de faire vos retrouvailles avec certains personnages…Non, seulement Ren en fait, le chef des Heavens dans le 2 et votre allié temporaire. L’aspect rebel du personnage et ses dialogues cassants, toujours capable d’ajouter une touche d’humour aurait été la bienvenue si sa présence avait eu un quelconque sens et n’était pas juste un fan service pour mieux faire passer la pillule. Vous allez le rencontrer sur un stand de bouffe à Niaowu, et il vous aidera bêtement à vous battre avec les bandits. Et si ses dialogues sont toujours efficaces, force est de constater que lui aussi a un développement proche du néant, sa présence à Niawou n’étant jamais expliqué, il vous aidera juste à accomplir votre quête comme un bon samaritain. Assez étrange quand l’épisode précedent nous le présente avant tout comme un personnage opportuniste et calculateur…
Quid de la relation Ryo-Shenhua ? Complètement mécanique, elle n’existe qu’à travers des dialogues creux qui se répètent inlassablement chaque matin…
Dans son système de jeu, Shenmue III reprend les codes des anciens épisodes, le jeu proposera donc des phases d’enquêtes, des combats, des mini jeux, des interactions…
Le jeu propose tout de même de nouvelles mécaniques, comme un système de stamina, qui verra votre vie diminiuer au fil du temps. Mécanique bien évidemment lourdingue, qui limite constamment le joueur dans ses déplacements et dans sa volonté de faire une activité quelconque. Cela rend très sincèrement les phases d’exploration à la limite du supportable.
Shenmue III propose aussi un nouveau système de combat. Bien que déroutant au premier abord, très illisible et mal expliqué par le jeu, il révèle, avec un peu de persistance, toute sa profondeur. Le joueur doit savoir gérer sa garde qui diminue avec les attaques spéciales et les coups ennemis, gérer la distance, maîtriser le timing et les input des coups. Si on peut se lamenter sur la disparition des projections et des références à Virtua Fighter qui rendait hommage à la carrière de Suzuki, force est de constater qu’avec une volonté de progresser, ce nouveau système de combat offre une vraie marge de progression pour celui qui voudra s’y investir. On regrettera juste quelques problèmes de hit-box.
Les jeux d’argents et autres boulots sont toujours de la partie mais vient un point qui me chagrine un peu, ce sont leur superficialité. Et même si je me suis amusé à couper du bois ou à ramasser des canards et que cela témoigne de la capacité de Suzuki à toujours faire des bons jeux d’arcade. Elles n’ont guère de lien avec l’évolution de Ryo. Dans Shenmue, les activités qui ont toujours été raillé comme le transpalette était pour moi le cœur du jeu, elle s’accompagnait de l’évolution de Ryo, plus qu’un simple simulateur de vie, elle apprenait à ce dernier ainsi qu’au joueur les valeurs du travail, de la patience. C’était une morale portée par l’entraînement intensif de Ryo à Hong Kong, par ses souvenirs qui relatent son père (le flash back ou Iwao oblige Ryo à manger ses légumes en lui rappelant qu’un homme a du les cultiver et travailler d’arrache pied pour qu’il puisse se nourrir…).
Dans Shenmue III, elles sont juste reléguées au rang d’activité plus ou moins amusantes mais qui ne participent en rien au sentiment de vie. Ce sont plus que de simples mini jeux, et c’est peut être ça le plus gros problème du jeu finalement : Yu Suzuki a voulu reprendre tous les codes de ses anciens jeux (l’arcade, le lucky hit, les boulots ect) mais sans en comprendre l’essence véritable, et même pire, en oubliant complètement l’essentiel, ce qui faisait la force de ses jeux : l’immersion, le sentiment de vie, les leçons apprises au fil du jeu, l’aventure...

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