Ni sexy, ni brutal, mais terriblement malin.

Avis sur The Sexy Brutale sur PC

Avatar Kaiser-Panda
Test publié par le
Version PC

Quel insigne honneur !

Le bien-aimé Marquis vous invite au Sexy Brutale, le casino le plus prisé de toute la contrée environnante ! Accolé à son magnifique manoir rempli de serviteurs dévoués et de salles envoutantes, vous participerez une fois de plus à son annuelle fête masquée très privée. Une dizaine d'invités triés sur le volet. Le cercle le plus proche du Marquis. La crème du raffinement et de l'excellence de ce pays.

Le réveil est difficile. Vous ouvrez les yeux, seul au milieu du boudoir. Il n'est pourtant pas dans vos habitudes de vous laisser aller à l'excès de beuverie, alors quoi ? Qui est cette femme qui vous donne cette montre cassée ? Comment ça, vous êtes passé à un cheveu de périr de la main d'un assassin ? Mais comment est-ce... quoi ? Vous devez également sauver les autres invités ? Avec le pouvoir de remonter le temps renfermé dans la montre ? Hein ? Mais qui diable est cette femme ? Sapristi, où est-elle à présent ? Calmez-vous donc. Vous avez du rêver, tout ceci est bien trop absur-PAN ! Quoi ? Est-ce bien un coup de feu que je viens d'entendre dans la pièce mitoyenne ? Un trou de serrure, tentons d'en savoir plus à travers celui-ci...

[Fondu au noir]

Mesdames et messieurs : Sexy Brutale ! Derrière ce nom aguicheur au possible (mais néanmoins expliqué) se trouve être le jeu d'enquête le mieux fichu de ces dernières années. La preuve : je cours rarement après ce genre (tout comme je fuis en général les jeux en 3D isométrique), et j'ai pourtant bu celui-ci comme du petit lait.

Je suis conscient de ne pas être original du tout au vu de toutes les critiques dithyrambiques que le jeu s'est déjà récoltées (avec mérite), mais je me vois obligé de mettre moi aussi ma petite pierre à l'autel de sa grandeur.

Pour entrer dans le concret, nous avons là affaire à un jeu d'enquête mâtiné de voyage temporel, le tout dans un écrin des plus raffinés, à la croisée du cartoon feutré et du jazzy stimulant.
Doté d'un game design très malin, le jeu vous largue au milieu d'un manoir habité par les invités, ainsi que par le dévoué personnel du marquis, le tout dans les limites d'une plage horaire de 12 heures, durant laquelle ce même personnel s'est mis en tête d'assassiner lesdits invités. Attention donc, dans ces conditions, à bien rester discret et surtout, de ne jamais vous faire voir...

Ainsi donc c'est tout un petit univers qui se déroule sous vos yeux sans même se soucier de vous, et qu'il conviendra de découvrir, d'appréhender et surtout de maitriser pour tenter de sauver l'un ou l'autre des invités.

Pour cela, quelques outils pratiques : tout d'abord votre montre magique, vous permettant de remonter le temps à l'envi entre midi et minuit. Ensuite, chaque invité sauvé vous procurera un masque, qui lui-même vous octroiera un pouvoir : meilleure ouïe, crochetage de serrures, interaction avec les fantômes du coin...

En plus de la plage temporelle limitée, la seconde contrainte sera la discrétion : se faire repérer est synonyme de blocage des évènements, et course poursuite qui commence (annulée si vous quittez la pièce). Aucune interaction directe avec les invités, donc : à vous de vous montrer plus malin que ça !

Patience et sens de l'observation sont donc de mise et ça tombe bien, tellement le creuset du jeu est façonné en ce sens : regarder à travers les trous de serrures, se cacher dans les meubles, repérer les positionnements sonores dans les pièces environnantes... tout plein d'astuces pour jouer les parfaits petits espions sont à votre disposition.
Puisqu'on parle du son, un gros travail est apporté à celui-ci puisqu'il sert également de repère temporel, au même titre que les actions des personnages. Plusieurs sons uniques, liés à certains points fixes de l'histoire que vous aurez à découvrir, sont au début de l'aventure aussi mystérieux qu'utiles pour se repérer dans la foison des évènements qui vous entoure.
Ajoutez à cela une interface vraiment bien fichue, où sont notés tous les déplacements que vous aurez constatés, visionnables en réglant le curseur temporel où vous le souhaitez. C'est ainsi que petit à petit, s'assemblent 1000 éléments a priori chaotiques et indépendants, en un gros et beau puzzle dont vous deviendrez à chaque action un petit peu moins l’observateur démuni et un petit plus le maître.

Vous serez au sein du Sexy Brutale à la fois acteur et spectateur : votre mission consistera tout autant à sauver les gens -à leur insu- que de chercher à comprendre les enjeux de ce petit monde.

Il vous faudra en revanche faire preuve d'abnégation, puisque chaque retour en arrière anéantit totalement vos actions : vous conserverez vos collectibles et vos pouvoirs, mais les personnes sauvées seront de nouveau en danger. Votre but n'est ainsi pas de sauver tout le monde en un seul run mais simplement... de trouver pourquoi vous êtes là, et comment vous en sortir. Un peu frustrant au premier abord (et d’autant plus que l’on s’attache aux différents protagonistes), on rentre vite dans le jeu, avides d'en savoir plus sur le comte et les engrenages de cette mortelle surprise-party.

La fin est tordue comme on les aime, un peu prévisible en partie, mais pas totalement non plus. Le tout dans un ton de tragédie douce amer particulièrement touchant.

Chaque personnage s'insère donc dans un tout harmonieux, que ce soit en termes de background ou plus concrètement en termes de mécaniques de jeu. Chapeau aux développeurs d'avoir su construire un tout aussi cohérent et unique.

Chapeau également au compositeur de la BO, magnifique, enjouée et aux faux airs de Parov Stelar, et largement écoutable en dehors du jeu, qualité principale à mes yeux des grandes OST de ce monde.

A titre indicatif, j'ai fini le jeu une première fois sur Switch en 10h, et une seconde fois sur PC en 6h, avec 100% des collectibles obtenus sans soluce (oui, j'en suis très fier).

Sexy Brutale est donc un bon vieux thriller psychologique, au croisement improbable d'Agatha Christie, d'Un Jour Sans Fin, de Zelda Majora's Mask, de la Mélancolie de Haruhi Suzumiya et de To The Moon. Que de belles références, pour un résultat vraiment enthousiasmant.

L'espagnol Tequila Works sait donc varier les plaisirs : après le sombre Deadlight et le lumineux RIME, le studio sait se poser les bonnes questions, et sait surprendre.

Merci à eux pour ce grand moment de jeu vidéo.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 147 fois
2 apprécient

Autres actions de Kaiser-Panda The Sexy Brutale