Je commence juste mais il y a beaucoup de choses qui me rendent ce RPG sympathique.
Le fait qu'il soit indonésien.
Le côté bricolé, un peu maladroit par moments.
Le scope vraiment centré sur le narratif.
L'histoire est un peu gnangnan pour l'instant, mais la culture matérielle indonésienne a l'air rendue de manière assez intime et subtile. En tout cas le récit sort des cadres habituels, difficile de dire vers où cela va aller (même si je pressens une thématique sur les petites joies du quotidien et le deuil).
Bref, pour l'instant c'est la bouffée d'air frais que j'espérais.
Vraie crittique.
J'ai enfin terminé A space for the unbound. J'avais calé à un moment, car le jeu repose sur une narration forte et demande à être fait d'une traite. Or j'avais dû affronter une épreuve personnelle qui m'avait fait mettre le jeu de côté. J'ai enfin recommencé une partie, en traînant un peu les pieds. Et Dieu sait que je suis content d'avoir persévéré. Je suis heureux d'avoir donné de l'argent à ce studio, et je suis curieux de voir leurs autre productions.
Le jeu vous fait suivre la vie d'Atma, un gamin indonésien qui est ami avec une jeune fille qui dessine, avec laquelle ils inventent des histoires. Puis Atma semble se noyer. Puis il se réveille dans la même ville, mais cette fois il est l'ami d'une lycéenne, Raya, qui semble avoir des pouvoirs magiques de manipulation de la réalité. Atma dispose d'un livre rouge (rien à voir avec Mao) qui lui permet de plonger dans la psyché de personnages bloqués dans une névrose. En résolvant des énigmes, on peut les faire dépasser un conflit intérieur grave. L'enjeu est au final de répondre à toutes les questions que la narration hachée, derrière la fausse impression d'un environnement normal et quotidien, posent au fil de l'histoire.
C'est un jeu fait par des jeunes gens passionnés, qui n'ont pas beaucoup de moyens mais ont une solide culture vidéoludique et sont débrouillards. ça se voit, ça se sent, et Dieu que c'est raffraichissant ! Il y a des petits QTE pour les scènes de bagarre qui font parfois des références à Street fighter, des hommages à Ace Attorney, à de nombreux point'n click (la map est très bien conçue pour vous faire explorer la ville tout en vous faisant progresser dans la narration), des allusions au survival horror, au JRPG....
Et tout cela dans un cadre foncièrement indonésien. Ce jeu m'a appris l'existence de genres musicaux, de spécialités culinaires (le cimol !) de là-bas. Il reprend aussi une imagerie originale, avec des fleurs tropicales, des gardes balinais, mais aussi toute une culture matérielle de la rue : le rouleau compresseur qui blogue la rue, les petites barrières de la police pour réguler la circulation, les échoppes de rue, la salle d'arcade, le terrain vague/décharge, l'épicerie du coin... Mais aussi les gens : les jeunes qui traînent à mobylette et essaient de se donner un genre en fumant, les BD de contrebande vendues à la sauvette, les parents violents, les adultes marqués par leur service militaire, une certaine violence sous-jacente...
Au-delà, le jeu (qui l'annonce d'entrée de jeu) aborde des thématiques liées à la fragilité dans un environnement qui ne valorise pas l'art, le sentiment d'inadaptation, mais aussi le harcèlement, et je ne peux pas en dire beaucoup plus. Mais c'est fait avec sincérité et avec beaucoup de délicatesse. Oui, c'est un jeu à ranger dans les métaphores de la dépression, mais c'est franchement bien plus que ça, et le jeu vous laissera globalement je pense un souvenir satisfaisant et émouvant. Même si tout le monde n'y sera pas forcément sensible.
Le principal plot twist est assez malin. Vous réalisez dans le dernier quart du jeu que le personnage que vous incarnez est l'ami imaginaire d'une jeune fille victime de dissociation. Il faudra donc que votre protagoniste... cesse d'exister pour que Nirmaya/Raya puisse aller de l'avant.
Donnez sa chance à A space for the unbound si vous avez quelques après-midi de libre (le jeu se finit en une dizaine d'heures max), que vous aimez les jeux narratifs dans un cadre inhabituel. Soutenez ce studio, ils sont très prometteurs.