Le studio indonésien Mojiken m’avait agacé avec When the Past Was Around (2020), un point’n’click qui abordait le deuil à travers une narration que j’avais trouvée noyée dans la guimauve. A Space for the Unbound représente donc pour moi une occasion de leur redonner une chance. Le studio fait d’ailleurs un premier choix particulièrement intéressant en ancrant son récit dans l’Indonésie rurale des années 90. Entre l’évocation gourmande du mie bakso ou du rujak, difficile de ne pas être immédiatement embarqué. Ce souci du détail confère une identité forte à l’aventure et participe grandement à son charme contemplatif.
Narrativement, le jeu débute comme une tranche de vie relativement banale centrée sur deux lycéens. Pourtant, une dimension surnaturelle s’infiltre progressivement dans ce quotidien, donnant à l’histoire une ampleur émotionnelle et thématique plus ambitieuse. Ce mélange entre réalisme social et fantastique permet d’explorer des problématiques intimes comme l’adolescence, l’anxiété, la pression sociale, le harcèlement ou encore les traumatismes.
Sur le plan ludique, le point’n’click reste relativement classique, parfois même un peu trop sage. J’ai toutefois particulièrement apprécié la mécanique principale qui consiste à manipuler et explorer les souvenirs des personnages non-joueurs. Elle évoque clairement l’ambition narrative de To the Moon (Kan Gao, 2011). Chaque incursion dans l’esprit des personnages sert à la fois la progression du récit et la construction émotionnelle de l’univers.
Cependant, là où To the Moon misait sur une montée dramatique culminant dans un climax particulièrement bouleversant, A Space for the Unbound adopte une approche plus diffuse. Le jeu privilégie une douceur amère plutôt qu’une tragédie cathartique. Au final, le titre propose une expérience sincère, culturellement riche et délicatement mélancolique. Il aborde ses thématiques sensibles avec davantage de nuance que le précédent jeu du studio, et c’est déjà une belle progression.