Affaire : Le Joueur contre la Renaissance annoncée
Présidé par Mr le Juge
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🧾 Identité de l’accusé
- Nom : Assassin’s Creed Origins
- Éditeur : Ubisoft
- Genre : RPG / Monde ouvert / Solo
- Statut : AAA, premier virage RPG assumé de la licence
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📜 Acte d’accusation
Le jeu est cité à comparaître pour les faits suivants :
1. Virage RPG mal maîtrisé, tenant plus de l’ébauche que de la refonte aboutie.
2. Système de niveaux punitif, brisant immersion et liberté.
3. Monde ouvert somptueux mais creux, où les actions du joueur n’ont aucun poids.
4. Narration inégale, sans émotion durable ni impact réel.
5. Abandon partiel de l’ADN Assassin, au profit d’un gameplay plus bourrin que furtif.
6. Début assumé des microtransactions intrusives, moralement douteuses.
La cour note cependant des intentions sincères et une ambition réelle, ce qui rend les faits d’autant plus frustrants.
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⚔️ Audience n°1 – Gameplay & combats
Verdict partiel : Coupable de simplification excessive.
Le système de combat surprend au départ, paraît plus brutal, presque rafraîchissant.
Mais très vite, la sentence tombe :
esquive + attaque légère + attaque lourde, répété jusqu’à l’overdose.
Les armes sont variées (épées, lances, arcs multiples), mais la profondeur reste superficielle.
Le gameplay est compris en une heure… et ne progresse plus pendant 40.
⚠️ Circonstance aggravante majeure :
Le level gating.
Un ennemi avec +5 niveaux devient une éponge à coups, transformant chaque combat en purge absurde, non par difficulté, mais par calcul statistique.
La cour rappelle qu’un soldat ordinaire n’est pas censé devenir un boss de Dark Souls par simple différence numérique.
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🌍 Audience n°2 – Monde ouvert & immersion
Verdict partiel : Coupable de vide existentiel.
L’Égypte est **magnifique**, immersive, crédible, fascinante.
Elle donne même envie de s’intéresser à l’Histoire — fait suffisamment rare pour être salué.
MAIS :
- Libérer une zone ne change rien.
- Tuer un général ne change rien.
- Détruire des symboles du pouvoir ne change rien.
Le monde est une piscine plate :
vous pouvez y verser des litres d’actions, le niveau ne monte jamais.
📌 Comparaison défavorable avec Odyssey :
là où Odyssey simule (un peu) un conflit vivant, Origins fige tout dans un décor immobile.
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📖 Audience n°3 – Narration & écriture
Verdict partiel : Coupable de fadeur.
L’histoire n’est pas mauvaise, mais jamais mémorable.
Peu de frissons, peu d’émotion, peu d’attachement.
Le rythme est haché par le leveling, forçant le joueur à interrompre le récit.
Le seul moment réellement marquant :
👉 la naissance symbolique des Assassins (frisson facile… mais frisson quand même).
⚠️ Points sévèrement sanctionnés :
- Synchronisation labiale catastrophique
- Monde réel et lore moderne : **inutile, lourd, mal amené**
- Monologues cryptiques interminables qui supposent une mémoire encyclopédique de la saga
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🎵 Audience n°4 – Sound design & musique
Verdict partiel : Coupable d’absentéisme musical.
- Musiques de qualité… mais **trop rares**.
- Mauvais timing : combats de boss parfois **sans musique**, ou déclenchée trop tard.
- Sound design animalier solide, immersion sonore correcte.
- Aucun thème réellement marquant hors thème principal.
La musique est là… quand elle y pense.
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⏳ Audience n°5 – Durée de vie & respect du joueur
Verdict partiel : Coupable de remplissage élégant.
- Les quêtes secondaires ont un minimum d’écriture, ce qui est appréciable.
- Elles servent surtout à **forcer le leveling**, non à enrichir le monde.
- Aucun impact durable des actions.
- Rejouabilité quasi inexistante :
Pas de choix réels
Builds limités
Monde figé
Résultat :
le joueur progresse… mais le monde l’ignore.
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🧪 Audience n°6 – Innovation & ADN Assassin
Verdict partiel : Coupable de trahison partielle.
Oui, le jeu innove en basculant vers le RPG.
Mais il sacrifie :
- l’infiltration,
- la létalité de la lame secrète,
- le fantasme de l’assassin.
📌 Une lame dans la jugulaire devrait tuer.
Ici, elle demande un niveau minimum.
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⚖️ Comparution comparative
Face aux grands du genre :
- The Witcher 3 : écriture et immersion supérieures
- Skyrim : liberté réelle
- Red Dead Redemption 2 : monde vivant
- Même Far Cry gère mieux certaines boucles RPG
Origins devient un standard parmi d’autres, sans identité forte.
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🧑⚖️ Verdict final de la Cour
Peine prononcée : Peut mieux faire.
Jeu non recommandé aux amoureux de l’Assassin old-school.
Recommandé avec réserves :
- aux curieux du virage RPG,
- aux amateurs d’Égypte antique,
- à ceux qui n’en attendent pas plus qu’un bon décor.
🎯 Ressenti du Juge :
Assassin’s Creed Origins n’est ni un désastre, ni une renaissance.
C’est le début d’un glissemen*, techniquement solide, artistiquement beau,
mais ludiquement et narrativement inabouti.
La cour lève l’audience.