À contretemps. Voilà comment on pourrait résumer le destin d'Avatar : Frontiers of Pandora, dérivé des films concocté par James Cameron. Sorti avec un an de retard après la sortie de La Voie de l'Eau, et dans le pur style de Far Cry (cette vue à la première personne, pas forcément du goût de tous les joueurs), c'est peu dire que les ventes n'ont pas été mirobolantes. La sortie parfaitement synchrone du DLC D'Entre les Cendres et avec lui LA mise à jour ajoutant une vue à la troisième personne en parallèle du troisième film est une correction tardive. S'il est trop tôt pour statuer sur l'échec ou la semi-réussite de l'œuvre, la hausse de curieux à tenter l'aventure Pandora une manette en main s'est confirmée. Tant mieux car le temps et les moyens investis par Massive Entertainment (filiale d'Ubisoft) et Lightstorm Entertainment sont conséquents. Et les promesses vont avec. Un monde ouvert et tout l'écosystème à portée de mains, des missions principales et secondaires, de l'infiltration, de l'action, des chasses au trésor (fruits ou matériaux rares), une arborescence de compétences à débloquer (en artisanat ou pour confectionner des plats) et évidemment la possibilité de voler à dos d'Ikran ou de chevaucher des Équidius pour affronter la RDA. Ce qu'on est en droit d'espérer d'un jeu estampillé triple-A. Bien qu'il évoque la franchise Far-Cry de prime abord, Frontiers of Pandora s'affranchit de cette comparaison et réussit la transition du 7ème au 10ème Art.
Si le fil rouge de l'intrigue n'a franchement rien d'intéressant, on se laisse rapidement gagner par la générosité de l'ensemble, la liberté d'action et le folklore qui se densifie sensiblement. Les liens avec les films de Cameron se situent principalement au niveau thématique, puisque nous suivons une héroïne arrachée à son foyer au plus jeune âge par les troupes de la RDA et qui, arrivée à l'âge adulte, doit (re)découvrir sa planète. L'environnement est simplement bluffant. Avatar vous a émerveillé avec sa forêt bioluminescente, ses montagnes flottantes et ses arbres gigantesques, alors ce jeu est un aller simple pour le nirvana. C'est vraiment beau et la météo dynamique est convaincante, d'où quelques petites baisses de framerate de temps à autre. Sur les 25 heures d'aventure, on passe une partie à arpenter l'univers luxuriant de Pandora, en répertoriant les espèces de la faune et de la flore. J'aime autant vous dire qu'il y en a un paquet. Que ce soit les végétaux ou les animaux, tous n'ont pas la même réaction face à vous. Et pour certaines espèces, la confrontation directe ne jouera pas toujours en votre faveur.
Mais bon, on est aussi là pour la bagarre. Sur ce terrain, c'est également une bonne surprise. À force de reprendre les bases, les usines d'extraction ou les puits de pétrole, une certaine routine guette c'est indéniable. Mais la liberté d'approches et la difficulté croissante poussent naturellement à varier ses stratégies. L'infiltration est souvent le meilleur choix pour éviter de se retrouver encerclé par des bidasses, des méchas blindés et des Hélicos Scorpions. Il y a plusieurs chemins possibles pour accéder aux grosses bases. L'IA des ennemis est correcte en dépit d'un de vision variable d'une situation à une autre. La difficulté est assez équilibré, même si certains objectifs vous donnent pas mal de fil à retordre. La création et l'amélioration d'armes, de tenues et d'équipements seront indispensables pour s'en tirer avec succès, en particulier si vous voulez la jouer Pandoriens (et donc, exit les mitrailleuses ou fusils à pompe). Et c'est là qu'il faut saluer le gameplay, très bien pensé et qu'on intègre en quelques heures. Il sera d'ailleurs légèrement simplifié pour le DLC D'Entre les Cendres, ce qui présente des avantages (les affrontements, plus épiques que jamais) mais aussi un petit manque pour peu que vous aimiez jouer les artisans-concepteurs. Il faut également noter qu'on est jamais perdu dans les menus, et c'est bien fourni.
Une réelle bonne surprise, qui s'accompagne néanmoins de quelques défauts. Hormis l'histoire principale - franchement basique - il faut noter que les interactions avec les PNJ lors de séquences dialoguées sont rigides, et on sent que la vue à la troisième personne n'est pas d'origine. Les pieds de votre personnage semblent parfois en lévitation. Le côté répétitif de certaines quêtes peut éventuellement lasser certains types de joueurs mais techniquement, la mécanique est la même sur n'importe quel GTA. Il manque également de vrais Boss pour accroitre le challenge. Mais honnêtement, des adaptations aussi ambitieuses, dépaysantes et bien fournies, j'en compte pas des masses. Surtout qu'il faut également toucher un mot sur les DLC, qui prolongent le plaisir d'une bonne dizaine d'heures. Le Secret des Montagnes et Le Briseur de Ciel étendent d'avantage l'univers autour de notre héros/héroïne Sarentu et ajoutent quelques excellentes choses comme les Grands Jeux ou les duels au sommet contre des lieutenants en Méchas blindés. Mais l'ajout le plus significatif reste le DLC sorti mi-décembre en parallèle du troisième film.
D'entre les Cendres change un peu de style. On incarne le vaillant So'Lek (notre personnage est bien là, rassurez-vous) pour une excursion nettement plus sombre et sauvage. On passe du rêve au cauchemar avec un level design mettant l'accent sur la désolation de nos terres adorées. L'heure est à la colère, aux affrontements avec la RDA...et les Mangkwans (peuplade au centre du film De feu et de Cendres). On sera régulièrement confronté à des lieutenants cendrés particulièrement vifs mais l'impression de défi sera de courte durée. Changement de personnage donc changement de style, par conséquent, le gameplay incorpore le mode ralenti pour faciliter la visée lors des duels et surtout l'Instinct Guerrier qui rend So'Lek surpuissant...et rabaisse considérablement la difficulté. Dommage car l'idée est là, et certains antagonistes réussissent parfois à ralentir nos efforts pour reprendre une base. L'ajout de Boss permet de créer une notion de danger qu'on avait pas beaucoup avant. Mais les résultats sont contrastés. Pour Le Mastodonte ou Wukula, c'est réussi. Pour le Sniper Zari, c'est une déception. Le DLC bénéficie également de cinématiques mieux réalisées, et d'une histoire plus rude. L'un des personnages prend d'ailleurs une dimension extrêmement inquiétante. J'espère que le cycle se poursuivra. Si possible dans un délai raisonnable, car le temps ne joue pas toujours en faveur des jeux. Et vu que Frontiers of Pandora est déjà parti à contretemps...