Je suis tombé sur Banners of Ruin (2021) un peu par hasard, en furetant sur Instant Gaming : un roguelite / deck-builder à moins de 2 €, ça valait au moins la curiosité. La direction artistique fait mouche, surtout côté bestiaire : loups, lièvres, belettes ou ours anthropomorphes, dessinés à la main, ont un vrai charme de fable médiévale. Chaque espèce est dotée de statistiques propres et d’un mini-pool de cartes, de quoi bâtir des decks thématiques (le loup saigne, l’ours encaisse, la belette empoisonne…). Autre bonne idée : la progression se résume à une pioche d’événements. En effet, trois cartes s’offrent à vous à chaque carrefour (embuscade, patrouille, marchand, taverne…). On choisit littéralement sa route en jouant la carte, ce qui remplace la traditionnelle carte du monde et garde un rythme fluide. Quelques dialogues à choix multiples relèvent le tout et ajoutent une fine touche RPG en sachant que l’issue des dialogues peut déboucher sur un combat, un soin, du butin etc. Sur le plan tactique, le système de deux lignes avant/arrière oblige à réfléchir au placement de vos personnages selon leurs caractéristiques, à l’armure cumulée et aux effets de rang. L’idée est intéressante et originale pour le genre.
En face de ces qualités, plusieurs défauts refroidissent vite l’enthousiasme initial. La RNG se montre régulièrement assassine car un mauvais tirage défensif ou deux événements punitifs suffisent à ruiner une partie sans vraie porte de sortie. La courbe de difficulté manque vraiment de cohérence, le début se traverse presque en pilote automatique, puis un boss ou une patrouille bardée de bonus d’armure (en 2v6 bien sûr) peut rayer le groupe en deux tours. De plus, le grind est trop long pour débloquer les cartes, les talents ou les races. Cela nécessite d’emmagasiner beaucoup d’expériences, donc de victoires, et par conséquent de relancer encore et encore les mêmes rues et rencontres. Après une dizaine de parties, la répétitivité s’installe immanquablement. L’essentiel des événements et des décors ont déjà été rencontrés, le plaisir de découverte s’émousse bien avant d’avoir épuisé toutes les possibilités offertes par la construction de paquets de cartes.
À titre personnel, au bout d’environ sept heures, je n’avais plus vraiment envie d’insister pour débloquer les dernières races ou terrasser les boss restants. Le jeu devient vite redondant et trop brutal par pics : dommage, car un deck-builder roguelite bien pensé, varié et équilibré peut captiver un joueur pendant des dizaines d’heures. Banners of Ruin reste donc un titre à l’esthétique réussie et aux mécaniques originales, mais qui peine à maintenir l’envie sur la durée faute de renouvellement et de courbe de progression mieux réglée.