Pluie perpétuelle sur Gotham. La licence transpire l'amour des Comics. Depuis Arkham Asylum, on a vu Batman grandir, prendre de l'ampleur. Sans jamais sacrifier à l'efficacité de son gameplay. C'est un pan de l'Histoire des jeux triple A qui s'écrit au fil des épisodes. Des jeux qui ont à cœur de ne jamais lasser, par une générosité de chaque détail. Mon préféré : entendre les conversations de tous les ennemis, même le plus obscur PNJ. L'ambiance est bien là et ne faillit jamais.
Alors, oui, il y a un peu trop de tendance au tunning et la Batmobile se complait beaucoup dans ses jantes. La voir aussi se déplacer sur la pointe des roues en mode combat pour ne pas glisser sur les toits prête aussi à sourire. Mais le bonheur d'épouser un moment la psychose d'Harley Quin fait pardonner bien des excès.
Le gigantisme du blockbuster n'oublie pas de retrouver l'intimisme d'une raison qui vacille, comme dans le premier épisode. L'épouvantail et le joker sont bel et bien les antagonismes au potentiel psychanalytique le plus riche. Et il n'est pas interdit de penser que tout cet univers sombre et pluvieux serait le délire d'un homme en cellule.
Parfaitement abrutissantes (donc totalement immersives, selon que l'on est du côté réac ou geek de la Force), les enquêtes, énigmes et missions secondaires poussent toujours plus loin le culte du détail, ne cédant à aucune autre facilité que celle d'un gameplay joyeusement dirigiste. Je fais heureusement partie de ces joueurs qui adorent être pris par la main si on leur donne de jolies images à regarder.
Cependant ce quatrième volet s'alourdit de considerations techniques inutiles, là où l'épisode précédent avait su trouver le juste équilibre. Les décors sont noyés de motifs noirâtres (sur Switch) qui ne flattent ni l'œil, ni l'imagination. Le jeu ne parvient plus à tenir les promesses de l'ultra-iconisation de son héros, réduisant le pauvre bougre à des tâches humiliantes comme faire encore et encore le tour d'un pâté de maison pour trouver l'entrée d'un parking et venir à bout de deux malheureuses sentinelles.
Victime de son ambition, le gameplay est à la peine. Et la répétition des combats et énigmes vient peu à peu entamer l'intérêt pour le scénario (ce qui n'était pas un problème quand le premier Arkham Asylum confinait l'action dans le pénitencier). Circuler librement dans Gotham, c'est maintenant trop et pas assez. Trop d'options, de détails, d'informations. Pas assez de liberté, de souplesse, de fluidité. On ne manque rien des briques, pavés, grillages. Mais on passe trop de temps à en examiner les contours pour accomplir la tâche scriptée qui nous est imposée. Mentions spéciales aux énigmes de l'homme-mystère, plus punitives que jamais.
L'horizon de ce mauvais équilibrage : la mise en scène du chaos, qui se veut la plus spectaculaire possible. Autant dire que de telles options ne passent pas la barrière des années. Et le final fait peine à voir. L'intention pourtant est louable : pousser dans ses retranchements la folie de Batman, transformer la ville entière en un délire fiévreux. Il faudrait pour cela que le vertige nous guette. Mais on est trop occupé à viser le rebord d'une corniche pour ne pas tomber dans l'eau.