A quoi ressemblaient les jeux Batman avant les Arkham?
Voilà la question que je me posais en lançant ce Batman Begins, pas vraiment par intérêt pour le film éponyme de Christopher Nolan dont je n'ai qu'une sympathie toute relative mais par curiosité pour voir comment cette icône de la Pop Culture était incarnée avant la prolifique saga de Rocksteady.
Très honnêtement, et malgré ma note mitigée, le jeu n'est pas honteux dans sa démarche pour autant et je ne serais pas étonné d'apprendre que les équipes de Rocksteady l'avaient justement décortiqué pour mieux apprendre de ses réussites et surtout de ses échecs dans sa manière de retranscrire les mouvements du justicier de Gotham. Au delà du jeu en lui même, un titre d'action / infiltration assez linéaire et largement inspiré par les Splinter Cell d'Ubisoft, il est surtout amusant de le comparer avec l'Arkham Asylum qui sortira quelques années plus tard et avec une réussite bien plus prononcée.
*Le titre est déjà relativement généreux dans l'usage des gadgets et des compétences technologiques de Batman à une différence assez conséquente : leur utilisation dans Batman Begins est limitée à des interactions précises, sans laisser le joueur vraiment expérimenter avec les outils à sa disposition, un écueil au demeurant adressable au titre dans sa globalité mais nous y reviendrons.
*La gestuelle de Batman est assez étrange dans Begins mais il faut dire que les développeurs n'avaient pas beaucoup d'extraits du film à s'inspirer en comparaison, Nolan étant un piètre réalisateur de scènes d'action et sa trilogie pas vraiment mémorable en la matière (contrairement à une séquence filmée par Zack Snyder qui singera justement les chorégraphies des jeux Arkham, avec un certain brio). De ce fait, les 3C de Begins apparaissent assez maladroits en comparaison du placement de la caméra bien plus iconique dans Asylum : ici, le point de vue est assez éloigné et les animations de Batman sont assez maladroites, le rendant trop agile à la manière de Spider-Man sans le sentiment de lourdeur imposante que Asylum véhiculera avec brio, en plaçant la caméra proche de Batman durant sa marche où le personnage occupe littéralement la moitié de l'écran.
*Le jeu prend le même pari que les Batman : Arkham de proposer une expérience à double tranchant pour le joueur, et en cohésion avec le personnage incarné : un sentiment de puissance dans les scènes d'action et un sentiment de vulnérabilité face à des ennemis armés. Le système de combat n'est malheureusement pas très convaincant avec une caméra qui se rapproche au contraire de Batman durant les affrontements (à la manière d'un jeu de combat), rendant l'action inutilement confuse là où Asylum prenait justement l'initiative de reculer la caméra dans les affrontements pour englober davantage la scène et la multitude des opposants de Batman à prendre en compte (et à anticiper les mouvements).
*Les scènes d'infiltration ont déjà le mérite d'être nécessaires car Batman n'est pas un héros invincible et immunisé aux dégâts mortels. Le titre met même en place une mécanique intéressante, et distincte de ces successeurs, en la présence d'une jauge de peur à faire accroître en manipulant le décor pour plonger les adversaires dans la panique et prendre ainsi l'ascendant sur eux. Sur le papier, c'est génial ; dans la pratique, c'est malheureusement assez limité avec une structure trop dirigiste, à l'image de l'intégralité du titre. En vérité, chaque arène s'apparente à une énigme à part entière à résoudre pour éliminer ses adversaires, sans laisser une liberté d'approche au joueur; ce qui sera évidemment la particularité des Arkham offrant un vaste panel d'outils pour contourner la menace des sbires du Joker. Néanmoins, force est de reconnaître que cette gestion de la peur aurait pu être réitérée davantage dans les Arkham, même si elle est présente en filigrane, avec des criminels perdant progressivement confiance en eux ou aisément impressionnables par la destruction du décor autour d'eux.
*C'est sans doute l'aspect du jeu qui semble le plus flagrant aujourd'hui : le titre est résolument linéaire dans son Level Design, dans la mesure où il inclut de la plate-forme et un chemin bien déterminé pour avancer. C'est probablement l'aspect qui brise le plus l'immersion d'être dans la peau de Batman car il devient étrange de voir le justicier être bloqué par la moindre pancarte devant lui et de voir l'usage du grappin limité à quelques interactions précises ; dans Asylum, le grappin est indissociable de l'exploration et même si le titre parvient à distiller quelques séquences de plate-forme plus traditionnelles, elles ne représentent jamais un obstacle significatif à la progression du joueur mais plutôt un moyen de fluidifier l'expérience de jeu par de la grimpette supplémentaire. Néanmoins, il faut tout de même noter l'usage très semblable de la cape de Batman en guise de parachute, dont l'utilisation n'est finalement guère éloignée de celle proposée par Rocksteady.
*Enfin, le titre est contraint de singer la structure narrative du film et ses principaux évènements ; c'est malheureusement là où le bat blesse également car sa marge de manœuvre est extrêmement réduite en terme de créativité, malgré l'univers foisonnant de Batman à disposition. Nous nous retrouvons ainsi dans les immeubles désaffectés d'une Gotham City terne et assez insipide, ressemblant à n'importe quelle ville du monde réel, comme dans le film éponyme ; malheureusement, comme chacun sait, le photo-réalisme vieillit particulièrement mal dans le jeu vidéo, à moins de bénéficier d'une direction artistique vraiment singulière, comme celle des Max Payne, et ce Batman Begins ne dégage aucune atmosphère particulière en jeu vidéo, hormis l'impression d'incarner Batman à Chicago. Les doublages français du film sont au moins présents (hormis Frédéric Cerdal remplacé étonnamment par le grand Dominique Paturel pour l'occasion), ce qui permet d'apprécier quand même la voix de Philippe Valmont qui offre un Batman convaincant et assez différent de celui d'Adrien Antoine.
*Et pour finir, certaines séquences nous permettent également d'incarner le fameux Tank de Batman dans des courses poursuites tout bonnement catastrophiques. Là aussi un point sur lequel Arkham Knight avait été décrié, largement à tort pour ma part, et dont la comparaison avec ce Batman Begins devrait lui être favorable si vous expérimentez un jour le titre, Knight proposant même le Tank dans l'une des nombreuses versions alternatives disponibles pour la Batmobile.
Mais y a-il vraiment un intérêt à découvrir ce titre aujourd'hui, quand il existe déjà tant de propositions interactives de Batman en jeu vidéo? J'avoue que j'en doute quelque peu, hormis une curiosité d'analyse pour voir comment le personnage était autrefois incarné en jeux vidéos. Bien sûr, vous avez également le droit d'être nostalgique des films de Nolan et de vouloir retrouver cette vision résolument réaliste de Batman en jeux vidéos mais pour avoir épluché un paquet de comics autour du personnage, j'ai toujours apprécié des réinterprétations plus marquées en matière d'imaginaire sur le célèbre détective donc cette vision rationnelle de Gotham City ne m'interpelle pas vraiment, en ce sens.
Mais au moins, Katie Holmes apparaît à peine dans le jeu ; il faut croire que même les développeurs essayaient de l'oublier, celle-là. :p