Beckett
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Beckett

Jeu de The Secret Experiment et Kiss Ltd. (2018 · PC)

Enigmatique "Beckett". Je ne sais trop comment je suis tombé dessus. Beckett est avant tout une expérience. Des tons neutres, sepia. Un univers sonore et musical marqué, parfois mélodieux, le plus souvent dissonant. Un univers graphique artistique décalé, un plan vertical mêlé à des collages pour la narration et autres éléments interactifs.


On contrôlera donc ce point "Beckett" parfois figuré par un visage qui, sur un plan du lieu, rencontrera d'autres individus, figurés le plus souvent par un objet ou un collage (souvent lié à un insecte). On ne verra donc pas grand chose des interlocuteurs, mais on sera inondé, d'images, floues, mouvantes, parfois des vidéos anodines ou perturbantes.

Il est indéniable que "The Secret Experiment" prend des risques ici et plonge carrément dans le côté arty du jeu vidéo. Cela dit, on a affaire ici à une histoire interactive bien plus qu'à un jeu, les choix sont extrêmement limités, l'interactivité se résume souvent à cliquer (ou à décider dans quel ordre cliquer), c'est extrêmement maigre et, interactivité à part, j'ai plus eu la sensation de lire un livre que de jouer à un jeu.


Littéraire, Beckett, le sera. Le jeu vous place dans la peau d'un détective, véritable archétype du genre. Bourru, solitaire, mais portant secrètement en lui la douleur du deuil de sa femme. Le jeu démarre avec une enquête portant sur la disparition d'un jeune homme mais on n'aura quasiment aucun contrôle sur l'investigation. On finira d'ailleurs par comprendre que l'enquête n'a que peu d'importance. Elle sert de prétexte pour balader ce pauvre Beckett à travers une ville morne et lugubre, à se questionner sur la mort des êtres chers, sur la futilité de l'existence à travers d'interminables monologues introspectifs ou à des échanges creux. Le tout dans une écriture prétentieuse qui aligne les allégories et les comparaisons douteuses. Bon niveau en anglais indispensable.


S'il faut saluer la forme, véritablement novatrice, elle n'encourage pas à s'attacher aux personnages qui sont eux même peu dignes d'intérêt. Les personnes rencontrés sont généralement des caricatures, méprisables ou pathétiques, objet de désir ou de rejet. Beckett ne fait aucun cadeau à ses personnages et me laisse la forte sensation d'un jeu profondément misanthrope.

La longue traversée de ces 4 heures de lecture m'ont paru interminables et la fin (sans grand intérêt) n'a clairement pas pu sauver ce voyage pénible.

Il y a probablement un public pour ce type d'expérience mais cette longue plongée dans un sordide d'opérette m'a agacé tout du long.

Ignus
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le 12 avr. 2025

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Ignus

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