Blacksad: Under the Skin
6.4
Blacksad: Under the Skin

Jeu de Pendulo Studios et Microids (2019 · PlayStation 4)

La BD espagnole Blacksad, écrite par Canales et magnifiquement dessinée par Guardino, m’a, dès son premier tome, happé dans un univers de polar noir, crade, où les personnages voient leurs caractéristiques retranscrites dans leur forme d’animaux anthropomorphisés. Ainsi, si John Blacksad, chat noir au museau blanc, est un détective des années 50 au bout du rouleau et un peu porté sur la bouteille, il fera face à des lézards sociopathes, des rhinocéros gardes du corps et autres fouines journalistes. Les traits de Guardino sont incroyables et offrent une aura unique à l'œuvre. Ajoutez à cela le traitement de sujets sociétaux comme la montée d’un mouvement aryen (ours polaires, hermines…), le MacCarthysme, la montée rampante des drogues à la Nouvelle-Orléans ou encore le traitement de la beat generation, et vous obtenez une oeuvre profonde en plus d’être une prouesse esthétique.
Quand l’annonce d’un jeu Blacksad développé par les sympathiques espagnols Pendulo Studios (Runaway, Yesterday, The Next Big Thing), ma curiosité était vivement piquée. Hélas les premiers retours ont fait état d’un jeu cassé, inachevé, où toutes les bonnes idées étaient noyées dans une foultitude de bugs. J’ai donc attendu un certain temps avant de me lancer, espérant la venue de patchs correctifs. Et si certains soucis ont effectivement été réglés, le constat reste effectivement le même : un superbe gâchis. Car le jeu, aspect technique mis à part, est une franche réussite.



Encré dans la BD



J’imagine difficilement comment un jeu avec un budget somme toute assez limité aurait pu être plus fidèle à son support original. L’ambiance de film noir est bien présente, portée par une écriture délectable (tant dans les dialogues que dans les monologues internes de John), et un scénario touchant aux mêmes types d’enjeux que la bande dessinée (si le racisme est traité en second plan, l’emphase est ici sur la corruption dans le monde du sport). Et si le dernier retournement de l’histoire est assez prévisible, l’ensemble de l’aventure est tout de même prenant, avec son lot de suspens, de dilemmes moraux et passages à tabac.
Quant aux graphismes, s’ils ne valent pas le tracé de Guardino, ils respectent l'esthétique originale avec les moyens du bord via une 3D pas dégueulasse du tout. On ressent bien le support que les deux créateurs ont apporté à Pendulo en tant que consultants. Enfin, la musique jazz colle très bien à ce que l’on aurait deviné attaché aux différentes planches des tomes papiers. En collant de si près à la BD, le résultat ne pouvait qu’être probant.



Arbre à chat



Habitué aux point’n’click classiques, Pendulo n’avait qu’à faire un pas de côté pour sortir un jeu d’enquête avec arbres de décisions. Le gameplay se décompose en plusieurs éléments:
L’exploration, lourde, proche d’un Grim Fandango et de ses contrôles de tank, mais dans des décors variés.
Des dialogues finement écrits avec de nombreux choix à faire. Si comme souvent dans ce type de jeu, les conséquences de nos choix sont souvent illusoires, la nature du titre plus condensée que celle d’un Telltale ou d’un Quantic Dreams permet tout de même des variations relativement importantes sur l’histoire.
Un système de déduction dans lequel on reliera différents éléments de nos investigations (objets, témoignages, observations, pensées…) pour en ressortir indices et conclusions. De ce que j’ai pu lire ci et là, le système semble assez proche de ce qui se fait dans les Sherlock Holmes de Frogwares.
Des séquences de QTE pour les scènes d’action.


Ca ne révolutionne clairement pas le genre, mais Blacksad tire tout de même son épingle du jeu par de petites variations bien senties.



La gueule de bois



Si l’on ne s’en tenait qu’à mes deux premiers paragraphes, on aurait droit à un beau 8 pour un jeu narratif efficace, où l’immersion et la fidelité feraient office de fer de lance d’une formelle réussite. Seulement, comme annoncé en intro, et comme l’indique la note finalement attribuée, la quantité de bugs et ratages techniques est beaucoup trop importante pour que l’on puisse en faire abstraction. Il ne se passe pas cinq minutes en jeu sans qu’il n’y ait un souci. On citera pêle-mêle des sautes de doublage, des textures qui bavent ou refusent simplement de s’afficher, des menus qui se bloquent et demandent un redémarrage (et souvent de recommencer le chapitre en cours), des disparitions du curseur, ou tout simplement des crashs du jeu. Heureusement, l’aventure n’est pas bien longue. Mais toute envie de relancer le jeu une fois terminé pour explorer les différentes voies disparaîtra bien vite, tant on se sentira chanceux d’avoir pu voir la fin sans une perte de sauvegarde (apparemment ce problème récurrent à la sortie du jeu avait été fixé courant 2020, mais sait on jamais…).


C’est donc vraiment dommage qu’un jeu s’appropriant si bien un univers merveilleux, et proposant une narration solide et des mécaniques bien huilées (même si également bien rodées) passe à côté de son public à cause d’un état technique lamentable. S’il est aisé de comprendre que les plannings doivent être respectés (et pas que chez les petits budgets, quand on voit l’état de certains AAA à leur sortie…), détruire l’image d’un studio n’est jamais plus simple qu’en fournissant un jeu cassé… Et pourtant j’ai adoré ce Blacksad. Mais je ne peux pas décemment le conseiller sans avertir le lecteur de ce dans quoi il s’embarque.

Créée

le 21 janv. 2021

Critique lue 248 fois

Frakkazak

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4

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