Blade Master
5.3
Blade Master

Jeu de Irem Corp. (1991 · Arcade)

Blade Master fait partie de ces jeux que l’on lance davantage par curiosité que par véritable attente, surtout quand on est dans une phase de redécouverte intensive de beat ’em up sur borne d’arcade. De loin, le titre d’Irem évoque vaguement un héritier de Golden Axe : univers médiéval-fantastique, héros à l’arme blanche, progression en scrolling horizontal. Sorti en 1991 sur le système Irem M-92, il arrive pourtant dans un contexte extrêmement concurrentiel, à une époque où le genre est déjà bien balisé et dominé par des références solides. Malheureusement, cette comparaison implicite joue très vite en sa défaveur.


Dès le lancement, Blade Master affiche une sobriété qui frôle la pauvreté. Pas de véritable introduction, aucune mise en scène marquante : le titre apparaît, on insère des crédits (en quantité généreuse), et l’on choisit entre deux personnages seulement, Roy et Arnold. L’histoire est réduite à sa plus simple expression : une jeune femme kidnappée, aucune ligne de dialogue, quelques images fixes pour contextualiser l’action. Certes, le scénario n’est pas l’élément central d’un beat ’em up arcade, mais cette absence totale de narration ou de personnalité donne immédiatement l’impression d’un jeu expédié, sans véritable ambition artistique ou immersive.


Manette en main, le constat devient encore plus sévère. Le gameplay est d’une simplicité extrême, presque déroutante : frapper, sauter, sauter en frappant. Rien de plus. Pas de dash, pas de prise, pas d’armes à ramasser, aucune mécanique secondaire venant enrichir l’action. Même en tenant compte des standards de l’époque, Blade Master semble anormalement pauvre. On cherche des subtilités, des coups cachés, une prise de risque quelconque dans le système de combat, mais rien ne vient jamais renouveler l’expérience, même après plusieurs stages. Il faut noter que l'on peut tout de même attaquer les ennemis qui sont à terre, ce qui se révèle utile face à certains boss.


Cette austérité ludique est aggravée par un équilibrage discutable. Les boss sont de véritables sacs à points de vie, dotés de patterns basiques et peu inspirés. La stratégie la plus efficace consiste souvent à les coincer dans un angle de l’écran et à marteler l’attaque jusqu’à l’épuisement, une méthode peu élégante mais tristement fonctionnelle. La fin du jeu accentue encore ce sentiment de lassitude : ennemis recyclés, décors répétitifs, impression de tourner en rond durant les quinze dernières minutes. Finir Blade Master relève davantage de l’acharnement que du plaisir.


Tout n’est cependant pas entièrement à jeter. La direction artistique des ennemis, bien que totalement incohérente, se distingue par une réelle diversité et quelques designs étonnamment réussis. Certains sprites sont détaillés, parfois même impressionnants, et témoignent d’un certain savoir-faire graphique. Les décors, sans être spectaculaires, restent corrects et proposent çà et là quelques détails appréciables, notamment une transition originale impliquant une créature géante. Ce sont de petites satisfactions visuelles qui empêchent le jeu de sombrer complètement dans l’anonymat.


Reste que ces qualités ponctuelles ne suffisent pas à compenser un ensemble globalement terne. Les musiques sont oubliables, certains bruitages frôlent le ridicule, et l’expérience repose largement sur l’utilisation massive de crédits plutôt que sur une courbe de progression stimulante. Le jeu a au moins le mérite d’être relativement court : une trentaine à une quarantaine de minutes suffisent pour en voir le bout, à condition d’accepter une bonne dose de frustration.


Replacé dans son contexte historique, Blade Master souffre encore davantage de la comparaison. En 1991, le genre du beat ’em up est à son apogée, avec des titres comme Final Fight, Knights of the Round, The King of Dragons ou Captain Commando, qui proposent des systèmes de jeu plus riches, une mise en scène plus soignée et une identité bien plus affirmée. Face à ces concurrents directs, Blade Master apparaît comme un titre mineur, en retard sur son temps, déjà dépassé à sa sortie.


Aujourd’hui, la sentence est difficile à éviter. Autant certains beat ’em up anciens conservent une vraie fraîcheur et procurent encore un plaisir immédiat des décennies plus tard, autant Blade Master peine à justifier qu’on s’y attarde. Hormis pour les complétistes ou les amateurs désireux d’explorer absolument toutes les productions du genre, il est difficile de le recommander. Plus qu’un jeu médiocre, Blade Master est surtout un jeu ennuyeux, et c’est sans doute le pire reproche que l’on puisse adresser à un titre d’arcade.


SoosKratoS
4
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le 15 janv. 2026

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