Alors que je me replonge dans Bloodborne pour faire son DLC que je n'ai jamais fait, 8 ans après la sortie du jeu initial, je me dois de lui accorder une critique.

Premier jeu de From Software auquel j'ai joué, autant dire que depuis, je ne touche quasiment plus au reste, ce ne sont pas simplement des jeux-vidéos, ce sont de véritables oeuvres d'arts.

Sa cover m'a longtemps intrigué, et j'ai essayé d'y jouer plusieurs fois avant de vraiment me lancer, mais je n'étais pas assez ouvert d'esprit pour pénétrer dans son univers. l’interface du menu, les vêtements de notre personnage, le moteur graphique... tout est repoussant dès les premières minutes. Habitué aux jeux grand public, à l'interface lissée, directif et n'osant pas faire de folie, arriver dans un jeu sans tutoriel, carte ni objectifs... il apparaît au premier abord comme un objet étranger, obscur et malsain (il l'est) auquel seuls des humains dérangés jouent. Je réessaie une énième fois, attiré par ce jeu mystérieux et ses villageois me rappelant RE 4, accompagné d'un ami ayant jouer à Dark Souls pour surmonter les premières heures. Très peu d'oeuvres ne m'ont dérangé comme Bloodborne (surtout un jeu-vidéo), encore aujourd'hui, je ressens un malaise lorsque je me balade à Yharnam. À aucun moment vous ne verrez une lueur d'espoir.

Une fois le jeu pris en main, après avoir fait le tour de Yharnam une dizaine de fois, on comprend que malgré tout ce que le jeu tente de nous faire subir, nous sommes les chasseurs, et notre devoir est d'être le plus monstrueux d'entre tous. Une étrange obsession se mélangeant à la peur née, car bien qu’une constante pression règne tout le long du jeu, la frénésie qu’il nous procure nous permet d’avancer. Ce n’est que des années après avoir fini l’aventure, en y retournant occasionnellement sans être vraiment plongé dedans que je me suis rendu compte à quel point il est pesant. Tout ce monde labyrinthique est aussi brillamment interconnecté, quelle immense surprise lorsque des heures plus tard, au fin fond d’une grotte, on monte une échelle gigantesque qui nous fait retourner à Yharnam, la première zone du jeu.

Niveau gameplay, FromSoftware décide de proposer plusieurs nouvelles mécaniques offrant des sensations bien supérieures aux premiers Dark Souls.

Bien sûr le regain de santé nous poussant à être plus agressif et le contre au pistolet, mais surtout deux formes différentes sur une même arme, rendant chaque armes si uniques. Quel plaisir de pouvoir passer d'une épée rapide à un énorme marteau en une touche (tout en attaquant!!!)

Encore aujourd'hui, la qualité des animations des attaques de chaque armes est incroyable, correspondant très bien à leur physique, s'enchainant parfaitement, particulièrement le changement de forme en plein combo, toujours aussi satisfaisant. Les boss aussi subissent une grosse amélioration, mais sont en dessous de Dark Souls 3 en terme de difficulté, une fois la pression de leurs cris atroces dépassée, ils ont beau être agressif, ils ne sont pas très malins (à voir pour le DLC)

La direction gothique et Lovecraftienne est d'un niveau supérieur à toute oeuvre audiovisuelle (ayant les mêmes inspirations), allant de l'architecture et des décors intérieurs aux nuages dans le ciel, en passant par le premier loup garou qui vous souhaitent la bienvenue, la majorité des zones est un sans faute, étant chacune un cauchemar à part entière. Chaque nouvelle rue, sentier ou pièce dans laquelle vous pénétrer vous procure une anxiété propre à Bloodborne. Plus on avance, plus l'on s'enfonce dans la folie, rencontrant des lieux de plus en plus hostiles, des ennemis de plus en plus ignoble, l’ascension est magnifiquement dosée. La quête de savoir et de découverte, qui pousse paradoxalement notre personnage dans la folie, est une thématique forte de Lovecraft, qui est ici ingénieusement incorporée. En plus d'être capable de voir certaines créatures ou de rencontrer certains ennemis après avoir atteint un stade de lucidité suffisant, plus notre personnage est lucide, savant, plus il est sensible aux dégâts de folie que certains ennemis infligent.

Je crois n'avoir jamais vu quelqu'un en parler, à part pour dire qu'il est dépassé, mais le moteur graphique de FromSoftware est un aspect important de sa direction artistique selon moi. Quoi de mieux pour un jeu placé dans une vieille ville magnifique souillée par la folie et le sang, que des textures à la fois scintillante et crade, avec trop peu de contraste. Voyez par exemple le remake de Demon's Souls. Le jeu est magnifique, les couleurs et les effets de lumières sont d'une rare qualité, et pourtant la qualité graphique de Bloodborne est plus cohérente avec son univers, l'atmosphère est bien plus marquante. Tout comme je ne souhaiterai pas voir un film de Sergio Leone filmé en 4K, je ne voudrai pas voir Bloodborne sous UnrealEngine 5.

Il y a un véritable culte de l'horreur qui parcourt toute l'oeuvre, à la fois horrible et magnifique, une beauté s'en dégage constamment, dans tous ses aspects. Les armes trompeuses, véritables objets de massacre, sont scintillantes et remplies de détails, de gravures. La ville de Yharnam à l'architecture si somptueuse, certainement autrefois magnifique et prospère, est désormais morbide dans chacun de ses recoins. Le sang qui revête les rues et gicle sur nos vêtements lorsque l'on massacre nos ennemis est d'un rouge profond, qui brille sous la lumière de la lune. Cette lune, seule source de lumière et symbole d'espoir, se rapproche de nous au fur et à mesure que l'on s'enfonce dans le cauchemar.

Ce jeu m’a ouvert l’esprit et permit de m’intéresser à une grande quantité d’arts, en commençant bien sûr par Lovecraft et l’architecture gothique, les jeux de From Software et donc par la suite Berserk, la peinture surréaliste et romantique, le cinéma d’horreur…Il est passionant comment une oeuvre qui au départ me paraissait véritablement étrange et mystique est aujourd'hui un objet qui me fascine. Tout comme notre personnage, sans rentrer dans la folie, Bloodborne m'a accordé sa lucidité, une autre manière de voir l'art, la beauté dans l'horreur et ce qu'on ne comprend pas, et je pense que beaucoup de joueurs ont eu la chance d'être eux aussi, éclairés.

Npc36
9
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Top 10 Jeux vidéo

Créée

le 8 oct. 2023

Critique lue 15 fois

Npc36

Écrit par

Critique lue 15 fois

D'autres avis sur Bloodborne

Bloodborne

Bloodborne

10

Vagabond

le 17 mars 2016

Suivre

Le jeu qui n'était pas un Souls

J’ai deux jeux dans ma ludothèque PS4. C’est un peu pauvre. Deux jeux traditionnels du moins, des grandes aventures épiques qui viennent dans des petites boîtes bleues. Du coup, parfois j’y joue,...

Bloodborne

Bloodborne

9

Deckart

le 14 déc. 2016

Suivre

Le tragique fait jeu

Je ne sais pas si vous avez déjà prêté attention à combien les jeux de From Software sont beaux. Je ne parle pas de la simple beauté extérieure, comme celle des environnements, toujours...

Bloodborne

Bloodborne

8

Misskatonic

le 22 mars 2015

Suivre

Born to bleed

Notre héros, atteint d'un certain mal, part à la recherche d'une transfusion de sang. Son aventure tourne mal et il se réveille après un délire cauchemardesque dans la peau d'un Chasseur. Dans la...

Du même critique

Bloodborne

Bloodborne

9

Npc36

le 8 oct. 2023

Suivre

Lovecraft s'y plairait

Alors que je me replonge dans Bloodborne pour faire son DLC que je n'ai jamais fait, 8 ans après la sortie du jeu initial, je me dois de lui accorder une critique.Premier jeu de From Software auquel...