Il semble que beaucoup de personnes soient aujourd’hui en quête de repères, voire d’identité, au point de projeter une part d’elles-mêmes dans leurs objets culturels. Dans ce contexte, certaines œuvres sont rapidement sacralisées, et toute critique est perçue comme une attaque personnelle. Le débat devient alors impossible.

L’engouement actuel autour du jeu vidéo Clair Obscur illustre assez bien ce phénomène. Sans nier ses qualités, je peine pourtant à comprendre l’unanimité quasi militante qui l’entoure.


Après y avoir joué, j’y ai relevé de nombreux problèmes techniques; bugs bloquants nécessitant parfois un redémarrage complet du jeu; ainsi qu’une accumulation de clichés, qu’ils soient scénaristiques, graphiques ou musicaux. Le gameplay, loin d’être novateur, repose sur des mécaniques largement éprouvées : arbre de compétences sans surprise, menus confus, et un système de combat à la lisibilité discutable. Celui-ci semble d’ailleurs volontairement punitif, donnant l’impression d’un allongement artificiel de la durée de vie plutôt que d’un réel choix de design.


L’univers proposé apparaît par ailleurs assez creux. Malgré une mise en scène qui cherche à masquer cette faiblesse, les environnements restent très linéaires, tandis que la colorimétrie, globalement terne, renforce une atmosphère mélancolique appuyée jusqu’à la caricature. Le jeu semble ainsi confondre émotion et pathos, comme si la gravité du ton suffisait à produire du sens.


J’ai abordé ce titre dans un contexte personnel particulier, alors que je suis en convalescence après avoir survécu à un cancer de stade IV. Cette expérience m’a rendu d’autant plus sensible à la manière dont le jeu instrumentalise la souffrance et la mélancolie. Ayant également des troubles de la coordination consécutifs à une paralysie partielle due à un lymphome cérébral, j’ai vécu le système de contres punitifs comme inutilement excluant, voire agressif. Il est difficile de ne pas y voir une forme de mépris implicite pour des joueurs dont les capacités ne correspondent pas à un modèle idéalisé de performance.


Amateur de JRPG avec combats au tour par tour depuis les années 1990, je ne découvre pourtant ni ce genre ni ses codes. C’est précisément pour cette raison que l’enthousiasme ambiant me semble disproportionné. J’ai le sentiment que nombre de joueurs plus jeunes découvrent ce style à travers ce jeu précis, et que la critique, emportée par l’élan, fait preuve d’un manque évident de recul.


À mon sens, la popularité du titre et l’abondance de récompenses qu’il reçoit tiennent moins à ses qualités intrinsèques qu’à son statut symbolique : celui d’un jeu issu d’un petit studio français, érigé en contre-modèle vertueux face à de grands studios accusés de frilosité créative. Une posture compréhensible, peut-être, mais qui ne devrait pas dispenser d’un regard critique honnête.

MingusMingus
6
Écrit par

Créée

le 13 déc. 2025

Critique lue 126 fois

MingusMingus

Écrit par

Critique lue 126 fois

9
2

D'autres avis sur Clair Obscur: Expedition 33

Clair Obscur: Expedition 33

Clair Obscur: Expedition 33

4

Sytarie

63 critiques

Hystérie collective sur le jeu le plus moyen de l'année

Je crois que c'est la première fois que j'ai autant l'impression de vivre dans une caméra cachée que depuis la réception éclatante de Clair Obscur par la presse et les joueurs. Je ne peux pas cacher...

le 2 nov. 2025

Clair Obscur: Expedition 33

Clair Obscur: Expedition 33

5

Foudafleloup

4 critiques

Un jeu qui fait pouet, comme son public

Je n’ai pas été convaincu par la proposition.L’accueil dithyrambique des joueurs m’a intrigué. J’ai l’impression que le contexte explique plus le succès que les qualités du jeu lui-même. On vante le...

le 4 juin 2025

Clair Obscur: Expedition 33

Clair Obscur: Expedition 33

5

Jujuco

163 critiques

Potentiel fou

Clair Obsur avait le potentiel pour être un très très grand jeu. L'introduction est l'une des meilleures intro du genre RPG, on est tout de suite conquis par cette quête pour sauver le futur de...

le 27 avr. 2025