Crimson Desert est un ovni vidéoludique, inspiré des plus grands noms du jeu vidéo de ces dernières années, il n’a malheureusement ni leur génie, ni leur science du game design pour leur arriver à la cheville. Je vais souvent effectuer des comparaisons dans ma critique, car le jeu ne cache pas ses influences.
Je donne mon avis après une quinzaine d’heures de jeu, je n’ai effectivement pu que gratter la surface du vernis de l’immense paquebot que constitue ce jeu en termes de contenu et d’histoire. On annonce 100 à 120 heures pour terminer la trame principale et plus de 300 heures pour le 100%.
Ma critique peut évidemment évoluer. Seulement, j’estime avoir assez d’heures au compteur pour évaluer ses principales boucles de gameplay et surtout pour avoir compris sa philosophie.
Le jeu possède bien quelques points forts, il y a une multitude de systèmes : physique du jeu, beaucoup de possibilités de type bac à sable (Se propulser avec un grapin ou déplacer des objets, crafter, planer, monter un dragon…). Les combats sont dynamiques avec des combinaisons de touches à frôler le jeu de combat (on est pas loin de me demander des quarts de cercle) les commandes sont déstabilisantes, mais au moins il y a une vraie profondeur de gameplay sur les affrontements avec un arbre de compétences assez riche, qui offre une progression des possibilités avec de nouvelles attaques, l’ensemble est très fun.
Son plus bel atout reste néanmoins son open world, à la fois immense et magnifique, certainement l’un des plus réussis qu’il m’ait été donné de voir dans le JV. Du moins, en ce qui concerne la beauté des environnements naturels, la profondeur de champ et son world building. Il n’est pas rare de voir une montagne, de l’escalader pour tomber sur un panorama à couper le souffle, qui ouvre un horizon sur trois nouveaux endroits intrigants, qu’on s’empresse de vouloir explorer.
Seulement voilà, l’histoire, l’écriture des personnages et des quêtes sont de véritables purges, ce n’est pas moyen, c’est catastrophique… Les personnages sont creux et peu charismatiques, on est lâchés dans un monde sans aucune explication, il y a d’autres races que des humains, on ne sait pas pourquoi ils sont là, quels sont les enjeux de ce monde etc… Les premières quêtes consistent à ramoner une cheminée, récupérer un chat dans un arbre et laver un camp de bandits… Avec une mise en contexte complètement molle et dénuée d’intérêt. Lorsque l’on assume ses inspirations et que l’on propose ce niveau d’écriture digne d’une IA générative dépassée, le constat est sévère. Si vous avez un jour joué à Witcher 3, RDR2, KCD2 ou BG3, vous hallucinerez par l’écart abyssal qui sépare ces jeux de Crimson Desert en termes d’écriture et d’intérêt des quêtes.
L’histoire me sortant par les yeux, je me suis dit que si le jeu tient ses promesses, je pourrais juste l’ignorer du moins pendant un temps et m’offrir à ce vaste monde qui me tend les bras. Après tout, c’est ce que l’on fait dans certains de ses modèles que sont Elden Ring et BOTW. On explore sans être tenu par la main.
Grave erreur, après avoir visité une dizaine de lieux « marquants » (qui ressortent clairement dans le world building, à l’instar du château de Voilorage dans Elden Ring), ce sera toujours le même constat : soit il n’y a tout simplement rien à y faire, soit j’ai obtenu une récompense médiocre (un casque moins bien que le mien, alors que j’ai l’équipement de base de début de jeu), soit je suis arrivé trop tôt et donc un événement ou un combat de boss était censé se déclencher, mais il ne se lance pas car je n’ai pas activé le script de la quête.
Ne vous attendez pas non plus à une multitude d’intérieurs grandioses et d’énormes donjons à visiter, l’exploration se fait principalement dans des environnements en extérieur. Aussi, on peut oublier les événements ou les rencontres aléatoires que l’on retrouve dans beaucoup de ses modèles (RDR2, Witcher 3, KCD2), ici tout est lié aux quêtes.
C’est à ce moment-là que la douche est devenue glaciale, il s’inspire sans se cacher de jeux très libres cités plus haut, mais n’a absolument rien compris à leur design en bridant l’exploration par des scripts ou en la récompensant très maladroitement.
Il veut raconter une histoire épique et grandiose, mais ne nous apprend rien sur son monde et son fonctionnement et délivre une écriture médiocre.
Vous l’aurez compris Crimson Desert est très loin d’atteindre le niveau de ses modèles, il veut tout faire, mais l’exécute le plus souvent mal, peut-être parce qu’il reprend les codes et les mécaniques de ses références, sans jamais épouser leur philosophie de game design. Comme l’indique mon titre il ne suffit pas de mélanger des ingrédients de luxe pour obtenir un plat d’exception.
Je pense continuer encore un peu mon aventure pour l’open world en lui-même qui reste magnifique, mais nul doute que la manette ne tardera pas à me tomber des mains, tant le jeu est dépendant de ses quêtes et que celles-ci sont insipides.