Dans l’échelle sociale de l’île, il y a les rats et les chiens et, juste en dessous, les prisonniers. Une épée mal aiguisée, une planche de bois pour bouclier, c’est avec un équipement rudimentaire que j’entreprends mon évasion. Frapper aux portes n’y changera rien, seul face à l'ennemi mes chances de survies sont minces mais ma foi est grande. Très vite tuer deviens instinctif, l’ambiance des lieux m’exalte, cette peur de croiser une mort soudaine et brutale à chaque embranchement transcende mes sens, sans barre d’endurance je virevolte allégrement sur les toits de la prison, bientôt plus rien ne pourra m’arrêter. Ah tiens le concierge demandons-lui si…


On recommence. Dans l’échelle sociale de l’île, il y a les rats et les chiens et, juste en dessous, les prisonniers. Cette fois ci plus de prudence, réfléchir avant d’agir, observer et appréhender peu à peu ce bestiaire bigarré et sournois. Des comportements ennemis variés et étudiés, frapper avant d’être frappé d’accord, mais c’est de la connaissance que provient la véritable maitrise. A force de schémas récupérés ici et là je commence à entrevoir l’étendue des possibilités. Malheureusement le constat est sans appel, cela va être BEAUCOUP DE BIEN TROP LONG pour tout débloquer (Qui a dit Farming ?). Tant pis, quitte à prendre son temps, autant chercher à découvrir ces petits secrets et easter eggs disséminés ici et là, ah tiens enfin un feu de camp, Git Gud ?! Et en plus ils se moquent de moi.


Et ça repart. Dans l’échelle sociale de l’île, il y a les rats et les chiens et, juste en dessous, les prisonniers. Une fois les runes de pouvoirs en poche, cette promesse de rogue-vania commence à prendre tout son sens. Pouvoir alterner l’enchainement des zones pour tromper l’inévitable répétitivité, une idée pertinente et efficace même si dans les faits chacun optimisera sa route selon ses préférences, et celles-ci passeront le moins possible par les égouts. A moins de se laisser porter par le mouvement, foncer vers la première porte ouverte et laisser la génération procédurale faire le reste. La beauté crépusculaire de la tour de l’horloge, l’aura cryptique du sanctuaire endormi, l’air frais et purulent du gué des brumes, l’atmosphère blafarde du sépulcre oublié, un panel d’ambiances fortes en personnalité pour une réussite esthétique globale indéniable. Et vous ai-je parlé de la salle de l’horloge ? J’ai vaincu, je vaincrais, j’ai été vaincu, je suis mort.


Encore une fois. Dans l’échelle sociale de l’île, il y a les rats et les chiens et, juste en dessous, les prisonniers. Toujours plus vite toujours plus loin, je reconnais sur mon chemin ce mob insolent qui avait osé ruiner ma run il y a quelques heures, tiens tu fais moins le malin coincé dans un piège à loup. Dans Dead Cells la vengeance est un plat qui se mange à toutes les sauces, pas un build foncièrement supérieur à un autre, seulement une multitude de façons d’exprimer votre sadisme. C’est par un équilibrage agréablement maitrisé que Motion Twin parvient à atténuer ce sentiment de malchance lié au loot aléatoire. Pas d’arme miracle, des armes de début de jeu tout à fait viable (Un tranche ligaments, ça tranche énormément) et la possibilité d’acheter et reforger de l’équipement en cours de run, tout est bien huilé. N’empêche pas pour autant d’être nostalgique de ce build légendaire perdu bêtement dans un moment de panique. Mais qui a remplacé le plancher par des piques ?


Cette fois ci, c’est la bonne. Dans l’échelle sociale de l’île, il y a les rats et les chiens et, juste en dessous, les prisonniers. L’évasion est une chimère pourtant quelque chose me pousse à continuer. Est-ce l’aliénation d’un joueur devenu masochiste ou la jouissance d’un gameplay viscéral ? Tantôt archer, tantôt bombardier, épéiste le jour, lanceur de sorts la nuit, vous l’aimez comment votre steak ? Glacé, saignant ou carbonisé ? Prisonnier devenu tortionnaire, se faufiler élégamment derrière l’adversaire pour mieux l’empaler ou balancer des pièges et réveiller le roublard qui sommeille en moi. Le boomerang de Link, les gants de Ryu Hayabusa, le bouclier d’Alucard, la sandale de Léonidas ou les éclairs de Palpatine, ces objets d’héros d’un autre monde m’habitent de la force d’une gloire passée. Pénétrant dans la salle du trône, la fin ne m’a jamais semblé aussi proche, tiens qui êtes-vous ? La main du roi ? Mais vous ne ressemblez pas à Tyrion…


On recommence. Dans l’échelle sociale de l’île, il y a les rats et les chiens et, juste en dessous, les prisonniers. Cette fois, c’est une affaire personnelle. Terminé la BO bien trop effacée du jeu, place à une playlist qui fleure et attise le sang. Mélancolique, je me remémore ces nombreuses morts parfois trop punitives qui m’ont permis de grandir. Désormais le concierge lave les traces laissées sur ma route et la gardienne du temps se conjugue au passé. Dans le château des cimes je m’arrête quelques instants devant le portrait de Solarius pour louer une dernière fois le soleil. Ce genre de petit rituel inutile qui pour moi fait la différence comme celui du choix de son régime alimentaire dans le menu (Quel autre jeu peut se targuer d’avoir un mode baguette ?). De retour dans la salle du trône, je ne ploierai pas le genou. Ce jour-là un guerrier est tombé, et pour une fois ce n’était pas moi. Le roi est mort, vive le roi.

LeMalin
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Le 27 août 2018

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LeMalin
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