Un remake essentiellement graphique est-il réellement nécessaire? Telle est la question qui ne cesse de se poser au fur et à mesure que cette pratique se banalise dans l'industrie mais l'exemple de Dead Space semble démontrer qu'il vaut mieux ne pas trop avoir le cul entre deux chaises en la matière; ce remake se veut en effet très fidèle à l'original mais ses quelques ajouts tendent à dénaturer l'expérience qu'il est censé sublimer : la viscéralité des affrontements est toujours présente mais l'économie de munitions est bien moins conséquente (le sacrifice des points de force ayant été remplacés par un système d'accréditations pas vraiment opportun), l'ambiance de l'Ishimura est toujours oppressante mais le remake surcharge tellement l'écran d'effets de lumières et de fumée qu'elle empiète sur la direction artistique originelle (un peu comme ces remakes des Zelda 3D foireux sous Unreal Engine qui pullulent sur Youtube), enfin le jeu s'efforce de conserver la philosophie Half Life "Show, Don't Tell" du titre originel mais ne peut s'empêcher de forcer la narration au détriment parfois de l'immersion du joueur :
le twist avec Nicole en devient ainsi encore plus prévisible que dans le titre de base et si Isaac ne parle heureusement pas tous les deux mètres, il fait parfois preuve d'un mutisme étonnant durant certaines situations quand il aurait été plus avisé de se taire dans d'autres.
Bref, il y a une certaine maladresse sous-jacente qui n'empiète heureusement pas trop sur l'excellence du titre originel, toujours vivace même en 2023, mais à côté de ses modifications pas toujours bienvenues, le jeu manque vraiment le coche de sublimer son aîné : les séquences spatiales sont bienvenues après la lourdeur du titre originel mais n'offrent guère plus de liberté d'exploration malgré le maniement emprunté à Dead Space 2 (oublions donc vos rêves de se balader dans l'espace autour de l'Ishimura comme le permettait pourtant déjà le décrié Dead Space 3) et le Level Design prétendument interconnecté s'avère une vaste blague : les temps de chargement ont été remplacés par les transports en tramway, heureusement moins longs que les ascenseurs de Mass Effect 1, mais la structure du vaisseau n'a pas du tout été remodelée en conséquence, donnant toujours l'impression d'un lieu franchement segmenté en niveaux. Bref, j'étais content de redécouvrir Dead Space avec un certain éclat (les sensations de la manette PS5 font à nouveau merveilles) mais si j'avais découvert le titre originel à sa sortie en 2008, j'aurais sans doute été plus enclin à apprécier cette redécouverte; là, trois ans après je conserve honnêtement de meilleurs souvenirs du titre originel que je vous recommanderais davantage. Il est évident que Visceral Games n'aurait sans doute pas opté pour une telle voie de facilité mais vu la connerie d'EA de changer d'avis comme de chemise selon l'actualité du jeu vidéo (ou de pisser dans le sens du vent même quand il change de direction), le mal est déjà fait. Espérons que ce remake un peu tiède permette néanmoins un retour de la franchise au premier plan, d'autant que les deux volets ultérieurs gagneraient davantage à bénéficier d'une nouvelle jeunesse et d'une vraie restructuration cette fois, si c'était pas trop demander.