C'est ma quatrième critique d'un jeu From Software, et c'est pénible : à chaque fois, je dois trouver de nouveaux mots pour dire la même chose : c'est extraordinaire, prenant, je n'ai pas dormi, le jeu m'a happé... Je ne m'étale pas, vous connaissez le propos. Le cas est toutefois un peu différent cette fois, car Demon's Souls est le précurseur, celui par lequel cette vague qui a boulversé le game-design des années 2010 a commencé. Et il ya déjà tout : une richesse de build incroyable, une ambiance fantastique, une intrigue cryptique, une difficulté qui pousse à se surpasser et un level design diabolique à base de raccourcis salvateurs. Certes, il a aussi quelques défauts de jeunesse comme un équilibrage perfectible (la magie est beaucoup trop forte), un monde moins étendu, plus dirigiste, et des boss moins élaborés que dans ses successeurs.
Mais c'est vraiment bien peu par rapport à ce qu'il vous donnera, par rapport à ce que les génies de From Software ont... Attendez, j'oublie quelque chose. Ce Demon's Souls version 2020 a tout le génie d'un jeu From Software, et pourtant From Software n'en a pas écrit une ligne (ils ne sont même pas dans l'écran titre). Il a immédiatement été adopté par la communauté des adorateurs des souls, et pourtant c'est un jeu américain. C'est tout le paradoxe d'un remake réussi : son véritable auteur, BluePoint, après avoir totalement transcendé visuellement le jeu et ajouté des options de confort largement appréciables, s'éclipse sur la pointe des pieds pour nous laisser contempler intacte l'éclatante réussite d'un jeu vieux de 11 ans. Ce serait pourtant totalement ingrat de ne pas souligner ce travail de re-création absolument admirable qui ne change rien tout en sublimant absolument tout : la bande son, désormais symphonique, la réalisation next gen 4k 60fps éblouissante, la réactivité et l'ergonomie des menus, les temps de chargements devenus inexistants. Et pourtant, le souls-addict est dans des pantoufles et retrouve ses marques instantanément, comme si le jeu était de From Software, comme si Bluepoint n'avait jamais été là. C'est la marque des grands, d'un coté comme de l'autre.