C’est dans la peau marquée par l’alcoolisme d’un personnage amnésique que le jeu débute, un individu aussi dévasté que la chambre dans laquelle il se réveille. Une désolation qui s’étend aux habitants, bâtiments et rues qui constituent le quartier que nous allons parcourir. Rapidement, nous apprenons au cours d’un premier dialogue brumeux que le personnage est un flic ayant pour mission de trouver les coupables d’un lynchage mortel.
L’enquête nous plonge dans un contexte hanté par un passé où une révolution communiste fut battue dans le sang, un présent marqué par une grève opposant conglomérat libéral et syndicat opportuniste, un futur qui lui n’annonce rien de positif.
Derrière ces conflits et personnages imaginaires, le jeu est un constat du pays dans lequel il est développé, l’Estonie, mais aussi des échecs des révoltes, des régimes communistes, ainsi que des conséquences de cette histoire avec l’amer triomphe du capitalisme. Disco Elysium se déroule dans le quartier de Martinaise, qui, par bien des aspects, ressemble à une version fictive de la tragique Commune de Paris de 1871, victime d’une sanglante répression. Une révolte devenue symbole de l’occasion manquée, du rêve brisé. Pourtant, le présent du jeu, tout comme le nôtre, est hanté par le spectre de la révolte sociale.
Notre enquête nous amène à rencontrer la réminiscence la plus vive de ce spectre, un vieux communard ayant opté pour la clandestinité afin de mieux continuer le combat. Il a assassiné le milicien fasciste à la botte d’une corporation dans l’objectif de faire renaître le fantôme communiste. Un meurtre devenu occasion politique et stratégique pour le syndicat qui décide de maquiller cela en lynchage.
Le jeu s’arrête ici, il ne nous dit pas si le spectre s’est finalement matérialisé, c’est l’expérience que l’on a vécue avec le personnage qui dresse une piste de réflexion. Notre personnage, et donc nous, sommes imprégnés par l’atmosphère politique, qui, elle, peut nous faire basculer dans plusieurs blocs politiques et, donc, donner une vision différente sur cette fin.
Disco Elysium propose donc de nous confronter à des idéaux politiques dans toutes leurs complexités et horreurs à travers l’expérimentation vidéoludique, devenant une pierre à l’édifice/individu politique que nous sommes.