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le 30 juin 2023
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Dordogne, c'est l'histoire d'une jeune femme qui à l'occasion de la mort de sa grand-mère retourne dans la maison de celle-ci, pour y redécouvrir les souvenirs d'un été oublié de son enfance.En...
Jeu de Cédric Babouche, Un je-ne-sais-quoi, Umanimation, Supernaive et Focus Entertainment (2023 · Nintendo Switch)
Il y a des jeux qui attirent immédiatement, presque sans effort, juste par leur direction artistique. Sans même avoir besoin d’en voir beaucoup, on sent qu’il se dégage quelque chose de spécial, une identité, une promesse d’ambiance. Dordogne fait clairement partie de ces titres-là : dès les premières images, on comprend que l’on ne va pas lancer ce jeu par hasard, mais parce qu’on a envie de se laisser porter. C’est comme ça que j’ai mis la main sur une version Nintendo Switch, à laquelle j’ai joué sur ma Nintendo Switch 2, et autant le dire tout de suite : j’ai rarement eu une sensation aussi agréable de “voyage” dans un jeu indépendant, même si tout n’est pas parfait côté gameplay.
Dordogne est un jeu vidéo d’aventure narratif développé par les studios français Un Je Ne Sais Quoi et Umanimation, et publié par Focus Entertainment. Il est sorti le 13 juin 2023 sur Microsoft Windows, Nintendo Switch, PlayStation 4, PlayStation 5, Xbox One et Xbox Series X|S, puis a eu droit à une version iOS publiée entre janvier et mars 2025. On suit Mimi, une femme de 32 ans, qui revient en Dordogne après la mort de sa grand-mère. Ce retour n’est pas qu’un simple déplacement géographique : c’est un retour à l’enfance, aux souvenirs, aux émotions enfouies, à ce qui reste quand une personne disparaît et que l’on se retrouve seul face à une maison, des objets, des odeurs, et une histoire familiale qui n’a pas tout dit. Mimi explore donc les lieux, mais surtout sa mémoire, à travers une progression faite de puzzles, de mini-jeux et de collecte d’objets, pour reconstituer petit à petit un journal intime qui sert autant de fil conducteur que de cœur émotionnel.
Ce qui frappe en premier, et ce qui restera probablement le plus longtemps en tête, c’est l’esthétique. Dordogne a ce style “peint à la main” qui évoque l’aquarelle, avec des couleurs douces, une lumière d’été, une impression presque tactile de vacances. Tout est contemplatif, calme, délicat, comme si le jeu avait envie qu’on ralentisse. La Dordogne n’est pas seulement un décor : c’est une sensation. Le genre de jeu où l’on prend le temps de regarder un chemin, une pièce, un objet sur une table, parce que tout semble avoir été dessiné pour provoquer une émotion simple, souvent nostalgique, parfois un peu mélancolique. Et l’habillage sonore accompagne très bien cette intention : on sent un vrai soin, une volonté de faire vivre le lieu autant par ce qu’on voit que par ce qu’on entend.
À sa sortie, Dordogne a d’ailleurs été globalement très bien accueilli par les joueurs, et il a été salué pour sa direction artistique unique et son ton narratif touchant. En revanche, certains retours ont aussi pointé du doigt des mécaniques de jeu assez simples, ainsi que des performances variables selon les plateformes, notamment sur Nintendo Switch. Et c’est vrai que, manette en main, il faut être honnête : Dordogne n’est pas un jeu qui cherche à impressionner par la profondeur de son gameplay. On est sur quelque chose qu’on pourrait appeler un “minimum de jeu vidéo”, ou pour le dire autrement, un point & click très simplifié. On déplace Mimi, on utilise un curseur pour interagir avec des objets, déclencher des actions, avancer dans la narration. Ce n’est pas compliqué, ce n’est pas exigeant, et parfois… oui, on peut s’ennuyer. Ça arrive. Il y a des moments où l’on sent que l’interactivité est là surtout pour nous faire participer un minimum, plutôt que pour proposer un vrai défi ou une grande variété de situations.
Mais en même temps, est-ce que c’est vraiment pour ça qu’on lance Dordogne ? Je ne crois pas. Il n’y a pas d’erreur sur la marchandise : le jeu annonce clairement la couleur. Ce n’est pas un titre à gameplay profond, c’est un jeu d’ambiance, contemplatif et narratif, qui veut toucher nos yeux et notre cœur. Et sur ce point, il réussit. C’est un jeu qui mise sur l’émotion, sur le souvenir, sur les petits détails du quotidien qui reviennent d’un coup et qui font quelque chose, même quand on ne s’y attendait pas.
Ce que j’ai particulièrement aimé, et que je tiens à saluer, c’est le travail sur les langues. Dordogne propose évidemment le français, avec les voix et les sous-titres, mais il propose aussi l’occitan, et ça, c’est franchement génial. Pour ma part, j’ai fait le jeu avec les voix en occitan et les sous-titres en français, et c’était un vrai régal. Déjà parce que ça renforce énormément l’ancrage régional, mais aussi parce que c’est une langue qu’on entend rarement dans un jeu vidéo, encore moins mise en avant comme ça. Et en l’écoutant, j’ai été surpris de constater à quel point elle a des sonorités et des ressemblances qui peuvent rappeler d’autres langues romanes : il y a des mots qui font tilt, où l’on se dit “tiens, ça ressemble un peu au portugais”, ou à l’espagnol, ou à quelque chose de familier sans être exactement identifiable. L’occitan, justement, est une langue romane parlée traditionnellement dans le sud de la France, dans cette grande zone qu’on appelle l’Occitanie historique, des Pyrénées aux Alpes, du Massif central jusqu’à la Méditerranée. On la retrouve aussi dans certaines vallées italiennes, et même en Espagne, dans le Val d’Aran où elle est reconnue officiellement. Elle existe en plusieurs variétés (gascon, languedocien, provençal, limousin, auvergnat, vivaro-alpin), et elle porte une histoire culturelle riche, notamment celle des troubadours. Aujourd’hui, elle est moins parlée qu’avant, mais elle continue d’exister, d’être transmise, enseignée, et d’incarner un patrimoine vivant. Et entendre cette langue dans Dordogne, ça donne au jeu une chaleur et une sincérité supplémentaires, comme si on n’était pas seulement dans un décor “inspiré du sud”, mais vraiment dans un endroit qui a une voix.
En revanche, j’ai quand même un regret : le jeu n’est pas entièrement doublé dans ses dialogues. On a la voix de la narratrice, ce qui fonctionne bien pour le ton global, mais j’aurais adoré que tout soit doublé, surtout avec une option occitane complète. Je comprends très bien que ça aurait fait exploser le budget, mais ça aurait été parfaitement cohérent avec l’ambition narrative et l’identité du jeu. Malgré tout, l’écriture et la mise en scène font le travail, et on se laisse porter.
Autre point que j’adore : Dordogne se déroule au début des années 2000, en 2002, et ça se sent. Pas besoin d’un gros panneau “nostalgie” clignotant : ce sont les objets, les détails, l’ambiance du quotidien qui nous ramènent à cette époque. Le téléphone de Mimi fait immédiatement penser aux Nokia d’alors, on retrouve la bonne vieille télé, le lecteur cassette… et tout ce qui, à lui seul, peut réveiller un souvenir. Si vous avez connu la Dordogne en étant jeune à cette période, j’imagine que le jeu doit être un véritable trip nostalgique, encore plus puissant, presque intime. Et même si ce n’est pas votre cas, il y a quand même ce sentiment universel de “vacances d’enfance”, celui où les journées semblaient à la fois interminables et trop courtes, où on passait son temps dehors, où chaque coin de nature pouvait devenir une aventure.
Dans le jeu, Mimi explore la maison de sa grand-mère, puis ses alentours, et elle découvre des petits secrets laissés derrière elle, comme des traces volontairement déposées pour être retrouvées. Mimi, au départ, a peu de souvenirs clairs, mais petit à petit, tout revient, et ça se reconstruit comme un puzzle. Et Dordogne est clairement un jeu qui peut vous toucher différemment selon votre propre contexte familial. Si vous venez de perdre un proche, si vous avez une relation forte avec vos grands-parents, ou si certains thèmes résonnent avec votre histoire, alors l’expérience peut devenir bien plus intense. Il y a une sensibilité dans la façon dont le jeu parle du deuil, du lien intergénérationnel, des choses qu’on n’a pas dites, et de tout ce qu’un lieu peut contenir comme mémoire.
Le jeu alterne aussi entre le présent de Mimi adulte et ses souvenirs d’enfant, ce qui permet de revivre des scènes d’enfance, d’explorer avec un regard différent, et de comprendre progressivement ce qui a marqué Mimi. En plus de l’histoire principale, on peut récupérer des petits stickers et des objets éparpillés ici et là : un bouton, une barrette, et d’autres souvenirs du quotidien. Ce sont des détails simples, mais ils participent à cette idée qu’on reconstruit quelque chose morceau par morceau. On a également quelques choix à faire, rien de très déterminant, mais j’aime beaucoup la manière dont ils sont présentés, avec des mots qui apparaissent et s’intègrent directement dans le décor, comme si les pensées de Mimi prenaient forme dans le monde.
Dordogne n’est pas très long : comptez moins de cinq heures. Certains trouveront ça court par rapport au prix, qui varie selon les plateformes, mais honnêtement, autour d’une petite dizaine d’euros, ça reste très honorable. Ce n’est pas un jeu qui mise sur la rejouabilité, mais c’est un jeu dont on se souvient. Parce qu’il est relativement unique. Et surtout, c’est typiquement le genre de titre qu’on peut recommander à des gens qui ne jouent pas forcément aux jeux vidéo, un peu comme ces expériences narratives qu’on peut partager facilement, même avec quelqu’un qui n’a pas l’habitude de tenir une manette.
Le jeu est divisé en plusieurs chapitres, et j’ai beaucoup apprécié l’intégration naturelle de la carte et du journal de bord : tout fait partie de l’expérience, sans casser le rythme. Et une fois un chapitre terminé, on peut le rejouer depuis le menu principal, ce qui est pratique si on veut revoir un passage ou récupérer quelque chose qu’on a raté. Le carnet de vacances, justement, est l’un des éléments les plus réussis : on y retrouve nos objectifs, mais on peut aussi créer des pages, les décorer avec nos photos, nos mots, et les stickers récupérés. Du coup, on ne fait pas que regarder les souvenirs de Mimi : on participe à la manière dont elle les assemble, dont elle décide de ce qui compte, de ce qui mérite d’être gardé. Et ce carnet n’est pas n’importe lequel : c’est aussi un carnet que Nora, la grand-mère, utilisait pour communiquer avec son défunt mari. Il y a donc un symbolisme très fort, une charge émotionnelle particulière, parce qu’on reprend un objet déjà rempli d’histoire et de douleur, et qu’on le fait vivre à nouveau.
Même les objectifs du jeu renforcent cette philosophie. On est loin des listes de quêtes habituelles où il faut tuer un monstre, nettoyer une zone ou accomplir une mission spectaculaire. Ici, parfois, l’objectif c’est juste s’habiller, aller prendre le petit déjeuner, prendre une photo précise. Et c’est justement ça qui rend le tout relaxant, contemplatif, presque apaisant. Parfois c’est triste, parfois ça fait sourire, parfois ça serre un peu le cœur, mais c’est toujours sincère. On rencontre aussi un petit garçon mystérieux qui nous entraîne dans une aventure d’enfant, autour de la nature et des explorations du quotidien, et je préfère ne pas trop en dire, parce que c’est le genre de chose qui se découvre mieux sans spoiler. Petit à petit, on débloque aussi de nouveaux lieux : le village et son marché, une zone au bord de l’eau, un pique-nique… des instants simples, mais qui donnent au jeu ce goût d’été.
Au final, Dordogne est un jeu profondément personnel, et c’est sûrement ce qui fait sa force. Il ne cherche pas à être spectaculaire, il ne cherche pas à être complexe, il cherche à être juste. Il propose une expérience courte, belle, douce, parfois un peu lente, mais touchante, et portée par une direction artistique absolument magnifique, une ambiance sonore réussie, et une vraie identité culturelle, notamment grâce à l’occitan. Oui, on peut parfois se dire que niveau gameplay “il ne se passe pas grand-chose”, mais c’est justement parce que le jeu n’est pas là pour nous mettre à l’épreuve : il est là pour nous faire ressentir. Et quand on accepte ça, quand on se laisse porter, Dordogne devient une parenthèse vidéoludique rare, le genre de titre qu’on termine avec une petite émotion en plus, et l’impression d’avoir replongé, le temps de quelques heures, dans un souvenir d’enfance qu’on croyait oublié.
Créée
le 6 févr. 2026
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