Dragon Age II
5.6
Dragon Age II

Jeu de BioWare et Electronic Arts (2011 · PC)

Dragon 2 est un miracle autant qu'un accident industriel. C'est un jeu qui n'a aucune raison d'être aussi décent, compte tenu de ses horribles conditions de développement, et c'est un miracle que l'équipe de dev ait pu sortir un produit cohérent, en seulement 15 mois (contre 6 ans de dev, pour le premier opus), avec des contraintes éditoriales totalement débiles (faire un jeu d'action, tout en gardant l'ADN du premier..? GLHF).


À sa sortie, Dragon Age 2 fut honni et conspué par une plèbe furieuse, tandis que la presse l'a reçu avec une bienveillance suspecte. Ce déphasage est évident sur Metacritic (8/10 contre 5/10) et m'a poussé à l'éviter. J'avais aimé Dragon Age Origins pour son écriture et ses combats tactiques, et ce que j'ai vu de DA2 me semblait être une régression à tous les niveaux.

Je peux désormais confirmer que c'est le cas, et m'interroger d'autant plus sur les notes absurdes qu'il a reçues par les professionnels.


■ DA2 était moche à sa sortie et les années ne lui ont pas fait de cadeaux. En 2011, le jeu avait déjà l'air daté et m'évoquait plus un AA qu'un blockbuster BioWare, avec ses décors étriqués, des personnages assez laids et un rendu stylisé en guise de cache-misère pour une technique étonnamment à la rue, même comparé au premier volet (dont le chara-design était déjà hideux, mais qui avait le mérite d'avoir de grosses textures et pas mal de géométrie à l'écran)


■ On a toujours 3 classes, ce qui n'est pas bien folichon, mais adieu le choix de race et de milieu social. Vous êtes désormais humain et le jeu décide de vos origines. L'aspect "Origins" du premier Dragon Age m'a toujours semblé un peu surcoté, car ça n'affecte en réalité que la première heure de jeu, mais c'était tout de même un des piliers du marketing à sa sortie.


■ Les combats sont plus rapides, avec des animations plus nerveuses (et globalement assez ratées), mais la gestion de l'aggro est plus bordélique et beaucoup moins tactique que dans le premier. Le jeu est fait pour être joué comme un beat'em up, avec caméra à l'épaule, en laissant l'IA gérer les compagnons, alors que DAO était un enfant illégitime de Baldur's Gate. La suppression de la caméra aérienne en dit long, et les rares combats dans lesquels j'en ai eu besoin montrent rapidement les limites de cette 'évolution' du gameplay. Le simple fait de cliquer sur un ennemi est devenu pénible, avec des bugs et des imprécisions, 15 ans après la sortie du jeu.

Comme dans DAO, il y a BEAUCOUP trop de combats, et ça contribue à mettre en évidence les limites d'un système simpliste dont on a vite fait le tour. Que vous soyez en ville ou sur des chemins de terre, il y a des ennemis partout. La moitié du temps, je ne sais même pas qui m'attaque : juste des hordes de NPC anonymes qui se jettent sur mes lames, sans avertissement, justification, ni même une ligne de dialogue. C'est épuisant.


■ La bonne nouvelle, c'est qu'on aura pas à se taper une énième histoire de fin du monde imminente, dans le rôle de l'élu d'une prophétie millénaire. La mauvaise nouvelle, c'est que le scénario ne décolle jamais, et ne va nulle part. Au gré de quelques ellipses, on passe d'une crise à une autre, dans la cité de Kirkwall, et chacun des trois actes ressemble plus à une grosse quête secondaire qu'à une vraie campagne, y compris en termes de mise en scène.


■ L'autre bonne nouvelle, c'est qu'au lieu de passer 80h à courir dans les zones trop grandes d'un univers de fantasy générique, l'action se resserre autour d'une seule ville. Étant fan de petits open-worlds dans la veine de Yakuza, Deus Ex ou Bloodlines, l'idée me plaisait beaucoup. En pratique, malgré ce scope étriqué, le temps de développement du jeu était si ridiculement court, et son budget si serré, que l'équipe a dupliqué des zones jusqu'à la nausée.

On passe donc 40 heures à gambader dans les mêmes 5-6 zones urbaines, mais aussi dans les mêmes 5-6 donjons, toujours agencés exactement de la même manière. La lassitude est inévitable. Même chose pour les quelques scènes en extérieur qui se passent TOUTES dans les deux mêmes petits coins de verdure. Ça fait vraiment de la peine.


■ La gestion d'inventaire, de compétences et d'équipement est réduite à sa plus simple expression. On a vraiment l'impression qu'EA a confié à BioWare un cahier des charges du petit RPG, et que dans le temps et les moyens impartis, chaque élément a été intégré en mode 'minimum syndical'. C'est comme si DA2 faisait semblant d'être un RPG et imitait les grandes lignes du genre, sans vraiment pouvoir en être un.


o o o


Malgré tout, il y a du bon dans cette cuvée 2011, et je n'ai pas passé un mauvais moment sur le jeu, au point que j'ai trouvé la motivation de le terminer. Malgré son absence de trame principale, les petites histoires qu'il raconte sont parfois intéressantes, et laissent parfois au joueur la possibilité de s'exprimer par des choix, dont certains m'ont mis en difficulté. La guerre entre mages et inquisiteurs, par exemple, offre son lot de dilemmes moraux intéressants, car les deux factions sont peuplées de fieffés connards et il n'y a clairement aucun bon choix, ni même un moindre mal.


Mais la véritable attraction de Dragon Age 2, et ce qui le rendrait presque recommandable (avec un gros "presque"), c'est son équipe de compagnons : bien écrits, bien doublés, variés et attachants, j'ai suivi leurs histoires avec plaisir, écouté leurs nombreuses joutes verbales, papotages et engueulades pendant nos aventures, et c'est un plaisir de les voir évoluer, pas seulement avec vous, mais aussi dans leurs relations interpersonnelles. Cette dynamique de groupe est déjà ce qui faisait le charme des premiers Baldur, et ce qui m'avait cruellement manqué dans Original Sins 2. C'est aussi ce qui sauvait Andromeda, à mes yeux, et je suis content de voir que même dans les pires conditions de développement, BioWare a quand même réussi cet aspect de leur jeu.


Compte tenu de son budget et de ses ambitions, DA2 aurait pu être vendu comme un petit spin off, à moitié prix. C'eut été l'occasion de couper 15h de combats inutiles et d'en faire un petit détour sympa en attendant une suite digne de ce nom. Je suis certain que le jeu aurait alors été reçu avec bien plus de clémence. En l'état, c'est un épisode hautement dispensable, qui ne mérite certainement pas toute la merde dont on l'a arrosé, mais qui fait pâle figure comparé à son prédécesseur.

Ezhaac
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le 5 mai 2026

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