Magnum opus de Squaresoft, en l'an de grâce 1994

FINAL FANTASY VI



1) Histoire et narration


Si l’histoire de FF6 n’est pas la plus complexe et la plus élaborée qui soit dans le monde du jeu vidéo, elle a le mérite d’être narrée différemment des opus précédents, avec un accent mis sur le grotesque, le comique de situation et de répétition. On pense bien évidemment au personnage d’Ultros, qui revient sans cesse nous mettre des bâtons dans les roues durant des combats plus amusants que corsés, ou encore aux répliques cultes de Kefka (la traduction américaine y joue pour beaucoup).


Une impression de théâtralité se dégage de ce jeu, et le quatrième mur est parfois brisé.

FF6 adopte et multiplie les scènes qui prêtent à sourire, décomplexifiant sa narration et sa structure (Processus que j’ai pu observer dans Final Fantasy 5 et qui n’était qu’à ses balbutiements).

Cette dernière se fragmente notamment avec la constitution de plusieurs groupes de personnages que l’on est amenés à contrôler à plusieurs reprises durant notre histoire.

Une idée qui sera maintenue durant certains donjons, jusqu’à la tour de Kefka, pour créer une progression nouvelle par le gameplay.


Malgré ce ton jovial, FF6 arrive à trouver un équilibre pour ne pas être que comédie.

La base du récit, commune aux autres volets de la saga, est là : Un groupe, plus ou moins uni selon les individus et les moments du récit, se forme et résiste à l’expansion d’un empire aux intérêts obscures et néfastes jusqu’à le faire tomber.

Ce cadre, maîtrisé depuis par les équipes de Square, leur permet de développer des personnages aux destins dramatiques, englués dans un monde en perdition.

Et si cela était déjà le cas précédemment, c’est bien FF6 qui le réalise le mieux.

Ou du moins, qui rend le tout plus humain.


La quête de sens de Terra après avoir été manipulée et réduite en esclavage ; les remords de Locke pour sa défunte bien aimée Rachel, ainsi que son sentiment de surprotection grandissant pour Terra et Celes ; le courage de Cyan après que l’empire lui ait tout pris ; Les deux frères Edgar et Sabin, chacun cherchant son rôle en tant que résistant du royaume de Figaro ; et d’autres encore…


Les personnages sont plus développés qu’auparavant, on entrevoit leur intériorité, les failles et les doutes, leurs tourments, et cette force commune dans la lutte et l’affirmation de leur vitalité face à l’empereur Gestahl, puis face au nihilisme empoisonné et ravageur de Kefka.


2) Gameplay


Côté gameplay, FF6 abandonne le système de job, que FF5 avait repris de FF3 tout en le sublimant.

L’idée est au contraire de renouer avec les classes uniques, propres à chaque personnage, leur permettant de s’équiper d’armes spécifiques et d’avoir une commande qui leur est propre durant le combat :


Locke le voleur peut s’équiper de dagues et de boomerangs, et utilise l’aptitude « voler » pour dérober un butin aux ennemis ; Shadow le ninja peut s’équiper de Katana, et peut faire de lourds dégâts grâce à son aptitude « Lancer » qui envoie des shuriken ou d’autres armes de jet sur les ennemis ; etc...


Les reliques viennent s’ajouter à l’équipement de nos personnages sous forme d’accessoires octroyant divers bonus (Augmentation d’une statistique, changement d’une commande (« voler », par exemple, en « capturer », ou « attaquer » en « saut », etc.), ajout d’un effet hors combat (Sprinter, réduire le taux d’apparition des combats aléatoires).


Mais la grande nouveauté de cet opus est la présence des espers, créatures d’un autre monde et liées intimement à l’histoire de Terra, qui s’intègrent au gameplay grâce à l’apprentissage des sorts et à leurs invocations en combat.

En effet, bien que certains personnages connaîtront déjà quelques magies quand ils arriveront dans votre équipe, il vous faudra lier les espers afin d’apprendre une multitude de sorts pouvant être utiles, voire essentiels à votre progression.


L’esper Ramuh, par exemple, vous permettra d’apprendre assez tôt dans le jeu la magie Foudre ; et l’esper Kirin soin et soin 2.

Cet apprentissage se fait en gagnant des points de magie durant les combats.

A noter également que certains espers se partagent l’apprentissage d’un même sort, mais pas avec la même rapidité.

Siren vous apprendra le sort Feu avec une rapidité de x6, alors qu’avec Ifrit ce sera du x10.


Certains espers vous apportent aussi un gain de statistiques lors de vos montées de niveau s’ils sont liés à l’un de vos personnages au combat ! (Ramuh augmente la stat d’endurance de 1, Phantom celle des points de magie de +10%, etc...)


De plus, les invocations en tant que telles étant absentes de ce Final Fantasy là, ce sont les espers qui vous apporteront leur aide en combat.

On ne peut se servir d’eux qu’une seule fois par combat afin de profiter de leurs effets (Une fois invoquée, Shiva lance une attaque magique de glace sur tous les ennemis, alors que Carbuncle protège toute votre équipe en réfléchissant certaines attaques magiques adverses grâce au sort Boomerang).


3) Musique


Je ne vais pas m’aventurer à analyser en profondeur la bande son de Final Fantasy 6, même si elle le mériterait, mais je tiens à souligner l’excellent travail de Nobuo Uematsu et de son équipe.


Les thèmes des personnages sont une grande réussite, au point où je me demande si un autre jeu peut proposer un tel rapport qualité/quantité pour son casting de héros. Pour mettre en avant des personnages un peu plus dans l’ombre de Terra, Celes ou encore Cyan, je peux citer le très bon thème de Strago, celui de Relm - teinté d’une légère mélancolie et d’un élan enfantin qui sied bien au personnage - , ou celui de Setzer, marquant l’envol à bord de son dirigeable vers de nouveaux horizons.


Les lieux et les événements du jeu ont tous une ost travaillée qui épouse à merveille le moment (Scène culte de l’opéra, le Veldt, l’empire de Gestahl, le monde des espers, etc.).


L’équipe s’est globalement surpassée sur cet opus, et le résultat demeure à ce jour très agréable à écouter.



BILAN:


La volonté de changer à chaque nouveau jeu la structure des Final Fantasy pour mettre en place de nouvelles idées est – à mon goût – la bienvenue, et FF6 représente un point culminant de cette démarche.

Le jeu brille par beaucoup d’aspects, et même si l’on peut toujours lui reprocher d’avoir une trop grande fréquence de rencontres aléatoires (rendues encore plus pénibles si comme moi vous y jouez sur PS1, avec un lenteur présente à chaque combat) ou d’avoir un donjon final exploitant la mécanique du switch entre 3 équipes de personnages (ce qui peut décourager les joueurs n’ayant utilisé que les 4 mêmes personnages de venir à bout de leur aventure), il reste que Final Fantasy 6 est un condensé des bonnes idées des opus précédents qui ont maturé pour donner naissance à l’un des meilleurs jeux de la Super Nes et du médium.

Elie-01
8
Écrit par

Créée

le 22 oct. 2025

Critique lue 5 fois

Final Fantasy VI

Final Fantasy VI

10

Red13

le 17 mars 2013

Suivre

L'essence et la transcendance de l'époque 16-Bits

C'était à l'été 1997. Je découvrais alors, sur ma Super Nintendo et grâce à l'adaptateur pour jeux en import, Final Fantasy VI, sorti trois ans plus tôt, en 1994, et une règle mathématique nouvelle :...

Final Fantasy VI

Final Fantasy VI

8

damon8671

le 5 mars 2014

Suivre

Un très grand jeu que je suis fier d'avoir fait même si j'en attendais un peu plus côté scénario

Fait avec pas moins de 20 années de retard, ayant cru comprendre qu'avoir fait les FF modernes sans avoir fait les mythiques FF 16 et 32 bits c'était pas très sérieux pour quelqu'un réclamant...

Final Fantasy VI

Final Fantasy VI

5

Zali_L_Falcam

le 14 déc. 2010

Suivre

Critique de Final Fantasy VI par Zali_L_Falcam

L'esbroufe a toujours marché avec les fans de Square. Et ça marchera toujours. Enlève la scène de l'Opéra, et il reste un RPG moyen, aux personnages sympas mais pas non plus à s'taper le cul par...

Serial Experiments Lain

Serial Experiments Lain

8

Elie-01

le 22 déc. 2024

Suivre

Mauvais présage

Lain est une expérience particulière. On nous plonge d’emblée dans un univers vacillant entre le réel et le monde connecté du Wired à travers le personnage de Lain Iwakura, jeune lycéenne taciturne...

Atala - René

Atala - René

8

Elie-01

le 13 sept. 2024

Suivre

Critique de Atala - René par Elie-01

Pionnier du courant romantique à la française, Chateaubriand nous fait voyager grâce à son Atala et René, nous exprime la grandeur des vertus de la foi chrétienne, et le sentiment de perte de...

L'Œuf de l'ange

L'Œuf de l'ange

9

Elie-01

le 23 déc. 2025

Suivre

Chef-d'œuvre sensoriel

Quelle joie de pouvoir redécouvrir ce film dans de bonnes conditions, au cinéma, des années après l'avoir visionné en 360p sur internet ! On ne pouvait s'imaginer qu'une telle œuvre puisse être...