Avant de jouer (dans deux ou trois ans) au remake de Final Fantasy VII, je me disais que ça serait plus intéressant de jouer d'abord au jeu d'origine. Toujours dans mon approche de jouer à un FF par an, après le 6, le 8, le 9 et le 16 les années précédentes, voilà qu'est venu le temps de jouer à l'épisode le plus connu et adoré de la série.
La première chose notable quand on lance le jeu est sans doute les graphismes. On passe de l'approche 2D à de la 3D avec ces personnages moches tout carrés. En soi, une fois dans le jeu, ça n'a qu'assez peu d'importance, on passe rapidement outre ce design à la Lego. Par contre, ce qui m'a plus embêté sur l'aspect visuel, c'est le manque de clarté dans certains tableaux où il n'est pas toujours très évident de savoir où on peut/doit aller. Pendant les combats, il arrive également que l'icône qui indique quel personnage est sélectionné soit un peu brouillon. Il m'est arrivé à quelques reprises de soigner le mauvais personnage parce que l'angle de la caméra faisait que l'icône se superposait sur deux personnages à la fois. Je suppose que c'est pour ça que dans d'autres épisodes, ils ont ajouté une flèche dans le menu pour clarifier quel personnage est ciblé.
Le point le plus notable du jeu, et ce qui a fait sa renommée, c'est sans doute son histoire et ses personnages. La construction du scénario m'a pourtant semblé un peu bancale dans le sens où le début du jeu à Midgard est très porté sur l'histoire, il y a beaucoup d'événements qui ont lieu, puis une fois que le joueur sort de Midgard, on entre dans une espèce de poursuite pour retrouver Sephiroth, sauf qu'il ne se passe plus grand-chose. Hormis tout le passage à Nibelheim et quelques autres exceptions pour explorer des sous intrigues, on passe plusieurs heures à aller de villages en villages en espérant rattraper Sephiroth, mais sans jamais y arriver. La carte du monde agit comme une dilution de l'intrigue, ce qui est problématique parce que j'ai personnellement trouvé que l'histoire tirait en longueur et qu'elle aurait gagné à se rapprocher des 30 heures plutôt que d'atteindre presque les 40 heures. Il y a des zones, comme Costa del Sol, où je ne m'y suis arrêté qu'une seule fois. De toute ma partie, je crois que je n'y suis jamais retourné, ce qui me fait penser que ce n'était pas forcément une étape particulièrement importante à conserver dans le jeu.
L'autre problème, qui est commun aux jeux de l'époque, c'est la faible qualité des dialogues et de la mise en scène. Il y a une espèce d'ambiance un peu cartoon, un manque de sérieux qu'on retrouve régulièrement et qui vient casser l'atmosphère qui se veut pourtant parfois dramatique. Dans la même veine, les personnages sont souvent un peu clichés (comme les méchants qui passent leur temps à rire comme des méchants en mode "Ahahah je suis méchant"). Ça aboutit à des scènes et à des tensions qui ne fonctionnent pas, alors que ça devrait participer à l'équilibre entre les méchants et les gentils. Je sais bien qu'il y a des limites techniques (qui viennent parfois ruiner des scènes dramatiques, comme celle avec Aeris et Sephiroth), mais pour ce qui est des dialogues et du traitement des personnages, il n'y avait pas vraiment de raison de tendre vers la bouffonnerie à certains moments.
Et de façon général, c'est comme si tout était facile, tout s'emboîte bien. Les personnages veulent faire quelque chose, quelle chance, une opportunité vient tout juste d'apparaître pour mener à bien leur projet. De nos jours, on parle souvent des plot armors; dans ce jeu, c'est un peu pareil du point de vue de l'histoire, comme s'il y avait une facilité de la progression de l'intrigue avec des coïncidences avantageuses toutes les cinq minutes. Par exemple au début du jeu, quand Cloud tombe du réacteur et vient s'écraser dans l'église, de tous les habitants de la ville, sur qui il tombe ? Aeris, la fille qui va jouer un rôle central dans la sauvegarde du monde, quelle chance. Et tout est un peu comme ça.
C'est dommage parce que le scénario a des éléments intéressants avec les multiples relations et temporalités entre les personnages, les faux semblants et le mélange entre ce que chacun croit savoir et ce qu'il en est réellement. Mais même sur ces points-là, le jeu ne fait pas un très bon travail pour exploiter et explorer ces dimensions.
Dans le même esprit, un mot sur Sephiroth et la fin du jeu. Alors qu'on passe notre temps à poursuivre ce qui semble être Sephiroth, une fois qu'on découvre sa vraie localisation et qu'on peut enfin le combattre, le jeu ne propose aucun dialogue. Cet ennemi qu'on essaye de contrer depuis trente heures n'offre aucune évolution de l'intrigue, comme si tout avait déjà été dit auparavant. J'ai trouvé que ça donnait un effet anticlimatique regrettable. Maintenant qu'on a enfin devant nous la source de tant de problèmes, voilà qu'on n'a rien à lui dire.
Contrairement à FF8 qui avait un système merdique de gestion de la puissance des personnages avec ce besoin de voler de la magie aux ennemis, ici les combats sont beaucoup plus classiques, et c'est tant mieux. Le gameplay est un peu basique puisqu'on choisit entre attaques physiques, attaques magiques ou attaques spéciales de type invocations et compétences apprises auprès des adversaires, mais au moins, ça fonctionne et ça évite les frustrations. Le système de Limit Break fait également sens et permet un peu de variété. De ce point de vue là, j'ai bien aimé les combats. Je n'ai toutefois pas été un grand fan du système de materia, qui nécessite souvent de remanier ce qu'on équipe sur nos personnages. D'un côté, ça offre la liberté de personnaliser nos personnages comme on le veut, mais de l'autre, ça amène à avoir des compétences qui changent entre les personnages. En plein combat, quand on doit chercher qui est équipé de tel ou tel sort, ça n'est pas le plus pratique. Le système d'augmentation de niveau des materias et de leur "reproduction" m'a aussi semblé assez mauvais, car trop lent et peu gratifiant. On débloque de nouvelles compétences parce qu'on a passivement accumulé des points sur chaque materia, mais sans réellement avoir fait quoi que ce soit pour les mériter. Puis ce système est si lent que le joueur finit le jeu bien avant de débloquer les dernières améliorations.
Par contre, j'ai été très surpris par la difficulté du jeu (ou son absence). En 38 heures de jeu pour terminer l'histoire, je ne suis mort que quatre fois, et ce, sans compte que ma première mort a eu lieu parce que j'ai repris ma sauvegarde de la veille sans me rappeler que la moitié de mon équipe était morte, au premier ennemi rencontré, je me suis fait tuer. Je suis aussi mort contre un super boss sans savoir que c'en était un. En tout et pour tout, je n'ai eu que deux vrais game over. L'an dernier, j'exprimais ma surprise devant la facilité de FF16, je ne me doutais pas que FF7 allait être encore plus simple. En soi, c'est un peu dommage parce que j'avais souvent l'impression d'enchaîner les combats sans qu'il y ait de vrai enjeu. L'équilibrage est un peu aux fraises, que ce soit pour les combats basiques comme pour les boss. Même pour le boss final, où souvent je meurs au moins une fois, ici, pas de réel danger si on privilégie le soin et la défense. On voit aussi qu'il y a une sorte d'artificialité de la difficulté, avec par exemple la cave à explorer pour atteindre le boss final qui était d'un coup bien plus difficile que le reste des autres zones, même si ça n'était pas non plus insurmontable. Je comprends l'idée d'avoir une difficulté accrue pour la fin du jeu, mais ça aurait été bien que ce soit un peu plus progressif et pas juste les derniers combats deux heures avant la fin qui deviennent subitement plus corcés.
Autrement, comme pour d'autres épisodes, on retrouve des animations (comme les invocations) qui sont longues, lentes et impossibles à passer, surtout pour une quantité de dégâts vraiment pas incroyable. Mais le pire c'est peut-être l'animation de l'attaque Super nova du boss final qui dure littéralement deux minutes. La première fois qu'on la découvre, c'est long même si c'est un peu marrant, mais quand l'ennemi vous la sort trois fois dans le combat, comme ça a été mon cas, ça n'est plus possible.
En terme de lenteur, j'ai trouvé aussi que les combats gagneraient à être un peu plus rapides. Il y a parfois des moments morts où il ne se passe rien, ce qui casse la dynamique des affrontements.
J'ai aussi trouvé assez frustrante la fin du jeu avec plus d'une heure de jeu sans pouvoir sauvegarder. On enchaîne quelques combats aléatoires, trois boss, puis une cinématique de près de dix minutes sans aucun moyen de sauvegarder notre progression. Une fois tout cela terminé, on enchaîne sur le générique impossible à passer, puis le jeu se ferme automatiquement, retour au bureau. Tous les points d'expérience et l'argent obtenu se trouvent perdus.
Après avoir fini le jeu hier, j'ai regardé quelques discussions en ligne et je me suis rendu compte que je suis complètement passé à côté de certains éléments du jeu. Par exemple, tout le système de reproduction de chocobos, je n'ai aucun souvenir que le jeu nous explique cette mécanique ni à quoi elle sert. C'est seulement en ayant cherché comment accéder à des grottes qui semblaient inaccessibles que j'ai pu le découvrir. Pareil pour l'obtention de Vincent, je suis complètement passé à côté de la lettre dans le manoir, pas du tout assez mise en valeur par rapport au décor.
Avant de finir, il fallait obligatoirement que je mentionne les nombreux mini jeux. Dans un effort de vouloir varier le gameplay, le jeu propose pas mal de mini jeux différents. Le problème, c'est qu'ils sont tous nuls, à tel point que c'est une corvée de les faire. Certains mini jeux sont incompréhensibles (comme la parade militaire) et d'autres commencent avant même qu'on ait le temps de lire les instructions (la chute sur le chemin de fer). Les mini jeux sont sans doute la partie la plus raté de cet épisode et tirent l'expérience vers le bas au lieu de la diversifier.
En somme, Final Fantasy 7, trente ans après, continue d'être un jeu plaisant à jouer, avant tout grâce à son gameplay simple, mais efficace. Le jeu aurait toutefois gagné à être plus court et à assumer son ambiance de fin du monde jusqu'au bout. Malgré tout, cet épisode est sans doute celui qui a les personnages les plus charismatiques et mémorables de tous les opus sortis sur PS1, il n'est donc pas surprenant qu'un triple remake lui soit consacré pour explorer l'histoire de façon correcte, ce que le jeu de base n'a pas vraiment su faire.