Final Fantasy XVI
6.6
Final Fantasy XVI

Jeu de Square Enix (2023 · PC)

Trop long, trop con, mais quelle aventure

FF16 est un jeu de contrastes, dont toutes les qualités sont contrebalancées par UN défaut majeur : il est au moins deux fois trop long. Et paradoxalement, c'est aussi l'une des raisons pour lesquelles il fonctionne malgré ses faiblesse d'écriture et la banalité de son univers.


FF16 est le FF le moins FF de la série, et c'est exactement pour ça que c'est le seul que j'ai terminé, car je n'aime pas FF. Dans la plupart des épisodes que j'ai vu ou testé, les combats de JRPG n'ont pas assez de profondeur tactique pour m'intéresser plus de cinq minutes, la direction artistique me donne des boutons, c'est écrit par un ado de 15 ans pour des enfants de 8 ans, et j'aime pas les autruches. Cela fait maintenant 40 ans et 17 épisodes que j'ignorais la série, et il aura fallu l'épisode de la rupture pour me motiver : un jeu d'action bas du front, porté par un univers médiéval aussi générique que Dragon's Dogma, et tout aussi coloré.


o o o


Pourquoi c'est bien ?


■ FF16 a BEAUCOUP de pognon, et il ne s'en cache pas. J'ai beau me donner des allures d'amateur éclairé de l'innovation indépendante, ce qui m'excite le plus, c'est quand un AAA boursoufflé me tartine du pognon au visage. Je n'en suis pas fier, mais reconnaitre ses vices est le premier pas sur le chemin de la rédemption.

Non, mais sérieusement : FF16 est un petit bijou de technologie dans lequel aucun petit détail à l'écran n'a le droit d'être moche. Tout est parfaitement détaillé, modélisé, texturé, les effets de particules vous explosent indécemment au visage, et le moindre plan de caméra sur une botte foulant un sol de terre battue réussit à vous en foutre plein les yeux, parce que la texture et le shader de cuir de la botte sont ridiculement photo-réalistes, le niveau de détail du sol est absurde, et ça fait un petit nuage de poussière qui a dû coûter plus cher à lui seul que le catalogue 2026 d'Annapurna Games.

Les personnages sont magnifiques, et chaque petite sangle ou boucle de leurs tenues transpire une obsession maladive du détail. Les animations faciales, les animations de combats, les effets de caméra, les VFX des attaques, la mise en scène... Vraiment, dans sa présentation, je n'ai pas pris le jeu en défaut une seule fois en l'espace de 45 heures.


■ Le système de combat est efficace et le personnage répond bien. On est dans une version très simplifiée de Devil May Cry, avec des capacités de déplacement efficaces, des attaques qui tapent dans l'armure ou les HP, des combos super basiques sur la terre ou dans les airs, des attaques chargées, de la parade parfaite et des sorts liés à des cooldowns.

Les premières heures fonctionnent sans peine car on a découvre le système et ses quelques subtilités. Et juste quand je commençais à me dire que j'en avais fait le tour, le jeu m'a donné un nouvel assortiment de sorts correspondant à un nouvel élément et j'ai pu alterner entre les deux palettes à tout moment pour ajouter un peu de variété. Pour autant, ne vous attendez à rien de complexe, ni même à des synergies entre vos sorts. Quasiment tout sert à faire des dégâts et la seule marge de progression consiste à optimiser vos cooldowns pour briser la garde adverse le plus rapidement possible et balancer la purée quand le boss est vulnérable.

Heureusement, le jeu vous donne régulièrement de nouvelles capacités qui suffisent à garder un peu fraîcheur, et sur un jeu de 20h, ça aurait suffit à me tenir en haleine. Pour un jeu de 45, c'est largement insuffisant et vous en ferez vite le tour. A partir de là, quel que soit ce que vous affrontez, tous les combats finissent par se ressembler et j'optimisais uniquement pour en découdre au plus vite.


■ Les boss sont une toute autre histoire car ils alternent entre combats traditionnels et une gigantesque foire à la saucisse à base de monstres géants, de super pouvoirs, de météores qui rasent des régions entières et de rayons magiques qui menacent de faire exploser la planète. On y voit des mecs qui hurlent en faisant sortir de l'énergie de leur corps pour dévoiler leur prochaine forme et se transforment en Kaiju pour se foutre sur la gueule. Le résultat est fabuleux cocktail de Dragon Ball Z et de Godzilla.

Sans trop spoiler, sachez que ça commence très vite et très fort, et je recommande de jouer à la démo pour vous faire une idée de l'ampleur du machin, car le dernier combat illustre parfaitement ce que le jeu va offrir. Et il va l'offrir assez généreusement, car il y a un paquet de boss et ça va crescendo : l'un d'eux est tellement énorme qu'il rappellera d'excellents souvenirs aux amateurs de God of War 3, certains combats vous emmènent dans l'espace (sans déconner) et l'un des antagonistes est tellement fumé qu'il tranche le fond des océans avec son épée et créé une fosse de 100 mètres de profondeur qui défie la gravité. Ça n'a aucun putain de sens, et je suis enchanté que les devs soient allés aussi loin dans leur délire de power-fantasy cosmique. Malheureusement, attendez-vous à patienter parfois plusieurs heures entre chacun de ces merveilleux moments, et à vous taper des trash mobs au kilomètre pour mériter le ticket d'entrée.


■ L'histoire est une énième variation sur l'élu de la prophétie qui doit sauver le monde d'une entité destructrice, mais c'est suffisamment mystérieux et alambiqué pour rester intéressant pendant deux bons tiers. Après ça, on sait qui on doit buter, pourquoi, et le jeu met bien trop longtemps à vous y emmener. Dans l'ensemble, j'étais bien dedans, et j'avais hâte de savoir ce qui se passerait ensuite. Une fois de plus, le jeu est beaucoup trop long, donc les rebondissements sont trop espacés et l'histoire s'en retrouve inutilement diluée.


o o o


Trop simple pour être aussi long


FF16 est un jeu d'action déguisé en RPG. Il y a un système d'inventaire minimaliste et totalement inutile puisqu'on débloque graduellement des items avec des stats plus élevées à mesure que les mobs deviennent plus fort. Ces items n'ont absolument aucun effet sur le gameplay et ne servent donc à rien.

Même chose pour le craft, qui est une autre manière de faire monter des chiffres inutiles, en utilisant des ressources posées sur votre chemin. Ces ressources sont généralement inratables et on vous les donne au bon moment pour que vos chiffres restent aussi gros que les chiffres des ennemis, ce qui ne sert donc à rien.

Ponctuellement, un item avec de plus gros chiffres permet d'être un poil plus fort que d'habitude, et pour l'obtenir, vous devrez aller tuer une paire de mobs dans l'open world. Ces ennemis sont de gros sacs à PV et les combats manquent d'intérêt, d'autant que le résultat est un item que vous remplacerez dans l'heure qui suit. C'est donc aussi inutile que le reste.

Les amulettes semblent être le slot qui donne des améliorations un peu plus exotiques, mais 95% des effets sont des boosts de chiffres sans intérêt.


Cette couche de RPG factice et ses faux choix ne m'aurait probablement pas gêné dans un jeu plus court, mais dans FF16, vous passez tellement souvent par le magasin et la forge pour récupérer l'un de ces micro-upgrade que le problème devient impossible à ignorer.


Et c'est le cas de presque tous les défauts du jeu : les combats ne sont pas mauvais, mais on s'enfile tellement de couloirs remplis de mobs clonés à l'infini qu'on voit très clairement les limites des systèmes et la répétitivité de la boucle. Même si le jeu vous octroie une quantité raisonnable de nouveaux sorts, il est BEAUCOUP trop long pour vous les donner à un rythme satisfaisant, et on s'ennuie un peu dès qu'on a trouvé la rotation optimale. Honnêtement, on devrait s'ennuyer beaucoup plus que juste "un peu", mais le spectacle 'son et lumière' des combats est tellement phénoménal que le jeu a fait fondre mes neurones et anesthésié une grande partie de mon sens critique.


o o o


L'écriture


Le jeu est... écrit comme un JRPG. Je n'aime pas ça, et si c'est votre came, vous pouvez simplement zapper cette section. Les enjeux sont manichéens et basiques au possible : sauver le monde de la menace existentielle d'un grand méchant dont la principale motivation est de tout péter, parce qu'il est pas gentil.


Les personnages sont du même tonneau : Clive, le héros, commence comme un mec bien attentionné et finit comme le sauveur de l'humanité, sans aucun arc de transformation significatif entre les deux. Ses alliés sont tous courageux, héroïques et vraiment super sympas. Il n'y a aucune tension, aucune trahison, personne ne s'engueule et vos alliés passent leur temps à vous mettre de la pommade parce que vous êtes super cool, brave et que rien ne serait possible sans vos super pouvoirs.


• Clive est perso qui rumine et tire la gueule pendant 90% de l'aventure. Quand il n'a pas l'air d'être sur le point de chialer, il est sombrement inexpressif et broie silencieusement du noir. Il n'a pas envie d'être là, il n'a jamais demandé ces pouvoirs et ces responsabilités, et son manque d'enthousiasme est communicatif.


• Jill est le "love interest" de Clive. On vous l'annonce dans les cinq premières minutes du jeu, mais ils vont passer 45 heures à se lancer des regards de chiens battus en lâchant des gémissements gênés quand leurs mains s'effleurent par accident. On sait pertinemment comment ça se termine, mais le jeu y va. Très. Lentement. Pendant. Quarante. Heures. Jusqu'au moment inévitable où ils s'embrassent... ou baisent ? Peut être ? On sait pas trop parce que la caméra a subitement envie de filmer le ciel. Et après ça, Jill arrête enfin de tirer la gueule. Clive, en revanche, est incurable. Oh, et Jill disparait du groupe et de l'histoire, parce qu'elle a servi sa fonction.


• Torgal est un chien. Il n'a rien à dire, à part "Grrr" ou "Woof", c'est vraiment triste qu'il soit presque toujours dans le groupe, alors qu'on aurait pu le remplacer par un perso plus intéressant. Même Jill a plus de charisme.


• Cid est LE SEUL personnage intéressant et bien écrit de FF16. Malheureusement, vous ne le verrez pas très longtemps, et c'est certainement le plus gros problème de l'écriture de ce FF : nous faire miroiter Cid et nous le retirer prématurément sans jamais le remplacer par qui que ce soit qui lui arrive à la cheville.

Parce qu'on va nous introduire une vingtaine d'autres compagnons, qui vont du médiocre (Joshua, Tarja, Otto, Vivian, Jote, Dion) à l'acceptable (Byron, Gav) en passant par la caricature (Mid, Blackthorne, Harpocrates, Ultima), mais plus aucun bon personnage.


Les antagonistes sauvent un peu les meubles, avec des adversaires un peu écrits (Hugo, Benedikta, Barnabas, etc), mais il y a un énorme manque de charisme et de nuances de gris dans le camps des gentils.


o o o


Et pourtant... c'est là que les 45h que je n'ai cessé de critiquer dévoilent leur double tranchant, car par un étrange syndrome de Stockholm, j'ai passé tellement de temps avec tous ces personnages que j'ai fini par m'y attacher. Oui, même toi, Jill qui fait toujours la gueule, August qui m'a fait faire quêtes secondaires jusqu'à la nausée, ou Vivian qui me faisait régulièrement des cours de géopolitique entre les chapitres.


Et puis quelle aventure, bordel ! Vous traversez toutes les régions, destabilisez des empires et finissez par totalement balayer l'échiquier géopolitique que le jeu passe tant de temps à vous expliquer. Ce n'est pas le genre de jeu dans lequel les évènements les plus importants se sont déroulés avant le début de l'histoire, parce qu'on a pas moyens de les mettre en scène. Tout le long, vous êtes au coeur des conflits, des tragédies et des transformations, et vous verrez réellement le royaume changer de visage à mesure que la trame avance. Tout ça est mis en scène directement en jeu, mais aussi par des heures de cinématiques d'une qualité affolante, grâce auxquelles vous ne louperez pas une miette du spectacle. En termes d'ampleur et d'enjeux, on est presque au niveau de Mass Effect 3, et ce n'est pas peu dire. Le jeu a un énorme souffle épique.


FF16 est un jeu que j'aurais le plus grand mal à recommander, mais devant lequel j'ai passé de bons moments. Je m'en souviendrai surtout pour ses combats cataclysmiques de monstres géants, et certainement pas pour ses personnages dont j'aurai oublié tous les noms d'ici 24 heures. Je l'ai apprécié pour ce qu'il avait à offrir : un gros divertissement de luxe, étiré au-delà du raisonnable, mais qui balance un spectacle épique et décomplexé comme aucun autre n'avait su le faire depuis God of War.

Ezhaac
7
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Ezh - Joués en 2026

Créée

le 24 juin 2026

Critique lue 11 fois

Ezhaac

Écrit par

Critique lue 11 fois

1

D'autres avis sur Final Fantasy XVI

Final Fantasy XVI

Final Fantasy XVI

8

Aelphasy

77 critiques

Schizophrénique

FFXVI est un jeu schizophrénique capable de souffler le chaud comme le froid d'une heure à l'autre. Pour une fois, les bonnes comme les mauvaises critiques sont légitimes, et les exagérations...

le 5 juil. 2023

Final Fantasy XVI

Final Fantasy XVI

5

Joo-Hwan

72 critiques

L'illusion de grandeur

Il y a à peut prêt autant de définitions de « ce que doit être un Final Fantasy » que de joueurs de Final Fantasy. Pour preuve, il ne se passe pas deux semaines sans qu’un débat à leur sujet soit...

le 30 juin 2023

Final Fantasy XVI

Final Fantasy XVI

4

TruffeMax

53 critiques

Jeu d'action complexé

Il est temps de vider mon sac. Je n’ai pas aimé Final Fantasy XVI. Le jeu fait et continuera à faire couler de l’encre c’est certain. Pourtant je me vois mal me ranger du côté de cette phrase qu’on...

le 12 oct. 2023

Du même critique

Martyrs

Martyrs

9

Ezhaac

894 critiques

Expérience traumatique

Peu de films ont su me retourner comme l'a fait Martyrs. Je vais éluder le débat stérile sur la légitimité du thème de la torture au cinéma et partir du postulat que la vocation première du film...

le 22 juin 2010

Chernobyl

Chernobyl

5

Ezhaac

894 critiques

Le Prix du Mensonge

Noter Chernobyl est le grand écart le plus déchirant que j'ai fait sur ce site. En tant qu’oeuvre cinématographique, je lui donnerais un solide 9, mais pour son discours et ses implications...

le 28 mai 2021

Sweeney Todd - Le Diabolique Barbier de Fleet Street

Sweeney Todd - Le Diabolique Barbier de Fleet Street

4

Ezhaac

894 critiques

I feeeeeeeeel you, Johaaaaaanaaaaaaaaaa !!

Avec une photo gothique à souhait et un Johnny Depp qui fait peur, le film partait plutôt bien, d'autant qu'une fable romantique sur le cannibalisme n'était pas pour me déplaire, sur le papier. Mais...

le 30 sept. 2010