Steep avait déjà tenté de me réconcilier avec Ubi, et c'était plutôt bien parti. Avec Ghost Recon Wildlands, ces coquins ont réussi à faire plus encore : ils m’ont surpris.
La CIA arrive en Bolivie pour endiguer le trafic du plus gros cartel au monde : la Santa Blanca. Pas de doute, on est bien dans du Tom Clancy’s (et la dernière MAJ ajoutant une mission bonus avec en guest Sam Fisher ne viendra certainement pas nous contredire). L’objectif est simple : démanteler la Santa Blanca étape par étape.
Couper les têtes de cette hydre narcotrafiquante une par une s'apparente à un long périple pour Nomad et ses "Ghosts", une quête quasi-épique d'une noirceur absolue ; et c'est là que sont les principales forces du titre : la progression du jeu, libre et cohérente en même temps, et son scénario. S'il n'y a rien de bien original, le jeu a au moins le mérite de nous plonger dans une histoire non-manichéenne, où règnent corruption, meurtre, torture et ingérence. Le jeu se permet même de nous livrer quelques critiques d’ordre géopolitique, et c’est un sacré tour de force que de présenter quelque chose à la fois réaliste et original. En effet, avec la Santa Blanca, Ubisoft campe un cartel cohérent, plausible (fut-il encore bien loin de l'horrible réalité que représentent les cartels dans le monde réel), s’appuyant – comme toujours – sur des situations existantes, tout en proposant des personnages hauts en couleur ainsi qu’une organisation criminelle surprenante. La Bolivie de Wildlands est une Bolivie uchronique, d’anticipation, ou je ne sais quoi d’autre, mais cette dernière paraît réelle, tant sur le fond que sur la forme, le jeu étant souvent proche du photoréalisme (si Ubisoft permet la pratique du snowboard tout en restant affalé sur un canapé avec Steep, il permet désormais de partir s’évader au sein des paysages magnifiques de la Bolivie, sans frais d’avion et sans décalage horaire, avec Wildlands). A la différence d'un Far Cry, l’univers n’est pas capillotracté et offre une réalité sans concession, violente, qui ne fait rire que rarement (cf. les dialogues des Ghosts, teintés d’un humour propre aux militaires américains, qui fait sourire et cherche à détendre l’atmosphère, comme un GI le ferait sur le front). Le narco-état qui est à l’honneur nous présente la société humaine dans tout ce qu'elle a de pire à offrir : capitalisme, totalitarisme, propagande, génocide, fanatisme religieux. En vérité, c'est un régal que de détruire de l'intérieur cette horrible organisation, à tel point qu'un DLC en terre Djihadiste aurait tout à fait sa place tant l'ISIS ferait écho à l'organisation d'el Sueño.
Malgré toutes ces qualités, le jeu souffre de quelques défauts : les Ghosts, bien qu'ils soient attachants, ne servent à rien sinon à effectuer des exécutions multiples ou à vous couvrir durant les assauts ; la gestion de l'équipe en solo est aberrante : simpliste, incomplète, restreinte. A cela s'ajoute la rigidité de Nomad, cloué au sol et lourd, qui fait pâle figure face aux compétences félines d'un Sam Fisher, ainsi qu’une conduite pour laquelle il faudra faire preuve d’un calme olympien avant de pouvoir s’y adapter – d’autant plus lorsque l’on a tâté GTA V auparavant. Quant à l'IA... Parler d'IA lorsqu'il s'agit d'Ubisoft est comme parler de bug lorsqu'il s'agit de Bethesda, je crois. On pinaillera sur l'infiltration, qui n'est pas évidente au vu de l'impossibilité de se débarrasser des corps (ces derniers ont au moins la gentillesse de disparaitre automatiquement, mais bonjour l'immersion) ou de l'état mental des Ghosts, qui souffrent manifestement de psychose en se prenant pour des fantômes invisibles lorsqu'ils jugent bon de déambuler en plein camp ennemi, à la vue de tous... Heureusement, lorsque l’intelligence humaine se substitue à celle artificielle en coop, les Ghosts prennent enfin vie ; mais il n’en demeure pas moins que le jeu reste perfectible sur nombre d’aspect, notamment sur le solo.
Mais Ghost Recon Wildlands reste un jeu fort honorable. Les phases d’assaut prennent aux tripes et l’immersion est renforcée par une réalisation aux petits oignons. Par ailleurs, l’arbre de compétences et la customisation de Nomad se révèlent être des points fort appréciables pour quiconque serait un adepte de la personnalisation de son avatar.
En résumé, Ghost Recon Wildlands se présente à moi comme l’un des jeux (actuels) les plus aboutis d’Ubisoft, qui nous livre ici une sorte de Sicario vidéoludique...
... et dont les fins sont similaires à bien des égards.