Destiné à un public de hardcore gamers, God Hand est passé relativement inaperçu lors de sa sortie européenne, début 2007. Ce petit bijou forgé par l’inénarrable équipe Clover (les mêmes qui nous ont décerné Ôkami ou encore Devil May Cry) aurait pourtant pu ressusciter le beat’em all à l’ancienne à lui tout seul. Explications...
Le pitch de God Hand tient sur un timbre-poste : Gene, le héros au grand cœur, se fait découper un bras lors d’une rencontre malheureuse avec un duo de démons. Il rencontre ensuite Olivia, charmante rescapée d’une mystérieuse secte, qui lui offre ni plus ni moins que la « God Hand » en remplacement, un bras magique aux pouvoirs quasi-démiurgiques, qui va lui permettre d’aller distribuer de bonnes mandales, notamment à un conseil de démons (les 4 Devas) qui souhaitent réveiller leur chef, Angra. Parmi eux se trouve Azel, un humain peu loquace possédant la « Devil Hand », jumelle de la « God Hand »... Commence alors une quête pour tabasser tout ce beau monde à travers différents stages ayant chacun leur identité visuelle.
Cela vous semble capillotracté ? Vous n’avez encore rien vu. L’univers de God Hand est un bon délire totalement assumé, servi par des situations surréalistes, des attaques spé rigolotes (coup dans les noix, home-run divin...) et par un bestiaire qui se situe quelque part entre Mad Max, un cirque et une revue de cabaret SM. Ce sont cependant les boss et sous-boss qui remportent la palme du grand n’importe quoi : un gorille catcheur, des Power Rangers nains, une succube nympho qui transforme ses ennemis en chihuahuas... Ne cherchez pas la logique, il n’y en a pas, vous êtes juste au milieu d’un immense bordel où ça va tataner sec. En effet, tout comme l’histoire, l’univers n’est qu’un prétexte à la baston.
Et ça marche : dès les premières dégelées de coups (sur les ennemis ou alors sur la tronche de Gene), on entre dans l’ambiance. C’est dur, c’est fun, on meurt facilement... Pas de doute, on est face au digne héritier des beat’em all de la vieille école type Streets of Rage ou Final Fight, ces jeux qui demandaient d’apprivoiser chaque ennemi, de trouver le difficile équilibre entre parades et combos pour espérer mettre tout le monde au tapis. Ceux qui aiment cette mécanique seront ravis, car God Hand est vraiment l'éclate totale. C’est un vrai plaisir de latter les hordes d’affreux lâchées contre nous, d’autant que le soft se distingue par un système de combos entièrement customisable. Le joueur peut choisir parmi des dizaines d’attaques, à répartir entre quelques boutons. Les combos possibles se comptent donc par centaines, et le jeu permet des stratégies très différentes. Allez-vous opter pour une suite de petites attaques rapides pour étourdir vos ennemis et les rouer de coups ? Peut-être préférez-vous les projeter dans les airs avant de les envoyer valser dans le décor ? Il sera d’autant plus utile de bien se familiariser avec ce système qu’en fonction du set de combos choisi, les combats pourront tourner à la promenade de santé... ou au véritable calvaire !
Au-delà de ça, le joueur peut également lancer des attaques spéciales avec R1 qui infligent pas mal de dégâts en ramassant des orbes prévues à cet effet, et naturellement activer la fameuse « main de Dieu » avec R2, lorsque la barre de tension située en bas de l’écran atteint un niveau suffisant. Gene entre alors dans une sorte de mode berserker, où il est invincible pendant une dizaine de secondes, ce qui lui permet de méchamment cabosser tout ennemi à proximité avec une puissance inouïe. Autant dire que la bonne gestion de la barre de tension comptera aussi pas mal dans vos succès (ou vos échecs) à ce jeu... Enfin, comme dans tout beat’em all qui se respecte, le joueur pourra compter sur quelques éléments du décor pour ravaler la façade de ses adversaires.
God Hand est donc un concentré de testostérone bien burné et bien ardu, calibré pour un public d’aficionados du genre. On clamse, on clamse beaucoup (c'est peu de le dire), mais on ne se sent jamais comme une grosse victime. Le rythme est électrique, frénétique même : on enchaîne coups-parades-contre-attaques et bien que chaque erreur soit punitive, on en redemande tellement c’est jouissif. Le choc pour les gamers modernes biberonnés aux Souls-like pour qui un jeu est « difficile » à cause de roulades mollassonnes et de hitboxes à chier. Rien de tout ça ici : le jeu est exigeant, mais il laisse toujours sa chance au joueur. Pour ceux qui veulent souffrir jusqu’au bout, sachez qu’il y a un mode difficile où vous resterez au niveau de difficulté max, le niveau DIE ! (qui porte bien son nom !)... Enfin, rassurez-vous, on se repose quand même un peu entre chaque stage. Vous pourrez par exemple tester vos talents dans une arène, ce qui sert plus à s’échauffer avant un niveau qu’autre chose, tant les récompenses sont maigres. Ce sera aussi l’occasion d’aller acheter de nouvelles techniques au magasin, de parier sur des courses de chihuahua (oui oui...) ou de jouer au blackjack pour se faire un peu d’argent, puisque God Hand est situé dans un univers plutôt Western.
Graphiquement, ça donne quoi ? Eh bien c’est moche, trop moche pour un jeu de 2006/2007, surtout quand à cette époque sortaient Assassin’s Creed et God of War II, qui ont poussé la PS2 dans ses derniers retranchements pour prouver qu’elle était encore capable d’infliger de belles claques graphiques. God Hand, lui, ne gagnera aucun concours de beauté. Il est beugué aussi, à tel point que les murs des bâtiments disparaissent quand la caméra se réoriente et les met au premier plan. C'est là qu'on se dit que si le titre possède un univers attachant ainsi qu’un système de combat démentiel, à la fois nerveux et bien fun, c'est sans doute parce qu'on lui a sacrifié tout le reste. Musicalement, c’est un peu la même chose, on aura droit à quelques musiques aussi à l’Ouest que le reste pour accompagner les combats, deux-trois tirent leur épingle du jeu, mais globalement, ce n’est franchement pas la panacée.
Malgré ses quelques défauts, God Hand reste pour moi un soft majeur de la PS2, trop méconnu. À la fois classique et novateur, et ultra bien foutu, il a l’air tout droit sorti d’un jeu d’arcade des années 90, avec la fantaisie de Clover Studio en prime, qui nous propose de belles heures de défouloir sans temps mort dans un univers complètement déjanté, suffisamment attractif pour qu’on ait envie de supporter les coups... et de les distribuer ! Moi j’vous l’dis ma bonne dame, des jeux qui donnent des sensations pareilles manette en main, on a perdu le moule !