C’était en 2020, en plein confinement.
Cela faisait déjà plusieurs mois que je voulais remettre la main sur un bon jeu de course. Un jeu accessible mais qui sache mettre en avant les techniques de pilotage. Un jeu précis qui incite à poncer et poncer encore les circuits jusqu’à ce qu’on ait l’impression d’avoir atteint un vrai niveau de maitrise.
Ce jeu, je l’ai cherché bêtement sur Switch parce qu’à ce moment-là c’était la console que j’avais de greffée aux mains. Et puis j’ai soudainement réalisé que ce jeu que je recherchais tant, je l’avais déjà depuis près de dix ans.
Il s’agissait de « Gran Turismo 5 » sur PS3.
Ce fameux « GT5 » que j’avais même acheté en bundle avec ma console.
Ce « GT5 » dont je gardais de très bons souvenirs de pilotage.
Et pourtant ce « GT5 » que j’ai fini par rapidement abandonner, voir oublier…
Mystère…
Excité comme une puce, j’ai ressorti ma PS3 et ma galette « GT5 ».
Je me disais que si j’avais fini par l’abandonner dix ans plus tôt c’était certainement parce qu’à l’époque il s’était avéré trop chronolophage ; problème qui n’allait plus se poser en pleine situation de confinement.
Manette en main. Je lance le jeu.
Temps de chargement.
Cinématique. Très longue.
Puis nouveau temps de chargement.
Le menu apparait enfin… Mais l’image qui est censée faire office de wallpaper charge…
Ah ouais…
C’est vrai que c’était ça aussi l’époque Playstation…
Alors d’accord, il y a des temps de chargement tout le temps dans ce jeu, mais apprenons à passer outre.
Après tout si on lance une partie de « GT5 » c’est pour avaler du bitume. Or, une fois en course, plus de temps de chargement hein ! (Où pourrait être le problème ?...)
Du coup j’ai pris mon mal en patience et j’ai voulu me relancer dans ce jeu par le mode qui me semblait le plus adapté : le « mode histoire ».
Ah tiens… Ma vieille partie d’il y a dix ans est toujours là. Pas grave. Je vais en relancer une nouvelle.
Ah… Impossibilité de relancer une nouvelle partie en mode « histoire ».
Mieux encore : impossibilité de rebooter le mode histoire à partir du menu du jeu !
Je cherche, je cherche… Ah bah non. Pas moyen. Il faut bien effacer la sauvegarde de « GT5 » pour espérer repartir du début.
Bon…
« Encore un détail » diront certains…
Mais passons à nouveau…
Début du « mode histoire », voilà que je me retrouve soudainement confronté à une mosaïque chamarée dégueulasse. Que se passe-t-il ? Que dois-je faire ?
« A-Spec », « B-Spec », « évènement spéciaux », « garage », « réglages », « pilotes », « concessionnaires », « véhicules d’occasion », « échanges de véhicules »…
Wooooh ! On m’explique là ?
Alors on clique un peu partout, on lit les notices, on subit les temps de chargement à chaque aller-retour, on essaye de comprendre.
Ah ! Ça y est ! Des compétitions sont disponibles en monde A-Spec !
Là je vais pouvoir piloter ! (Yes !) C’est parti !
(Temps de chargement.)
…Ah bah non. Il faut d’abord que j’achète un véhicule. Demi-tour !
(Temps de chargement.)
Je vais chez les concessionnaires. Je regarde ce qui se propose en fonction de mes thunes. J’achète une caisse. Ça y’est, c’est bon ! (Yes !) On peut retourner à la course !
(Temps de chargement.)
Ah bah non ! Le véhicule ne correspond pas aux catégories acceptées sur cette compétition !
Des critères sont définis. Une liste d’une trentaine de véhicules correspondant à ces critères s’affiche.
Je retourne chez le concessionnaire. (Temps de chargement.) Je cherche les onglets qui vont me permettre d’affiner ma recherche selon les critères qui m’intéressent…
Ah bah non, pas d’onglets…
Donc il va falloir que je me farcisse la cinquantaine de concessionnaires – chaque véhicule de chaque concessionnaire ! – et que je regarde la fiche technique à chaque fois ???
Non. De la merde ! Je retourne à la course pour reprendre la liste des véhicules compatibles et je ferai mon choix en fonction de ça !
(Temps de chargement.)
Bon… Cette liste est quand-même vachement spécifique. Parfois ça se joue à l’année du modèle près, donc t’as pas intérêt à te planter ! Comment la retenir ?
…Bon bah je vais la prendre en photos. Pas le choix. (« Photos » au pluriel j’insiste.)
Je retourne chez le concessionnaire. (Temps de chargement.)
J’ai enfin trouvé un modèle qui correspond ! (Yes !) J’achète !
Ah merde ! Pas assez de thunes !
Il faut que je revende la voiture que j’ai achetée par erreur !
(Temps de chargement.)
Wooooh ! Je ne récupère même pas la moitié de la somme engagée à l’achat ????
Mais elle n’a même pas roulé ma bagnole !
Putain ! Pas le choix ! J’ai vu qu’il y avait des bagnoles d’occasion dans la mosaïque dégueu, c’est peut-être ça qui va me sauver. Je vends !
Direction le vendeur d’occasion.
(Temps de chargement.)
Ah… Pas de voiture qui me corresponde.
Bon bah…
Bah…
Bah « Game Over » hein !
Allez ! C’est pas grave ! On va à nouveau effacer la sauvegarde pour continuer à jouer au jeu du coup !
(Yeeeeeees !)
Vous pensez que c’est fini ? Que c’est la « malchance » du débutant ?
Mais que dalle !
Je reprends ma partie. J’achète la bonne voiture au bon endroit. Je lance la course…
Une course de débutants certes. Mais le plaisir de la conduite est réel, quand bien même je roule à 60 à l’heure à bord d'une cafetière Senseo dans une course où la gestion des dégats est inexistante. Malgré tout j'ai fait mes petits tours et à la fin, j’ai pu enchaîner quelques victoires « pépère ».
Ça y est. Enfin je commence à kiffer un peu.
Enfin je reprends espoir.
Je me dis que c’est parti.
Compétition suivante.
(Temps de chargement.)
Putain les critères d’admission sont encore différents pour les autres compétitions ??? Il faut acheter ENCORE une autre voiture ???
Nnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnn…garder son calme.
Jouons le jeu…
(Temps de chargement.)
Alors on ne va pas stresser. On va passer des permis entre temps.
Les permis ça permet de monter en niveau. Monter en niveau ça permet d’avoir accès à de nouvelles compètes. Les nouvelles competes – quand elles sont gagnées – permettent de gagner des pépètes qui permettent par la suite d’acheter les voitures qu’il nous fallait justement pour avoir accès aux compètes qu’on voulait faire à la base. (C’est simple quand on y pense.)
C’est parti ! Lançons les permis !
(Temps de chargement.)
Premier permis.
Savoir faire un bon freinage.
OK. Ça n’a pas l’air compliqué. « Valider ».
(Temps de chargement.)
On se lance. Je freine. Bravo.
(Temps de chargement.)
Attendez…
C’est moi où ma partie a duré moins de temps que le temps de chargement ?
Et un permis c’est dix épreuves comme ça d’à peine une dizaine de secondes ! (Bon, sauf à la fin où c’est un petit peu plus long.)
Et puis ce n’est jamais sur le même circuit bien sûr ! Comme ça, à chaque fois, il faut chaaaaarger le nouveau circuit !
Mmmmmmque c’est booooooon…
Enfin bref…
Après avoir enchainé les permis, j’ai davantage de niveau.
Comme j’ai davantage de niveau, j’ai accès à de nouvelles compètes phénoménales comme « faire du karting » ou « apprendre à faire un virage à pleine vitesse en Nascar ».
Alors karting je ne dis pas : c’était fun, ça avait un petit côté « pilote amateur qui débute ». J’ai kiffé.
(L’espoir revient.)
Par contre enchainer tout de suite avec du Nascar ou une course de combis Volkswagen sur une piste d’aéroport, j’avoue que, niveau immersion, ça m’a un peu plus perdu.
Mais bon… Faut bien faire de la thunasse… Alors on s’y plie, quand bien même les défis ne sont pas très passionnants.
Du coup là c’est bon, je vais pouvoir m’acheter une petite 307 Coupé sport pour faire les compétitions réservées aux voitures françaises mais aussi celles réservées aux petites coupées ! (Yes !)
Ah de la course ! Enfin ! Le Mans ! C’est parti !
Encore une fois, sitôt on se retrouve sur l’asphalte, le jeu est quand-même bien sympa. Bonnes sensations. Bon équilibre entre accessibilité et technicité. Circuits plutôt bien modélisés pour un début de PS3…
Et puis arrivent les lignes droites du circuit de la Sarthe et là… Tous les concurrents me passent devant, ma pauvre Coupé restant vissée à ses 200 km/h.
Bon…
J’ai jamais fait de pointe à 200 sur l’autoroute avec une 307 Coupé donc bon, si ça se trouve c’est réaliste. Mais quand même ! Moi il me faut une voiture de compète là !
Donc direction le magasin d’accessoires !
(Temps de chargement.)
50 000 euros de moteur.
30 000 de kit turbo.
10 000 de changements de pot.
10 000 de suspensions.
Allez… Le prix d’un petite petite maison de campagne investi dans ma bagnole ! Là je vais grimper aux arbres !
Le Mans, me voila !
(Temps de chargement.)
Ligne droite. La voiture plafonne à 200 km/h. Tout le monde me double.
Mmmmmmmmmmmmmmmmtout va bien…
Bon bah du coup je ne peux plus acheter de nouvelle voiture pour continuer la compétition vu que j’ai investi le PIB du Lesotho dans les améliorations de ma 307 Coupé. Du coup il faut tenter autre chose. Alors qu’est-ce qu’on a dans cette mosaïque dégueulasse ?… Ah ! Bah tiens ! Le B-Spec ! Qu’est-ce que c’est que ça ? « Entrainer un pilote pour qu’il devienne… Blablabla » OK je prends ! C’est parti !
(Temps de chargement.)
Mmm…
Attends…
Je joue quand là ?
Ah en fait il faut juste que je regarde l’I.A. jouer et que moi je me contente de dire « plus vite » ou « moins vite. »
MmmmmOK. Au moins ça me permet de rentabiliser les voitures que j’ai achetées juste pour deux courses et dont je n’ai plus besoin désormais (A condition bien évidemment de ne pas les avoir vendues hein ! Parce que sinon on est encore bon pour un effacement de sauvegarde !)
Bon…
« Plus vite. Moins vite… »
Bon… Bah c’est chiant.
Pourquoi je fais ça au fait ?
Ah oui parce que j’ai plus de thunes pour jouer par moi-même.
Eum… Mais en fait pourquoi je m’emmerde avec le mode histoire moi ?
Depuis le départ c’est ce qui m’empêche de faire ce pour quoi je suis venu vers ce jeu : PILOTER !
Bon bah alors cassons-nous ! Et cherchons un mode de course libre !
Je veux rooooooouler !
(Temps de chargement.)
Alors un mode de course simple, il y en a bien un.
Tous les circuits sont accessibles. Toutes les voitures sont accessibles.
On peut lancer sa course. Rouler et rouler encore. Et kiffer.
Du coup vous pourriez me dire : « bon bah en fait il fallait commencer par ça ! Le mode histoire est pourri, tant pis, mais au moins il y a la qualité de la simulation ! »
C’est vrai…
Oui c’est vrai qu’on pourrait dire ça…
Sauf qu’en fait cette drôle d’expérience m’a amenée à me poser une question que je trouve quand même assez fondamentale concernant une simulation sportive.
Qu’est-ce qui fait la qualité d’une simulation ?
C’est vrai qu’au premier abord on pourrait se dire qu’il s’agit de la capacité à reproduire les sensations du domaine simulé ; de la capacité à reproduire visuellement les objets simulés ; voire même carrément à disposer de licence donnant la possibilité de reproduire des modèles ou des compétitions qui existent dans la réalité…
Or, c’est un fait, sur ce domaine-là « GT5 » n’a pas à rougir. On a la blinde de circuits, dont pas mal de réels (il manque malgré tout Spa-Francorchamps : infamie !)
On a aussi la bliiiiinde de véhicules, la plupart du temps très bien reconstitués. (Bon après, je trouve très surprenant que certaines puissent être pilotées en intérieure alors que pour d’autres… Bah non la flemme…)
Et – comme je le disais plus tôt – je trouve que les sensations sont chouettes. Je ne suis pas pilote de course donc je ne saurais pousser l’analyse plus loin dans le détail mais, en tout cas sur moi, ça le fait.
Seulement voilà, quand on prend ce « GT5 » sur ce seul aspect – c’est-à-dire en le réduisant à de la simple « course libre » comme j’ai fini par le faire sur la fin de la partie, eh bien je trouve pourtant que ça ne marche pas non plus.
Oui j’ai kiffé, comme j’ai pu le dire plus tôt… Mais combien de temps ?
Une fois que j’avais fait une vingtaine de tours sur le circuit de MonteCarlo et que je sentais que je le maitrisais bien… Eh bah je me suis dit que j’avais fait le tour (littéralement) de tout ce qui m’intéressait et j’ai fini par me demander quel intérêt je pouvais encore avoir à continuer.
J’ai arrêté de jouer. J’ai sorti ma galette de « GT5 » et je l’ai remise dans sa boîte, sûrement pour bien plus de temps que dix ans...
Parce que, pour moi – et ça me parait assez évident maintenant – je trouve qu’une simulation ça ne se limite clairement pas qu’à ça.
L’air de rien, de toutes les choses reproduites dont on parlait tout à l’heure, il y a une qui est passée totalement à la trappe : c’est la sensation de « compétition ».
Mieux encore, la sensation de « carrière. »
Partir de rien et progresser pour devenir un maître. C’est aussi cela l’excitation d’un jeu. L’excitation d’une partie.
Or c’est là pour moi que le « mode histoire » joue un rôle essentiel.
On nous oblige à progresser pour en voir plus. Du coup on nous oblige à apprécier (dans tous les sens du terme) chaque circuit afin d’y exceller.
En ce sens d’ailleurs j’ai adoré mon début de partie où je devais faire du karting ! Parce que justement ça me donnait l’impression de commencer à la base, avec peu de choses.
De même, j’ai aussi beaucoup aimé la phase d’entrainement sur Nürburgring où on nous apprenait à maitriser les segments un par un avant de nous lancer dans un tour complet avec des concurrents sur la route !
Tout ça rentrait dans la logique d’une progression. Pas à pas. Gain après gain…
Ça nous faisait découvrir les choses petit à petit au lieu de nous lancer comme ça à droite et à gauche sur des circuits qu’on n’a même pas le temps de connaître et sur lesquels on ne nous laisse que deux tours pour prendre nos marques et gagner.
Cette logique elle force à bourrer ; à tirer parti du fait que les collisions dans ce jeu sont lamentables, et au final on passe à côté de l’essentiel.
En fait, ce jeu souffre clairement du syndrome de la profusion.
On sent qu’un peu comme un FIFA, la quantité de licence à afficher a son importance.
Alors OK il y a plein de bagnoles, OK le mode histoire a été pensé pour nous faire changer de bagnoles en permanence, mais au final nous – joueurs – n’en tirons pas parti.
Ce n’est qu’en de très rares moments qu’on nous invite à nous attarder sur les choses, à prendre conscience de la spécificité des choses, et à nous apprendre à mieux tirer parti de chaque aspect sur lesquels on a la main.
Là, ce jeu a tellement voulu nous en foutre plein la vue avec son contenu qu’il en a totalement oublié de penser son contenant.
On a plein de trucs partout qui ne servent à rien.
On veut l’afficher partout tout le temps, à tel point que le menu lui-même se retrouve à charger parce qu’il faut absolument que tu vois la belle bagnole en 3D en arrière-plan.
C’est absurde.
Ce jeu a même tellement poussé loin son niveau d’absurdité qu’il en est devenu abscon.
Pourquoi multiplier autant les voitures si c’est pour au final n’en modéliser intégralement qu’un bon tiers ?
Pourquoi multiplier les restrictions de courses si c’est pour au final nous empêcher de courir plutôt que de nous permettre d’expérimenter davantage ?
Pourquoi accumuler les modes et les paramètres à modifier si c’est pour qu’au final on ne ressente que très peu de changement sur notre conduite ?
Sur tous ces points-là, la simulation s’écroule.
On se retrouve en dehors du trip, à râler contre des choix et des mécaniques qui n’ont rien à avoir avec ce pour quoi on est venu à la base. Apprendre à piloter…
Alors OK, peut-être qu’au final, attribuer 4/10 à ce jeu c’est peut-être sévère.
Après tout, une fois sur l’asphaslte tout va quand-même plutôt bien, et c’est ce qui est l’essentiel dans un jeu de courses.
Mais justement, ça n’en rend que l’habillage de ce jeu plus rageant.
Tout ce qui entoure la course est juste une purge. Un tue-l’amour.
Preuve en est : en dix ans de temps, j’ai fini par m’arrêter au même endroit et pour les mêmes raisons.
Donc c’est bien gentil de mettre le paquet sur les textures et les modèles, mais si derrière c’est pour devoir supporter des lourdeurs incommensurables, au bout d’un moment ça ne justifie plus ce choix.
D’ailleurs c’est presque à ça que je pourrais réduire ce « Gran Turismo 5 »…
…C’est un jeu qui, au fond, ne se justifie tout simplement pas.