Gran Turismo 7 ne se conçoit pas comme un jeu vidéo. Il ne se conçoit même pas comme une simulation, pour être tout à fait honnête. Il se conçoit comme une application globale autour de l'automobile. Pour faire aimer les voitures et l'art du pilotage - ce point est important. C'est la raison pour laquelle le jeu est aussi "large". On pilote, bien sûr, mais pas que : on fabrique nos livrées et nos combinaisons, on remplace l'huile de moteur, on choisit des jantes, on place un aileron et des freins qui freinent, on prend des photos dans les innombrables lieux proposés, on apprend l'histoire d'une marque sur leur page dédiée en visitant des musées virtuels, on a des commentaires de designers quand on passe au café - l'équivalent du mode carrière, on regarde les champions se battre en replay lors des compétitions retransmises, on taille un bout de route en ligne, on commente et ajoute des "j'aime" aux productions des autres joueurs. Gran Turismo est une communauté, une vraie.


Le jeu déploie tout ce qui est en son pouvoir pour vous faire aimer les voitures, dans son acceptation la plus large possible. Car Gran Turismo, c'est son ADN, considère que chaque automobile a sa place, d'une Suzuki Swift à une Audi R8, d'une citadine à une voiture de course, d'une ambulance (sic.) à un monstre de puissance, d'une antiquité à un prototype futuriste. GT7 encapsule toute l'automobile. En ce sens, on regrettera presque que GT7 se cantonne aux États-Unis, à l'Europe et au Japon. Car il existe d'autres constructeurs dans le monde qui n'ont pas (encore) leur place. Des pays comme la Chine, l'Inde et la Russie sont absents par exemple.


Et puis il y a le pilotage. Dans la droite ligne du trop mésestimé GT Sport, GT7 titille la fibre nostalgique en remettant au goût du jour des circuits fictifs absents de la précédente édition. Ces circuits permettent de circuler dans des décors plus impressionnants que les vrais circuits (un circuit, c'est souvent moche) et de travailler des difficultés spécifiques, avec des enchainements de virages ou des dénivelés particuliers. Fait notable, GT7 inclut désormais les changements météo et prend aussi en compte les horaires. On peut tout à fait commencer sous la pluie la nuit et terminer de jour avec une piste séchante, par exemple. C'est probablement le plus grand gap technique avec l'édition précédente, car tout le reste semble être en réalité sur la base exacte de son prédécesseur, maximisé pour une PS5 pour ceux qui possèdent cette édition. Et puis, il y a bien sûr la possibilité d'y jouer intégralement avec le PSVR2, ce qui est une prouesse.


Question pilotage, GT7 souhaite contenter tout le monde. Pour ma part, j'y trouve parfaitement mon compte et éprouve des sensations relativement proches des cadors de la simulation automobile comme Automobilista, iRacing ou Assetto Corsa en enlevant les aides, en jouant en vue cockpit (en activant le shaky cam pour plus d'immersion) et en y jouant au volant. L'art de GT7 est d'avoir su trouver la bonne fenêtre entre le pilotage pur sans être aussi austère ou pénible que ses concurrents les plus orthodoxes. De ce point de vue, il permet à tout à chacun de s'adonner au plaisir du pilotage, le vrai pilotage avec ses points de corde, ses freinages dégressifs, ses réaccélérassions progressives, son art de la courbe. Encore une fois, GT7 est inclusif et souhaite s'adresser à toutes et à tous, pas à une poignée d'experts.


Pourtant, c'est sans doute sur ce point que GT7 pèche par rapport à GT Sport. GT Sport proposait des tutoriels complets - disponibles sur YouTube mais intégrés au jeu - pour faire apprendre chaque circuit. C'était absolument passionnant et les progrès étaient notables pour quiconque suivait "les cours". Surtout, GT Sport était beaucoup plus exigent sur le mode "Sport", c'est à dire les courses classées. Il avait instauré un système de pénalités pour les mauvais comportements en ligne, particulièrement coercitif, qui permettait enfin des joutes dans le plus pur esprit gentleman driver. Supprimé à la demande des meilleurs pilotes à cause de ses aléas, ce système avait pourtant l'immense avantage de maintenir, pour des pilotes de niveau débutant à moyen - de E à C (sur une échelle allant de E, D, C, B, A, S je suis entre D et C avec quelques rares apparitions en B), un respect dans les courses qui a disparu. Aujourd'hui, le mode Sport est un mode où les dépassements kamikaze sont légion, où un joueur doublé se venge dans le virage suivant, où le blocage est monnaie courante alors que le dépassement est manifestement perdu par l'adversaire. Bref, l'esprit "sportif" a disparu pour devenir une arène de "gladiateurs" puérils à l'orgueil mal placé. Les courses ont perdu leur beauté et leur pureté. C'est probablement mon plus grand regret.


Il n'en reste pas moins que GT7 est probablement la meilleure porte d'entrée pour découvrir le plaisir incommensurable du pilotage. Comme le disait un pilote de rallye dont j'ai oublié le nom : piloter est la chose la plus agréable que l’on puisse faire tout habillé. GT7 permet cela.

numerimaniac
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le 2 mai 2025

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numerimaniac

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