J'ai fait ce jeu d'une traite, charmé par sa direction artistique magnifique, mais je n'étais pas près à m'en prendre autant dans la figure niveau émotions.
Restons sur l'aspect esthétique pour commencer, tout ici est d'une sensibilité folle, les crayonnés s’entremêlent de lavis d'encre et d'aquarelle animés d'une beauté a couper le souffle, on sentira des inspirations de Moebius, Dali ou même Miyazaki dans un monde ou poésie se marie avec étrangeté.
Nous incarnons donc Gris, une jeune femme dont on ne sait rien, et rien ne nous sera révélé a proprement parlé durant sa quête initiatique.
Nous perdons notre voix puis chutons telle une Alice dans son terrier sans fond pour atterrir dans un monde monochrome ou tout y apparait gris et fissuré.
C'est a ce moment que nous prenons les commandes, souvent minimalistes, a la manière d'un metroidvania, nous allons acquérir de nouvelles facultés au fil de notre périple.
Le monde qui nous entoure semble désert et hostile et nous ne pouvons pratiquement pas y avoir d’interaction. Chacune des capacités que nous débloquerons (en récupérant des étoiles qui nous permettront de faire grandir notre constellation) entreront alors en résonance avec la thématique de la dépression. Les couleurs du monde reviendront une a une au fil de notre progression pour illustrer d'une façon très visuelle notre travail sur nous même.
Pour ne pas nous envoler face à une tempête nos seules options sont d'y faire face kit a perdre pied ou de s'ancrer comme une pierre dans le sol. Nous pourrons prendre notre envol pour nous propulser grâce aux papillons/oiseaux, nous immerger dans l'eau pour explorer nos peurs les plus profondes, raviver les lumières et retrouver notre propre voix (et même voie) pour réparer les fissures du monde.
Il y a des images très fortes de cet ennemi sombre qui nous pourchasse pour finalement nous ressembler et nous dévorer nous même (au sens propre comme figuré).
L'épilogue nous aménera à réparer cette statue brisée de nous même, nous accepter, pleurer et finalement s'aimer avant de gravir les étoiles sans entrave.
Le récit bien que muet m'a particulièrement touché, d'autant plus traversant moi même une période de dépression j'imagine. je pense qu'il pourra m'aider, d'une certaine manière à aller mieux. Une aventure a vivre au moins une fois quelle que soit sa sensibilité et qui prouve d'une jolie manière, que le jeu vidéo est un art et qu'il n'est pas décérébré :)