Quatre ans après sa sortie, Alyx est toujours le meilleur jeu VR, tout le monde le sait, et son succès critique en atteste. Je ne vais pas refaire le match, d'autant que ce n'était pas réellement une surprise : les jeux Valve sont tous des leçons de game design et des jalons de l'histoire du JV, voués à être érigés en classiques intemporels. C'était le cas de Half-Life en 1997, HL2 en 2004, et Alyx prouve que 20 ans plus tard, ils n'ont rien perdu de leur talent.
Tout fonctionne incroyablement bien en termes d'UX, d'accès aux informations, détection des gestes, et surtout au niveau des retours haptiques qui créent l'illusion de manipulations tactiles, bien au-delà de ce que j'aurais cru possible. La première fois que j'ai pris un stylo pour écrire sur un tableau blanc et que j'ai senti 'physiquement' le panneau arrêter ma main, j'étais sur le cul.
Visuellement, le jeu est une tuerie absolue. Vous pouvez vous pencher sur les détails et amener des objets à deux centimètres de vos yeux sans voir un pixel qui dépasse. Les textures sont fines, les effets de matières sont saisissants de réalisme, et ce n'est que face à des personnages humains qu'on se souvient brusquement qu'on est encore dans un jeu vidéo. Le double tranchant de cette fidélité visuelle est que toutes les phases d'horreur avec des araignées sont absolument traumatisantes.
C'est d'ailleurs l'une des choses qui m'ont le plus surpris : Alyx est un survival horror, plus que le jeu d'action-exploration que j'avais imaginé. Il réutilise toutes les mécaniques propres à ce genre, jusqu'au rationnement des ressources et l'amélioration graduelle de l'arsenal, et nous met des headcrabs dans tous les coins : des petits, des gros, des noirs poilus... et juste quand vous pensez être sorti des niveaux horrifiques, on vous balance un Nemesis, et encore plus d'insectes.
Ma seconde surprise est que le jeu a BEAUCOUP de puzzles et de pseudo énigmes. C'est logique, car ça fonctionne bien mieux en VR que le combat ou la plateforme, donc autant capitaliser sur la manipulation d'objets et le moteur physique. Pour un cerveau atrophié comme le mien, ça s'est fait dans la douleur, et j'ai souvent merdé sur des trucs assez évidents, mais rien qu'un ou deux walkthrough ne sauraient résoudre.
Ça n'aurait pas dû me surprendre, mais bordel, la direction artistique est phénoménale. C'était déjà le cas dans HL2, et Alyx va vous en mettre plein les yeux du début à la fin. Ajoutez un univers toujours aussi intrigant, une écriture drôle et percutante, avec d'excellents doublages, un rythme maîtrisé à la perfection dans son alternance d'exploration, de combats et de puzzles, un cliffhanger fantastique à la fin, et vous obtenez un titre majeur, largement à la hauteur de l'aura de ses ainés.
o o o
Est-ce que ça justifie de mettre 400 balles dans un setup de VR ? A mon sens, non, mais ça mérite largement d'emprunter le casque d'un pote, et de faire violence pour passer outre les problèmes techniques. car c'est que c'est réellement casse couilles de jouer en VR :
• Le casque est lourd et terriblement inconfortable. Les sangles sont nazes, et j'avais tout le poids du machin contre le devant du visage : migraine garantie après 20 minutes de jeu. J'ai finalement trouvé un moyen de le maintenir sur le haut de ma tête en utilisant un casque de vélo, qui m'a fait perdre 10 points de charisme, mais ça valait le coup. Si c'était mon casque, j'aurais clairement investi dans un nouveau harnais.
• Le jeu se plaint des 8Gb de VRAM de ma 3600 TI, un GPU avec lequel j'ai fait tourner confortablement les jeux de 2025.
• Mon modeste salon ne me permet pas de jouer correctement pendant les combats, et je passe mon temps à cogner des tables et trébucher sur des chaises.
• Quand je ne me cogne pas, c'est l'UI des limites de ma pièce virtuelle qui se rappelle à moi toutes les 15 secondes et pète mon immersion.
• Le Meta Quest 2 n'est pas assez puissant pour faire tourner le jeu et je suis donc attaché à mon PC par une laisse USB de 5 mètres, transformant certains niveaux en séances de bondage.
• Le casque plante ponctuellement, se met à buguer, perd la connexion à Steam, et tout relancer me fait perdre quelques minutes à chaque fois.
Il y a donc une friction constante liée au hardware, qui m'a sans cesse rappelé que j'étais en train de jouer et interdisait toute immersion, mais c'est en grande partie lié à mon setup et je ne peux pas en vouloir au jeu.
J'ai constamment eu l'impression que le matos se mettait en travers de l'expérience et... en même temps, c'est ce même matos qui élève l'expérience en vous plongeant plus que jamais dans les entrailles dystopiques de City 17.