Immortality
7.3
Immortality

Jeu de Half Mermaid et Sam Barlow (2022 · Xbox Series X/S)

Telling Lies ne manquait pas de susciter une certaine fascination, mais il se heurtait à des problèmes d'ergonomie et de scénario qui finissaient par le rendre à la fois crispant et un peu ennuyeux. Il fallait sans doute essuyer les plâtres pour qu'Immortality, construit de la même façon, s'impose comme un magnifique bijou.


Œuvre envoûtante, à la fois déclaration d'amour ultime au cinéma, et réflexion passionnante sur les perversions qu'il abrite, le jeu marche sur un fil tendu entre dénonciation du voyeurisme et de la volonté de toute puissance patriarcale, et sa tentation de capitaliser sur ces mêmes ressorts. Le débat est éternel (peut-on user des outils de ce que l'on veut combattre ?) et ne sera certainement pas réglé au sortir du jeu, même si celui-ci a le bon goût d'aborder plusieurs scènes de violence (notamment sexuelles) par le biais de la répétition en plateau plutôt que lors d'un rush final, permettant une mise à distance et moins de tape à l’œil frontal.


Toujours est-il qu'Immortality s'avère passionnant, de part ses trois (quatre ?) films à reconstituer, ne tombant pas dans le piège d'un unique twist pouvant être éventé trop tôt par le hasard des sauts d'un rush à l'autre. Plus qu'une enquête, c'est devenu une exploration, un travail de restauration minutieux, qui vaut autant par ses réalisations sombtueuses et diverses (chacun.e se trouvera un film de prédilection), son caractère pédagogique sur le côté magique de la création d'un long-métrage, et le jeu parfait de tout le casting.


Mais, évidemment, tout cela ne pourrait pas tenir sans Manon Gage, incroyable actrice (qui n'a jamais fait de cinéma !), qui donne à Marissa Marcel une palette lui permettant de faire de chaque film le sien, et à travers eux la trajectoire d'une émancipation difficile. Ce n'est pas compliqué, chaque scène où elle est présente est un joyau, et il n'est ainsi jamais désagréable de voir et revoir les séquences pour en épuiser le moindre symbole, la moindre porte vers de nouveaux photogrammes, et ainsi se donner l'objectif du 100%, abandonné bien vite dans Telling Lies, mais cette fois-ci imposé comme une évidence, tant ce serait frustré de rester sur une oeuvre incomplète.

Asoliloque
9
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le 5 sept. 2023

Critique lue 7 fois

Asoliloque

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