Chose peu commune, j'ai appris l'existence de ce jeu par la sortie de son adaptation ciné qui a fait pas mal parler d'elle. Manque de pot, j'ai loupé le film dans les salles mais, fort heureusement, j'ai pu étancher ma soif en me rabattant sur l'œuvre originale qu'on m'a généreusement offerte sur Switch ; ce fameux Iron Lung dont il sera ici question.
Le menu d'ouverture affiche tout de suite la couleur : Iron Lung est un tout petit jeu développé par un mec tout seul, certainement au fond de son garage, et simplement armé pour cela de sa bite et d'une bonne bouillie de gros pixels.
Visuellement, c'est à peine de la PS1. Narrativement, on se contente d'un carton de texte qui t'explique vite fait l'histoire et basta. Et ludiquement parlant, ça va se limiter à rentrer des coordonnées dans la boîte de navigation d'un petit sous-marin mal polygoné. Autant dire que la proposition initiale qui est nous est faite par cet Iron Lung est dépouillée au possible mais, en ce qui me concerne, elle me va.
C'est que le jeu parvient à imposer tout de suite son parti pris : une histoire d'espace où les planètes habitables ont brusquement disparu et où seul un océan de sang sur une lune stérile fait office d'espoir ; une esthétique cringe comme seule l'époque des débuts de la 3D pouvait nous en offrir (et à laquelle la typo verte sur fond noir façon vieux MS-Dos répond parfaitement) ; le tout étant mâtiné d'une musique au synthé minimaliste digne de la BO de Twin Peaks. En cela, le titre sait jouer parfaitement de sa carte old school. Une carte d'autant plus efficace que notre partie ne s'embarrasse pas des fioritures. Vingt secondes et on nous lâche dans la « nature ». C'est du « démerde-toi » et moi, ça, ça me va.
Seulement voilà, je ne vais pas tourner autour du pot mais, une heure plus tard, la partie est déjà finie et ça laisse clairement un goût de trop peu.
Alors ça ne me dérange pas les jeux courts, loin de là. Mais la question reste toujours de savoir ce que le jeu a su véhiculer comme émotion / sensation / experience. Or, là, concernant cet Iron Lung, je suis ressorti de tout ça avec cette impression que tout a été bien vite expédié mais sans que, au bout du compte, le jeu ait pris la peine de vraiment explorer son concept.
Parce qu'en ce qui me concerne, elle s'est déroulée comment mon heure passée en compagnie de cet Iron Lung ?
Il y a d'abord eu le premier quart d'heure de prise en main ; ce moment durant lequel on essaye de comprendre comment tout ça fonctionne. Que sont ces chiffres qu'on nous affiche ? À quoi servent les boutons qu'on a fasse à nous ? Et cet ordinateur, il sert à quoi ? Et puis, tiens, un extincteur...
Tout ça est assez bien foutu. On a beau rien nous dire qu'il y a clairement moyen de comprendre assez rapidement de quoi il retourne. Et même si – en ce qui me concerne – j'ai perdu dix minutes supplémentaires pour comprendre que...
...la troisième mesure "a" correspondait à angle et non à "altitude" comme je me suis bêtement figuré initialement – cherchant inutilement comment faire monter ou descendre mon vaisseau... (Et je n'en veux pas au jeu pour ça, c'est juste moi qui lis mal les instructions en anglais et qui suis aussi un peu con... (Non mais... Parler d'altitude pour des sous-marins ? Je ne me félicite franchement pas.)
...tout ça, n'empêche pas malgré tout de prendre très vite les mécaniques du jeu en main. Rapide et efficace car amplement suffisant pour nous immerger (sans mauvais jeu de mot).
Ce n'est qu'après que la formule fait pschitt.
Le principe du jeu consiste à rallier des points d'intérêt qu'on nous a donnés sur une carte, sous forme de coordonnées, l'objectif étant de prendre des photos de chacun de ces points afin de percer les mystères de cette lune et de cet océan de sang.
Tout joueur qui a un minimum d'expérience s'attend à ce que cette collection de photos participe à alimenter l'intrigue, notamment en stimulant notre esprit d'enquêteur en quête de réponses. Seulement voilà, sur ce plan-là, j'avoue avoir connu une première déception.
En ce qui me concerne, passer de la photo de simple amibe aux squelettes et autres ruines, pour moi c'était juste le minimum syndical. OK, il y a des formes de vie élaborées et potentiellement dangereuses dans cet océan mais, ça, je m'en doutais un peu. C'était l'hypothèse la plus évidente dans un jeu d'horreur. En ce qui me concerne, j'attendais vraiment une énigme ou un retournement narratif, mais non. On est donc resté au plus basique du basique.
Deuxième déception qui surgit dans la foulée de la première : on comprend assez rapidement que notre partie va vite s'expédier. C'est qu'il n'y a qu'une dizaine de points d'intérêt à photographier et on passe initialement de l'un à l'autre sans trop de difficulté. Et si on est en droit de s'imaginer au début de notre partie que cette quête n'est qu'une mise en bouche et que d'autres éléments vont sûrement venir enrichir notre aventure, la présence d'une jauge d'oxygène nous fait très vite comprendre qu'au vu de la vitesse à laquelle celle-ci se vide, ce ne sera certainement pas le cas.
Alors certes, cette pression qui est soudainement mise par la baisse de la jauge d'oxygène (celle-ci ne baissant que par palier, malin) rajoute tout de suite une difficulté supplémentaire ce qui participe à pimenter immédiatement notre partie. Et à ce petit jeu-là, Iron Lung sait régulièrement remettre une pièce dans la machine afin de resserrer sans cesse davantage l'étau.
La très bonne idée du jeu, ça a notamment été cet incendie qui se lance doucement dans notre dos sans qu'on y prête attention. Mais j'aurais aussi une petite mention spéciale à adresser au voyant de collision qui se met à débloquer et qui rajoute mécaniquement de l'incertitude et donc du risque à nos manœuvres...
Tout ça conduit indubitablement à rendre notre partie prenante jusqu'à sa dernière seconde, là-dessus je n'aurais vraiment rien à redire. Mais pour se conclure aussi vite ? Et tout ça pour quoi au final ?
Bah tout ça avec un paquet de promesses non tenues l'air de rien. Alors soit, je veux bien qu'une intrigue maintienne une part de mystère sur ses tenants et ses aboutissants, mais là, dans le cas de cet Iron Lung, au bout d'une heure, on aura juste appris et compris que...
...bah il y a un gros monstre marin dans l'océan de sang. Point.
Est-ce qu'on en a appris davantage sur ceux qui nous ont envoyés là-dessous ? Non.
Est-ce qu'on en a appris davantage sur la nature et l'utilité de notre mission ? Non.
Sur la raison pour laquelle cette planète est encore là. Non plus.
Sur l'utilité de ce foutu ordinateur au fond de notre sous-marin ? Bah, à moins que j'ai loupé une fin alternative, il me semble bien qu'il ne serve juste à rien cet ordinateur !
Et d'ailleurs, pourquoi dans ce futur on sait aller dans l'espace mais on a encore des ordis qui tournent sur MS-Dos et des sous-marins dignes de la première guerre mondiale ? Mystère !
Alors d'accord, c'est vrai que c'est un tout petit jeu – sûrement à tout petit prix – et qu'en conséquence, c'est déjà miraculeux qu'avec aussi peu de moyens, Iron Lung parvienne à nous prendre – même si c'est pour aussi peu de temps – installe un univers et surtout laisse une trace. Et c'est vrai que le fait d'avoir autant avec si peu participe à la magie du jeu... Néanmoins, je me dois bien de reconnaître qu'en contrepartie, des jeux faits par une seule personne, j'en ai déjà joué à quelques-uns et ils allaient quand même bien plus loin que cet Iron Lung. Et qu'on ne me dise pas que tous ces développeurs solitaires n'ont pas forcément les mêmes compétences ni les mêmes budgets à disposition, parce que là, dans ce cas précis, l'insuffisance du jeu ne tient pas en une limite technique.
Il aurait pu aller plus loin s'il avait su étoffer son dispositif. Par exemple, on aurait pu recevoir des contre-ordres par communication VHF ; des balises d'oxygène renvoyées à des coordonnées scabreuses ; voire même du matos de réparation pour prolonger notre aventure (si on peut animer un extincteur dans ce jeu, je pense qu'on aurait été en mesure d'animer un chalumeau par exemple...)
Ça aurait même pu être intéressant d'avoir à collecter des items qui ne seraient finalement pas ce qu'on nous a dit qu'ils étaient. Tout ça nous aurait clairement permis de créer davantage d'intrigue, de sources d'interrogation, de possibilité de narration par déduction...
L'aventure aurait alors été plus longue, plus riche, plus immersive... Sans forcément être plus dispendieuse en ressources...
Mais bon, tant pis, donc. Iron Lung est ce qu'il est. Prenons-le pour ce qu'il offre, c'est-à-dire plus qu'une proposition : une promesse.
La promesse que peut-être, avec la réussite surprise de ce petit jeu, son auteur David Szymanski sache revenir vers nous avec un titre plus ambitieux...