Katawa Shoujo est un jeu amateur, sorti en 2012 et qui consiste à draguer des filles dans un lycée réservé aux personnes handicapées.
Dis comme ça, on dirait un jeu pour pervers ayant des fantasmes vraiment bizarres, ce jeu m’a donc immédiatement intéressé. Il s’agit en réalité d’un jeu conçu sur le modèle des visual-novels japonais, des jeux de drague donc, mais bien qu’il y ait quelques dessins un peu chauds, le jeu n’est absolument pas à propos de sexe, mais bien de relations amoureuses. Les filles, comme le héros d’ailleurs, ont effectivement toute un handicap, qui est prétexte à offrir des personnages avec une personnalité forte et des difficultés qui dépassent les habituels « drames » adolescents assez mesquins.
Les mauvaises nouvelles d’abord : niveau mécanismes ce jeu, comme la majorité des visual-novels d’après ce que j’ai entendu, est d’une pauvreté affligeante. Il s’agit essentiellement d’un livre-jeu où chaque scène est illustrée, mais sans le moindre mécanisme en dehors de quelques choix proposés à intervalles réguliers. Il y a du texte, beaucoup, beaucoup de texte, et des images fixes, aucune animation, aucune prise en main du personnage, tout se déroule avec des choix dans un menu.
Dans une première partie le protagoniste que nous incarnons se trouve transféré dans un lycée spécial, suite à la découverte d’une faiblesse cardiaque qui réduit fortement son espérance de vie et risque de l’affecter fortement au quotidien. Il s’agit d’un lycée, doublé d’un pensionnat, réservé aux personnes possédant un handicap, où ils peuvent apprendre à vivre avec ce handicap. En fonction des choix effectués par le joueur, le personnage va rencontrer et obtenir un premier rendez-vous avec une fille parmi cinq, ou aucun.
Dans cette première partie il a encore pas mal de choix, qui vont orienter le jeu vers un des cinq « chemins », correspondant chacun à une fille. Une fois sur ces chemins, divisés en trois actes, le nombre de choix se réduit fortement, parfois réduit à un seul, pour déterminer soit une fin « heureuse », soit une fin malheureuse, avec parfois une fin entre les deux.
En refaisant le jeu on peut passer les textes en accéléré afin de revenir rapidement à un choix et prendre une autre voie, de façon à compléter le jeu à 100%.
Voilà, techniquement, c’est tout ce que le jeu a à offrir. Moi qui m’attendait à un truc complexe, avec un monde ouvert ou semi ouvert, des relations et des sentiments à gérer, j’ai été pas mal déçu à ce niveau. Visual-novel est un bon nom pour ces jeux car l’aspect ludique est minimal, c’est très dirigiste et on est plus sur un livre que sur un jeu. Les choix sont toutefois stratégiquement placés au début du jeu, et la personnalité du protagoniste est tellement inexistante qu’on a aucun mal à se projeter à sa place et se sentir réellement concerné par ce qui se passe. Même si ça ressemble plus à un livre, on ne lit pas quelque chose qui arrive à d’autres personnes, mais une expérience personnelle.
Le « gameplay » est très pauvre, mais tout le reste est extrêmement bien fait, surtout si l’on considère le manque de moyen. Les décors sont parfois des photos floutées avec un filtre pour les faire apparaître comme des dessins, avec les personnages incrustés par au-dessus, mais ça marche très bien. Avec la musique, les sons, les textes, l’ensemble forme une ambiance très agréable, qui donne vraiment envie de se plonger dans l’univers de ce jeu. L’écriture est vraiment bonne, il y a des personnages un peu caricaturaux, mais les cinq filles que l’on peut séduire sont très attachantes, et on ne compte plus les commentaires sur le net de joueurs qui sont tombés amoureux de ces personnages. Au point même que certains refusent de faire plus d’une « voie » pour ne pas trahir la fille avec laquelle ils se sont retrouvés.
Sans aller jusque là je ne me suis pas senti très fier de moi quand il a fallu tromper l’une de ces filles pour compléter le jeu.
Différentes personnes ayant écrit les différentes « voies », la qualité d’écriture n’est pas la même partout, et puis il y a une question de goût aussi, engager chacune des cinq relations n’est pas si difficile, faire les bons choix pour que cette relation soit un succès est bien plus délicat. C’est sans doute vrai qu’il y a certaines personnes avec qui on aura beau tenter de faire au mieux, la compatibilité n’est pas là et ça ne peut pas marcher. Certains décisions sont donc vraiment contre-intuitives, et c’est une bonne chose. Parfois même les fins heureuses laissent un sentiment qui est plus amer que doux.
Reste au final que ce jeu a été un très bonne expérience. La leçon a en tirer est peut être qu’il n’y a pas besoin de mécanismes compliqués pour obtenir un bon résultat, mais Katawa Shoujo fonctionne aussi dans un contexte particulier.
Critique tirée de mon blog.