Mais un jour ou l'autre, la pelote manque de fil, et l'on constate alors l'œuvre que nous laissons. Une simple toile ou une riche tapisserie.
L’Audace, c’est le maître-mot qui définit l’œuvre de Warhorse. Un studio sorti de nulle part, qui se lance dans un dyptique de RPG aux allures de AAA, mais « rugueux », sans concession, sans fantasy, sans pouvoirs ni effets visuels, collant au plus près de la réalité historique… mais sans pour autant rentrer dans la guerre du « réalisme » si cher à beaucoup de gamers/studios. Car si l’ancrage historique de la saga et ses différentes mécaniques RPG le classe immédiatement parmi les jeux exigeants/hardcores/immersifs (rayez la mention inutile), l’aventure ne se prend jamais trop au sérieux. Elle est saupoudrée (avec la main très lourde) de second degré, de dérision, de scènes cocasses (le plus souvent non-scriptées). Bref, dès le premier KCD, on était sur un jeu OVNI, tant il se différenciait des standards sur de nombreux points.
Et bien KCD2 c’est KCD1 qui ferait tout mieux, sans jamais se travestir. Si vous n’aviez pas aimé le premier KCD, il n’y a pour moins aucune raison que vous appréciez celui-ci. Vous n’aimiez pas passer 2 minutes à concocter vos potions vous-mêmes ? Que diriez-vous de devoir forger vos armes et laver vos vêtements. Vous n’aimiez pas le rude début de jeu quand tous vos skills sont à 0 et que votre personnage est un incapable ? Il en sera de même avec KCD2 grâce à une pirouette scénaristique. Vous trouviez l’infiltration compliquée ? Même lorsqu’on ne vous surprend pas, les PNJ savent désormais que vous êtes coupable s’ils vous ont vu avant roder sur les lieux du larcin. Vous trouviez les combats trop difficiles ? Attendez de devoir survivre à un siège. Vous trouviez le premier jeu trop long ? J’ai passé quasiment le double d’heures sur sa suite (et je n’ai pas les DLCs !). Vous en aviez marre que les arbustes vous bloquent à cheval ? Désormais vous êtes ralentis par les buissons, l’eau, la gadoue sur les routes. Trop peu d’action dans KCD1 ? KCD2 est encore plus bavard. C’était gonflant de ne pouvoir vendre vos objets volés qu’aux meuniers ? Il n’y a littéralement plus de meuniers dans sa suite. Vous trouvez le Cry Engine démodé à l’heure du tout Unreal Engine ? Vous allez bien reprendre un peu de Cry Engine quand même :D
On aurait pu penser que, visant plus haut, plus grand, Warhorse aurait pu simplifier son jeu, le faciliter pour toucher un public plus large. Que nenni, c’est (presque) la même sale bestiole. Les développeurs restent droit dans leurs bottes, et ne trahissent ni l’ambiance ni le gameplay de KCD1. En revanche, ils ont mis les bouchées doubles pour améliorer l’expérience globale. Là où le premier jeu croulait sous les bugs (dans mon cas en tout cas), ici il a été bien mieux peaufiné et je n’ai rencontré quasiment aucun bug en 175 heures de jeu. De nombreux ajouts pour le confort de jeu sont aussi plus que bienvenus. Je citerais notamment l’amélioration de l’inventaire, un des points noirs de son ainé. Ici il est plus clair, mieux organisé, et surtout offre la possibilité d’enregistrer 3 tenues différentes ! Puisque le jeu vous pousse constamment à réfléchir à ce que vous portez dans le moindre de vos déplacements, c’était un ajout particulièrement nécessaire. Pêle-mêle, vous pouvez aussi accrocher des items et armes à votre ceinture, suivre automatiquement les routes et les PNJ, et les (douloureux) combats ont quand même été repensés pour être bien plus intuitifs, sans être tellement plus faciles. Et surtout, l’optimisation est infiniment plus réussie, alors que le jeu met une vraie baffe visuelle ! Au niveau des paysages, il n’y a guère que RDR2 et A Plague Tale Requiem qui m’en ont autant mis plein les yeux. La majeure partie des 2 maps est composé de grands espaces de végétation et de quelques hameaux et villages. Mais la grande nouveauté et l’attraction de cette suite, c’est Kuttenberg, la grande ville ! Avec une fontaine à l’entrée (mais d’où vient l’eau ????). C’est grisant de s’y balader et ça change vraiment l’ambiance générale du titre (Bon elle ne met pas non plus une claque comme Toussaint pouvait le faire dans The Witcher). Il faut aussi dire un mot sur la mise en scène lors des cinématiques : elle est d’une telle beauté qu’on a parfois du mal à croire que c’est du rendu in-game en temps réel. Et les personnages et leurs animations ont subi un lifting bienvenu par rapport au 1er opus, même si cela reste le point un peu faible de la licence d’un point de vue graphique, tant le reste est somptueux et vivant.
Bref, voilà pour la forme. Mais le fond ? Eh bien, il y a du mieux et du moins bon. Sans en dire trop pour ne rien spoiler, la quête principale est selon moi encore plus intéressante que celle du premier jeu, avec un côté « à plus grande échelle », beaucoup d’humour et de nombreux moments de bravoure assez épiques. Il y a bien quelques creux durant l’aventure, mais c’est globalement une réussite. Cette suite introduit toute une galerie de nouveaux personnages plus ou moins fréquentables. (Bon, déçu de ne pas recroiser Thérèse, mais content d'avoir rencontré Rosa :D). L’aventure offre de jolies conclusions à pas mal d’arcs narratifs, dépendant souvent des choix du joueur, et récompensant par de belles séquences les 200 ou 300 heures que les joueurs auront passé sur KCD1 + KCD2.
Et l’action n’est pas constamment au centre de l’histoire, il y a surtout beaucoup (BEAUCOUP) de parlotte, évidemment propre à ce type de jeu. Heureusement l’écriture est très bonne ! … Mais on ne peut malheureusement pas en dire autant du doublage français ! Je n’y ai joué en VF que pour la géniale performance que livre Alexandre Gillet, bien au-dessus de la VO de Henry selon moi, et l’excellent Hervé Grull en Hans. Mais pour une grande partie des voix, le doublage est mauvais, à la limite même du scandaleux, et c’est vraiment dommage pour un jeu si génial à côté de ça ! Mais je ne sais guère si la VO vaut plus le coup, puisque les avis dessus sont assez négatifs aussi… Alors pour l’instant il faut se contenter de ces voix très moyenne de PNJ (dont 1 sur 2 est celle d’Harry Potter, un peu déstabilisant).
Les quêtes secondaires sont nombreuses, il y a un peu de tout, et il est très facile de se laisser embarquer dans plusieurs d'entre elles à la fois. Il faut aussi souligner que KCD reste génial même lorsqu'on sort de la quête principale ET des quêtes secondaires ! Le jeu fait la part belle à la ballade, à l'exploration, et les propres missions que l'on se lance, en découvrant un hameau, en s'embrouillant avec un PNJ, en tentant d'accéder à des lieux interdits, en s'entrainer à l'arc, en cherchant un cheval particulier, en voulant améliorer une caractéristique bien précise, etc, etc... tout cela peut mener à des moments qui seront peut-être pour vous les plus mémorables du jeu.
Pour revenir sur les quête secondaires, s’il fallait faire un petit reproche, je dirais qu’ils auraient pu privilégier la qualité à la quantité. Certaines, les plus nombreuses, sont vraiment travaillées et captivantes (le seriel killer de Kuttenberg, le démon de la mine, la disparition de Pavlena, les frères de Zimburg, le Voïvode…). Quand à d’autres, elles sont oubliables voire énervantes (celles du père Godwin ne sont pas les meilleures…) et seul mon autisme de gamer m’a poussé à aller au bout des pires (les toines rayés !).
Dans les autres déceptions, je citerais les 2 ou 3 cinématiques qui génèrent un Henry « de base » sans ma coiffure ou mes vêtements actuels. Un peu « immersion-breaking » comme disent les Anglo-Saxons. Il faut souligner aussi que toutes les églises du jeu sont fermées du début à la fin ! Alors qu’elles étaient visitables dans le 1er jeu.
Et pour finir sur les points négatifs, un de mes plus gros reproches à ce jeu est son intro inutile, spoilante, et cassant toute tension par la suite. *SPOIL* Cette intro vous montre donc Hans Capon dans l’enceinte d’un château, résistant à un siège. Elle se conclue par un « Quelques semaines plus tôt » et c’est là que débute l’histoire de KCD2. Le problème étant que d’innombrables péripéties vont vous arriver, dont notamment une quête « timée » dans laquelle il vous faudra sauver Hans de la pendaison, rien que ça ! Mais, comme moi pas être stupide, moi me souvenir que dans l’introduction (qui est en fait la toute fin du jeu) Capon était là. C’est donc sans pression aucune que j’ai vécu ce moment puisque je savais que Capon y survivrait (Bon, je dis ça mais je ne sais même pas ce qui se passe si on n'aide pas à le sauver). En tout cas c'est un choix plus qu’étrange et très discutable. Le seul aveu de faiblesse de Warhorse, qui avait sûrement peur de ne pas happer les joueurs suffisamment si l’aventure ne commençait pas par de l’action ?
Mais ce sont là des reproches pour pinailler, et KCD2 reste une incroyable expérience, qui bouscule un peu les codes et habitudes des gamers. Gameplay exigeant, écriture excellente, graphismes agréables, sensation de dépaysement constant, exploration récompensée, mécaniques de jeu variées… Que demander de plus !? À part un KCD3 pour lequel, on l’espère, Warhorse continuera dans la même voie ! Car les développeurs l’ont bien constaté, la fortune sourit aux audacieux. Audentes Fortuna Iuvat!